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ROMAN CONTEMPORAIN "REALITY SHOW " - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF, POUR S'IMPRIMER LE MANUSCRIT

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nécessaire. Pour le moment, ils pensaient que ce serait inutile, complètement amadoués. Pierre et Jacqueline les avaient tout de même appelés, après la visite de Paul et de sa future ex-femme :
-Méfiez-vous. Ce genre de revirement total est courant mais souvent annonciateur d’une terrible rechute aussi. Miranda a eu un accès de clairvoyance, certes; mais elle a aussi perdu un bébé. Vous venez de vivre le repentir… Mais il va aussi y avoir le moment où elle regrettera sa fausse-couche, c’est biologique… Et là vous serez ses bourreaux.
-Non, je ne pense pas Pierre, avait rétorqué Laïla. Je suis sa mère… Je pourrai au contraire l’aider à surmonter.
-Elle ne vous en donnera pas la possibilité… Ce serait avouer ses faiblesses à vos yeux. Et vous êtes la dernière devant laquelle elle veut paraître faible.
-Oui, bon… Mais ne nous en voulez pas. Maintenant que Paul a décidé de la quitter. Que sa sœur et son frère son en phase de commencer respectivement une belle histoire, nous nous devons de LES protéger. En emmenant Miranda, nous empêchons aussi d’autres esclandres. C’est notre enfant, Rick et Anaïs n’ont pas à en payer les pots cassés. A nous de prendre nos responsabilités!
-Oui, je comprends. Sachez néanmoins que nous restons à votre disposition.
-Oui, d’accord Pierre, je n’oublierai pas et encore merci, merci pour tout.
-Je vous ferez transférer le double de son dossier, vous l’aurez sous la main comme ça.
-D’accord. Merci.Je vous transmets nos coordonnées et celles du centre sur lequel nous nous étions arrêtés, selon vos propres connseils.

Alors les parents avaient informé tout le monde de leur décision. Miranda la première avait acquiescé. Au ranch, elle aurait de quoi faire… Pourquoi ne pas se former au métier d’ailleurs. Tous l’observaient du même œil circonspect. Rick le premier avait baissé sa garde, faignant l’indifférence; mais ne l’attendant pas moins au tournant. Anaïs, elle, restait sur ses positions, mais ne montrait rien. Elle était en suspens et attendait la suite des événements. Tous deux remerciaient leurs conjoints respectifs du soutien, même impalpable, que leur seule présence leur procurait. Justement, Patty et Gary découvraient à chaque minute l’art de détourner les faits, les mots, pour que tout continue à couler aussi tranquillement. Apparemment tranquillement, car la situation était on ne peut plus invivable. Ils étaient tout deux pour ainsi dire aux aguets, intervenant l’air de rien, dès que l’ambiance risquait de s’ébranler. Les esprits étaient tendus, l’indifférence de chacun n’était qu’une façade pour ne pas craquer… Tous en avaient gros sur la patate et n’admettaient pas qu’on puisse être aussi monstrueux et que l’on s’en sorte par l’infime désir de vouloir s’amender. C’était trop facile.
Seuls les Wilson transigeaient et voulaient croire au revirement que Miranda faisait miroiter. Miroiter, ou pas, cela ne changeait pas les faits… Ce coup ci, elle était allée bien trop loin…Les paperasses dont s’acquittaient Laïla et Dereck, à propos de la perte du bébé et du dossier des Mimosas qu’ils allaient faire transférer dans cet institut américain, témoignaient de la réalité des faits. Il ne s’agissait pas d’une virée supplémentaire qui avait mal tournée. Non, la vie de tous serait à jamais marquée d’une croix. Que dire de ce pauvre Paul qui se cloîtrait littéralement. Miranda n’avait même pas demandé après lui. Elle ne s’inquiétait de rien d’ailleurs. Décidée à garder ses œillères, elle fermait aussi ses oreilles et faisait comme si de rien n’était. Elle sentait bien que ça n’était pas gagné, mais sa nonchalance restait de marbre. Elle disparaissait parfois de longues heures dans sa chambre, puis réapparaissait comme un charme, sans plus. Paul avait même glissé à son beau-frère que sans les calmants prescrits, elle ne tiendrait pas si bien son rôle. Il était le plus lointain possible, mais ne se cachait toujours pas de ce qu’il pensait maintenant de cette femme qui avait fini de lui ôter tout espoir. Seuls les repas donnaient le change, réunissant la famille. De loin on aurait pu être leurré, mais à table on aurait vite déchanté. On pouvait entendre un ange péter. Les rares échanges se faisaient toujours dans un chuchotement furtif. Sinon la moitié espérait voir cette coquine s’étouffer : c’était bien la seule a ne pas avoir l’appétit coupé, et ça avait certainement énervé chacun des autres au moins une fois. Peut-être même tous en même temps.
Voilà, voilà, Miranda revenait à la case départ. Elle retournerait dans son pays, vivrait aux crochets de ses parents et personne n’y changerait rien.
Rick ne pouvait pas s’empêcher de penser à son rêve. Ce n’était pas Anaïs et Gary, mais le petit qui avait payé de sa vie. Alors qu’il était encore dans son cauchemar, avait-il passé un pacte quelconque pour sauver les amoureux… Il y avait-il une corrélation entre ces deux réalités… Il perdait la tête ma parole! Deux réalités, à quoi jouait-il. Il avait fait un cauchemar, prémonitoire? Pas sûr… C’était gênant, car en même temps que ça lui faisait prendre une certaine distance. Avec ce que Miranda venait de leur asséner, par exemple… ça le rendait aussi beaucoup plus sensible. Il n’arrêtait pas de penser à Anaïs et s’angoissait à la seule idée de la savoir très prochainement dans un avion. l’angoisse flottait en lui, omniprésente. Parfois il partait dans les pires délires, et ses parents aussi prenaient l’avion… Et s’il avait vraiment passé des pactes avec l’au delà, qui lui prendrait-on à la place. Alors Patty surgissait et l’effroi écrasait son cœur. Etait-il vraiment possible de marchander ainsi son destin, ou plutôt celui des autres…Non, non, non…Il ne voulait plus penser.

