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l’entière dégradation de leur couple. Elle s’en serait passée. Il y a une marge entre prévenir l’enfant en lui octroyant les choix qui lui incombent, et le mêler à tout. Ses parents avaient bien dû perdre un tiers de leur pactole rien qu’en frais d’avocats. Idiots! Le domaine de St Mandé, la boutique, les succursales, les usines et les contrats de licences, en plus des biens personnels, des bijoux, tableaux et compagnie… tout était passé au crible. Elle avait vu ses parents vider leurs secrétaires, les coffres, fouiller partout, les poches, les vieux sacs presque oubliés, partout… Il fallait retrouver la moindre facture.
Les imbéciles s’étaient mariés sous le régime de la séparation de biens. A l’époque, leurs parents respectifs avaient insisté… vue l’héritage en cause de part et d’autre, ils avaient accepté. Ils s’en fichaient, ils n’avaient rien et clamaient haut et fort leur amour. Mais voilà, tout le reste ils l’avaient acquis sous le nom d’une société fondée ensemble et dont ils étaient chacun actionnaire à cinquante pour cent. Et en plus, ils avaient divorcé avant de recevoir de quelconque héritages. C’est ballot! C’est bien beau les mentalités soixante-huit… mais faut s’y tenir. Ils auraient dû faire comme leur potes et se cantonner à être quarante-huitards… au lieu de vouloir plaider pour une cause qui avait déjà fait ses victimes.
Le temps et l’argent avaient fini de transformer complètement se couple à priori prometteur. l’une était devenue sophistiquée et superficielle, alors que vingt ans en arrière elle prônait le naturel à fond… l’autre avait essayé de tenir bon, mais ne pouvait admettre de laisser sa chipie de femme filer avec le magot. Alors avait démarré cette chasse au moindre indice pour grappiller le maximum. Finalement, le domaine, les boutiques et les autres biens immobiliers avaient été vendus. Ni l’un ni l’autre ne voulait aboutir a un partage qui aurait doté l’un ou l’autre, ils avaient préféré se séparer de tout et alimenter leurs comptes bancaires. Ils désiraient tout recommencer, mettre une croix sur ce passé qu’ils estimaient être un échec. Leur fille? Quoi leur fille? Il ne s’étaient pas vraiment posé la question. Ils ne se supportaient plus point barre! Le choix de la pension avait été une évidence… mais heureusement cela ne s’était pas fait. Patty était restée avec sa mère, le temps minimum. Dès ses seize, sa garçonnière l’avait reçue. Et au début c’était son paradis, c’est vous dire! Misère!
Sa mère avait réussi à garder ses bijoux, ses fourrures et sa villa à Cannes. Très vite, elle avait quitté la capitale et depuis, elle avait ouvert une nouvelle boutique et jouait aux belles auprès des riches azuréennes et des jeunes play-boys. Elle se montrait dans les soirées les plus mondaines, toujours au bras de beaux partenaires. Elle les collectionnait sans complexe. Divorcée, elle n’avait aucune honte à croquer dans ce dont elle avait injustement été privée. D’ailleurs, c’était très chic et ces tombeurs ne se plaignaient guère d’une femme qui les assume si bien. Dans tous les sens du terme. Cela les changeait de ces rendez-vous furtifs, en plus de les rémunérer bien plus avantageusement. Ainsi exhibés, ils se voyaient offrir de magnifiques présents et étaient entretenus des pieds à la tête. Ce genre de femme aime qu’on lui appartienne, qu’on soit sa chose… En outre, que Sacha soit si gourmande et qu’elle s’entoure d’autant les dispensait de tout inconvénient. Tout bénéfice quoi. Ils étaient à elle corps et âme, ils savaient qu’elle ne tiendrait pas plus de quarante-huit heures avec la même gueule d’amour. Alors, ils la comblaient autant que possible, tenant à rester en lisse pour une autre fois. Quand elle en avait marre, ils se sauvaient. Avec elle, la roue tournait vite, ils auraient des nouvelles dans moins de dix jours. Friponne cette petite dame, elle assouvissait vicieusement jusqu’au moindre de ses fantasmes. Sa fortune y passait à petit feu, mais cela lui était bien égal. Elle savait qu’elle tiendrait jusqu’au bout avec autant de panache, c’est ce qui importait. Ses testamentaires en pleureraient, mais c’était bien la dernière chose qui l’arrêterait. Cette fille, Patricia… Elles n’avaient jamais eu d’affinités… Que son père s’en occupe, après tout, c’était lui qui l’avait voulue, et puis c’était son tour! Elle était tombée enceinte alors que son couple battait déjà de l’aile. A l’époque, elle-même avait songé y remédier par un IVG, c’est vous dire. Il avait fait des pieds et des mains pour l’en empêcher, elle avait capitulé. Mais cela ne l’engageait en rien. En plus d’avoir failli la déformer irrémédiablement (elle avait pris trente kilos), il faudrait qu’elle y sacrifie son bien-être vingt ans après. Et puis quoi encore?