Le jour de son départ, Paul s’était levé à l’aube. Son avion décollait à 8 heures, et il ne souhaitait pour rien au monde le rater. Il finissait de boire son café, inspectant sa chambre pour être sûr de ne rien oublier. Non rien. Il s’était alors dirigé vers le balcon et au moment où il s’était appuyé sur la balustrade, la porte-fenêtre du balcon adjacent s’était ouverte. Patty était aussi matinale que lui. Ils échangèrent quelques banalités, puis regardèrent doucement le soleil se lever. C’était magnifique et leur silence n’était pas de ceux qui dérangent. Se retournant vers sa voisine, Paul avait soudainement vu son visage blêmir, sa bouche trembler, elle avait l’air terrifiée. Immédiatement, Patty l’avait regardé et invité à suivre son regard. Là, au milieu de la piscine, un corps, un corps flottait… C’était Miranda. Ils s’étaient regardés une dernière fois pour être sûrs de voir la même chose, puis s’étaient précipités appelant tous azimuts qui voudrait bien les entendre. Arrivée au bord de l’eau la première, Patty avait plongé… De sa fenêtre, Rick, réveillé par les cris de sa compagne avait tout vu et il était déjà aux côtés de Paul pour l’aider à hisser ce corps sans vie, si lourd. Les quatre autres étaient maintenant là s’agitant sans pouvoir vraiment être utiles. De suite Paul avait constaté l’arrêt cardiaque et réclamé que l’on appel le SAMU. Ensuite, il avait plaqué sa bouche contre celle de sa femme, et lui bouchant le nez, avait tenté de la réanimer. Il se rendit compte très vite qu’il était trop tard et avant de pouvoir entreprendre quoi que ce soit d’autre, il vit arriver les secouristes. Leur constat fut rapide, et ils déclarèrent que ça faisait trop longtemps que cette jeune-femme s’était noyée. Ils ne pouvaient plus rien pour elle. Tout le monde avait reculé, incapable d’y croire. Ils regardèrent ce corps effectivement imbibé, bleuté sur certaine partie. Le visage de la morte était serein, ses lèvres entrouvertes étaient violacées.
Laïla avait éclaté en sanglot et s’était écroulée dans les bras de son autre fille, elle même titubante. Dereck les avait toutes deux emmenées à l’intérieur, les yeux embués et la gorge nouée.
Les secouristes avaient appelé la police, et des gendarmes étaient déjà entrain de sécuriser les alentours, demandant le plus courtoisement possible à ceux restés là de bien vouloir quitter les lieux. Le soleil pointait maintenant dans le ciel et tout le macabre de la scène apparaissait en plein jour. Le ciel bleu, le soleil, une villa de rêve, une famille réunie… Mais là, au bord de la piscine : une morte. La police criminelle allait arriver. Quelqu’un avait recouvert Miranda d’une couverture, tous avaient obéi et étaient rentrés. Une fois dans le salon, ni Rick, ni les autres n’avaient pu stopper les larmes des parents et d’Anaïs. Paul avait tout de même réussi à leur administrer un calmant et les deux femmes étaient montées dans leur chambre, accompagnées par Patty. Alors le père s’était enfoncé dans un fauteuil, carrément choqué, interdit.
Ils n’avaient pas attendu longtemps pour qu’un inspecteur se fasse connaître. Une enquête de routine était en cours, mais tout semblait confirmer la thèse d’un malheureux accident. Chacun fut interrogé, succinctement, l’inspecteur attendrait les résultats de l’autopsie avant d’aller plus loin. Ses enquêteurs, eux, faisaient leur boulot et relevaient tous les indices possibles. Le corps recouvert de Miranda était maintenant entouré à la craie, dont les dégoulinés à cause de l’eau dérangeaient, introduisant une impression visqueuse. Des petites pancartes avaient été posées par-ci, par-là, numérotées, elles indiquaient des indices. Un ruban jaune délimitait la zone à ne pas franchir. Puis de brancardiers emportèrent le corps et l’équipe d’inspecteurs demanda à visiter la villa.
Leur tour fut rapide, ils donnèrent congés à la famille. Deux femmes transmirent leurs coordonnées à Rick et à Paul, ils pouvaient appeler quand ils voulaient… Pour un élément à rajouter à l’affaire, ou pour prendre contact avec les psychiatres à disposition. C’était tout indiqué pour les parents et leur seconde fille avaient-ils souligné avant de prendre congés. Tout le monde était parti. Il n’y avait plus que le tracé à la craie blanche, là dehors sur les dalles sèches, qui rappelait insidieusement que ce n’était pas une horrible cauchemar.