La dernière fois que Patty lui avait rendu visite, quelques années en arrière, leur relation avait pris un tournant définitif. Elle était normalement partie pour un mois, elle était finalement rentrée au bout de trois jours. Dès le premier soir, son malaise s’était fait insupportable. Elles étaient allées au fameux bal de La Croix Rouge, à Monaco. Patty avait beaucoup aimé le spectacle de Liza Minnelli. Elle avait adoré aussi le final de la soirée, lorsque la coupole au dessus d’eux s’était ouverte pour les laisser admirer ce magnifique ciel étoilé, avant de les éblouir avec un feu d’artifice, qui était aujourd’hui encore le plus beau qu’elle n’ait jamais vu. Par contre, c’étaient bien les deux seuls attraits qu’elle ait retenu, mais elle n’avait pas tout de suite relevé. Après tout, il lui fallait réagir en adulte. Sa mère se cachait nullement de ses habitudes. A elle de lui renvoyer la balle en la regardant d’un nouvel œil. Dès son arrivée, elle avait pris le parti d’apprendre à vivre sa mère objectivement.
Ce soir là, un bel ami les accompagnaient, à peine plus âgé que Patty et beau comme un Dieu. Enfin, le jeune femme n’avait guère était émoustillée pour autant, ses penchants étaient clairs… enfin, le croyait-elle. Donc, elle avait d’abord préféré prendre cette situation avec philosophie. C’était bien la première fois que sa mère se dévoilait sous son vrai jour et elle appréciait, ne se doutant pas de ce que cela impliquait. Elle voulait bien essayer de connaître cette femme et de prendre un autre départ. Evidemment, que de la voir se lover autour de ce bonhomme en dansant presque langoureusement, alors que l’ambiance ne s’y prêtait pas, ne lui avait guère plu. Une femme de cette âge, dans cette robe de Couturier certes, mais fuchsias, avec sa rivière de rubis autour du coup, carrément déplacée; de surcroît au cou de ce play-boy…Mais passons. Elle voulait découvrir et ne pas juger d’emblée… La différence qu’elle avait ressentie entre elle et toutes ces jeunes premières, presque royalement vêtues, portant des parures inouïes, et évoluant comme si elles ne vivaient que dans des bals, l’avait aussi refroidie… Mais passons de nouveau. Et puis ces vieux, bien nippés mais pas moins vicieux, même vicelards, la reluquant et lui proposant la botte ni plus ni moins… Avec cette assurance insultante que leur argent pouvait tout leur payer…beark! Mais passons…passons!
Malheureusement, le lendemain, tout s’était corsé. Pour l’occasion, sa mère avait pris une suite au Monté Carlo Beach Hôtel. Qu’est ce que ça faisait de dépenser quelques sous, pour flamber un peu plus? Quoi sa fille était trop imposante pour lui réserver une chambre d’amis dans sa baraque de Cannes… ou Sacha avait-elle l’habitude de claquer ainsi sa tune dans quelques escapades à peine à quinze bornes de chez-elle? Visiblement c’était ça. Les gens de l’hotel la connaissaient bien, c’était une habituée. Sa maison devait être son point de chute… Sa remission quand elle était fatiguée de courir les pantalons. Et puis se faire servir, n’était-ce pas son petit pêché mignon… si, si et sans complexe. Déjà, le petit-déjeuner en compagnie de ces tourtereaux avait coupé l’appétit de Pattty. Quelle horreur, comment deux personnes pouvaient-elles se pavaner dans autant d’hypocrisie avec autant de désinvolture? Comme si de rien était, comme si ça ne se voyait pas que le fric était l’unique source de ces sentiments infectes. Après s’être délectée de quelques sous-entendus écœurants à propos de “leur nuit”, sa mère avait eu la bonne idée de les laisser, Patty et le gigolo. Elle, avait rendez-vous chez le coiffeur. “Ils n’auraient qu’à faire les boutiques, aller boire un pot, ce qu’ils voulaient…”
Ronaldo, d’abord enjoué de passer la matinée avec la fille de sa maîtresse chérie avait répondu présent :
- Oui, c’est une bonne idée… tu vas voir le coin regorge d’endroits sympathiques où tu trouves ce que tu ne trouveras nulle-part ailleurs?
Quoi, parlait-il de ces boutiques huppées dans lesquelles le prix de la moindre connerie valait au moins trois loyer de notre Patty? Assez vite, il avait compris que Patty ne partageait pas sa joie… C’était pas dur avec la moue qu’elle tirait. Aussi l’amant en question, avait proposé de lui laisser le temps de se préparer… et lui avait suggéré d’aller plutôt faire un tour à la piscine, si elle avait envie de se dégourdir… Sautant sur l’occasion pour être seule, Patty avait enfilé son peignoir et s’était pratiquement sauvée vers le dernier étage. Arrivée là, elle avait vite était recadrée. Il n’y avait personne dans le bassin… juste quelques quidams déjà entrain de se faire servir un cocktail ou leur petit-dej, affalé sur les chaises longues, emmitouflés dans leurs peignoirs à l’effigie de l’hotel… comme si c’était un signe extérieur valorisant. Notre amie n’avait pas démordu, et avait plongé pour faire quelques brasses, mais elle s’était vite lassée d’être l’unique spectacle de ces abrutis et était retournée dans sa chambre presqu’aussitôt… Ayant le sentiment d’avoir l’air encore plus bête.
Le gigolo était toujours là et regardait les infos à la télé. Alors, se rattrapant avec un air qu’elle avait voulu plein de désinvolture, le même que sa mère, elle lui avait lancé :
- J’en ai pour une minute… tu m’emmènes faire ta visite de rêve après?
Ronaldo s’était exécuté, habitué à répondre sur le champs aux demandes de ses belles. Il avait emmené Patty dans son extraordinaire décapotable. C’était un souvenir mémorable, elle avait adoré, vraiment! Et Ronaldo, s’échappant ainsi de la corvée de discussion, sachant aussi épargner sa passagère, avait fait un bon détour avant de retourner en ville. Elle avait ainsi profité du plaisir d’une grosse cylindrée, visage au vent, elle s’était laissée emporter par le sentiment de liberté imposé, et par la vitesse et par le pittoresque des panoramas traversés. De retour en ville, Ronaldo s’était engouffré dans un parking souterrain. Là, il avait laissé ses clefs au gars du parking, et avait promené Patty. En fait, le jeune-homme était plutôt gentil, et lui-même visiblement gêné de l’indélicatesse de la mère avait éviter d’entamer la parlotte. Il s’était fait discret, on ne peut mieux. Les obliger à rester ensemble, comme si elle lui confiait sa fille. Allez savoir ce qu’elle avait vraiment derrière la tête en plus! Bref, ils n’avaient pas traîné, mais avait apprécié. Leur promenade les avoit doucement ramenés vers l’hotel et en rentrant, ils avaient trouvé Sacha en plein préparatifs.
-Ronaldo, as-tu un smoking pour ce soir? N’as-tu pas oublié notre dîner? Patricia, descends, le salon t’attend. Il vont te coiffer et te maquiller. Tu essaieras les robes que j’ai posées là, elles me vont un peu grandes, elles devraient te convenir.
La garce! Toujours le pic cinglant. Et c’était reparti pour un tour. A chaque fois Patty se consolait au mieux, elle visitait tout de même les plus beaux édifices qu’il soit. Les décors étaient splendides, d’époques et elle n’en reverrait pas d’aussi beaux de si tôt. Mais cette patate avait-elle besoin de la diriger sur ce ton condescendant, lui imposant les faits plutôt que de partager avec elle des moments de vie.
Ce fameux soir, leur longue table semblait réunir des convives de marque, ils en faisaient partie. Patty avait été
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