Les jours suivants avaient étaient terribles pour tous. Leur peine était immense et davantage aiguisée par le fait de n’avoir pas pu mettre les pendules à l’heure avec la defunte. Tous culpabilisaient et d’une façon ou d’une autre trouvaient de quoi conforter leur malaise. C’était dur de perdre brutalement quelqu’un, mais c’était encore pire de le perdre alors que tout restait à faire et que personne n’avait réussi à engager quoi que ce soit avant l’irrémédiable.
Rick, surtout, se sentait mal. D’une par à cause de ce qu’il avait dit, mais aussi et peut-être surtout à cause de son mauvais présage. Sans s’en souvenir, avait-il finalement fait un pacte avec le diable? Y avait-il condamné Miranda, pour sauver tout le reste de sa famille? D’atroces idées lui traversaient l’esprit et il perdait pieds. Qui était-il pour qu’on lui ait donné cette option? Mais pour qui se prenait-il à la fin? Pourquoi pensait-il à tout ça? Pourquoi aurait-il un rôle quelconque à s’octroyer? Lui, un homme, sans plus… Patty ne pouvait pas l’aider, même s’il lui faisait partager ce qu’il vivait. Que dire, alors qu’elle même ne savait pas où le délire pouvait vraiment avoir commencé.

Elle n’avait pas pu s’empêcher d’appeler son alie, mais Eloise était à mille lieux d’imaginer ce qu’il se

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