p46 Page Précédente < > Page suivante
Cela avait continué bon train jusque les 2 heures du mat. Les parents, montrant les premiers des signes de fatigue, avaient laissé les jeunes à leur cognac. Il n’avait pas fallu plus d’un quart d’heure pour que Miranda revienne sur le plateau. Anaïs voulait en savoir davantage quant à la pathologie de sa sœur et quant au devenir de son enfant. Elle se sentait maintenant autrement concernée, la fibre maternelle tissait sa toile. Paul s’était d’abord fait évasif, tout ne dépendait que d’elle et de sa faculté à se prendre en main. Alors l’un avait renchéri, l’autre avait contrebalancé et ainsi de suite… Il était tard et Rick avait fini par perdre patience. Ils étaient tous là pour l’aider, alors elle avait intérêt à bouger ses petites fesses et autrement qu’à son habitude… l’aube arrivait presque et il n’en pouvait plus d’entendre toutes ces palabres. Surtout son rêve, ou plutôt son cauchemar le hantait, jusqu’à l’exaspérer. Il avait pris la parole soudainement, il voulait en finir de cette journée et de cette soirée trop longues… Une fois de plus, cette sœur l’empoisonnait. Alors qu’en reprenant ses esprits, tout à l’heure sous sa douche, il avait cru qu’il verrait tout sous un autre angle. Peut-être l’explication de son élan de toute à l’heure. Là, il se rendait compte que rien ne changerait jamais. Cette Miranda pourrirait la vie de tous tant qu’elle le pourrait et aucun ne semblait décidé à y mettre un terme. La joie qu’il avait eue de retrouver tous les siens était déjà dissipée, c’est vous dire l’incidence…En se servant un dernier cognac, il avait donc lancé d’un ton mauvais :
-Elle ne va pas nous encombrer la tête toute notre vie celle-là. Si elle n’assure pas, elle ferait mieux de disparaître. Justement! On a un médecin, un avocat, un scénariste, pourquoi ne pas se débarrasser d’elle!
Cette dernière phrase était tombée comme un couperet et tous s’étaient tus le toisant presque… Que lui arrivait-il? Il délirait, il ne pouvait pas être sérieux, c’était de sa sœur dont il parlait; et de son autre sœur et de son beau-frère dont il faisait référence. Se rendant compte de son inconvenue, Rick s’était vite rattrapé et par une galipette intelligente avait rapidement détendu l’ambiance, s’excusant de sa maladresse. Il avait ri, d’un rire jaune certes, puis s’était retiré, prétextant qu’il avait vraiment dû prendre un coup de chaud, guère arrangé par l’alcool ingurgité. Demain, il serait plus clair. Patty l’avait suivi, inquiète et muette. Les autres avaient continué de discuter, davantage tiraillés à cause de ce qui venait d’être dit. Tous iraient se coucher l’esprit torturé.
Une fois seuls, Rick et Patty avaient pu discuter plus franchement. Elle avait d’abord pris une douche pendant qu’il avait pris l’air sur le balcon, grillant une clope… puis ils s’étaient couchés. Alors, sentant toutes les questions qui fusaient dans son esprit, mais que la jeune-femme n’osait pas lâcher, Rick lui avait raconté ce songe malheureux, mais si réel. Il lui avait aussi expliqué pourquoi il pouvait en venir à parler de supprimer Miranda, comme on bouffe une pièce d’un jeu d’échec. Il n’était plus le même. Aujourd’hui, il avait cru perdre presque tout et la douleur subsistante n’était rien à côté de ce qu’aurait dû lui produire un vrai coup de soleil sur le crâne. Il aurait préféré cette insolation à la douche glacée qui le faisait encore trembler au plus profond de son être. Miranda était définitivement une pièce en trop à ses yeux.
-Regarde, on était en famille, tout allait bien. J’ai même eu un geste envers elle… Je n’en reviens pas. Et au lieu d’en profiter pour prendre le pas, la voilà qui se rebiffe on ne sait pourquoi.
-Oui, c’est vrai. Mais en même temps quand vous parlez d’elle, vous ne parlez que de ses conneries… elle a eu un raz le bol.
-C’est pas de ma faute si elle n’a fait que ça! merde!
-Elle a quand même fait des trucs bien dans sa vie?
-Non.
Ils avaient continué ainsi, Rick décrivant Miranda sous toutes les coutures. Patty n’en revenant pas qu’une seule et même personne puisse être l’auteur d’autant de monstruosités. Plus elle essayait de lui trouver des excuses, comme pour protéger l’adolescente incomprise qu’elle avait elle-même été, plus les réponses de Rick lui confirmaient qu’il n’y avait aucune comparaison possible. A la fin elle en vint à comprendre cette rancoeur. Rick pensait avant tout à la tranquillité de sa famille et son cauchemar ne l’aiderait pas à être objectif vis à vis de Miranda.
Le soleil se levait quand ils fermèrent enfin les yeux. l’une était interdite, triste, profondément triste, car elle ressentait que son homme avait maintenant une brèche en lui… Avant, rien ne l’aurait inquiétée, ce matin, Patty savait que tout pouvait arriver. Elle s’était endormie avec ce genre d’idées, un malaise qui ne vous laisse pas faire de jolis rêves. Lui, s’était laissé emporter par la fatigue, mais n’avait pas quitté le rictus qui assombrissait depuis son visage. Il se demandait encore, et on peut le comprendre, ce qui lui était arrivé et pourquoi il avait dit cette chose atroce qui ne lui paraissait pas si atroce la minute suivante…
Le lendemain, ils n’avaient pas pu faire la grasse qu’ils auraient dû. Anaïs était venue les réveiller s’en dessus dessous :
- Elle a disparu, maman est dans tout ses états. Papa est allé au poste, ils lui ont dit qu’ils ne pouvaient rien entreprendre pour le moment…
Elle s’était jetée sur eux, toute ébouriffée, visiblement on l’avait extirpée du lit de la même façon qu’elle était entrain de le faire pour eux.
- Calme-toi, avait lancé son frère se levant d’un trait et la prenant dans ses bras…
- Mais non, maman et au bord de la crise, elle a trouvé une lettre qu’elle ne veut pas nous montrer, mais elle n’arrête pas de pleurer… Et les flics qui ne bougent pas… Et papa qui ne sait pas quoi faire… J’en peux plus, j’en peux plus. Elle avait éclaté en sanglots.
-Calme-toi… C’est pas bon pour ton bébé. Le couple l’avait réconfortée tant bien que mal, puis ils s’étaient tous donné rendez-vous en bas, une fois propres et habillés. Dans la cuisine, ils tentèrent d’en savoir plus auprès de Laïla, mais elle était muette comme une carpe, pleurant de temps en temps, mais en silence aussi. La mi-journée se passa ainsi, tendue, aussi tendu que cela peut-être lorsque l’on met sept personnes à bout dans une même pièce, de surcroît lorsqu’elles sont toutes impuissantes face au problème qu’il leur est posé.
-Vous voyez, c’est ce que je disais, elle nous fichera jamais la paix.
-T’as raison… Faut toujours qu’elle se la ramène. Cette chipie est dégoûtée de ne pas être notre seul centre d’intérêt. Je suis sûre que si je n’étais pas enceinte, elle n’en n’aurait pas fait tant. Mais voilà, je lui ai pris un peu d’audience.
-Et voilà! Tu mets le doigt dessus! Faut l’enfermer je vous dit!
-On ne peut la faire enfermer que si elle craque les plombs en public et qu’elle nuit à autrui ou à elle même… Et même, on sait quand on rentre chez les fous, mais on ne sait pas quand on en sors… Avait ajouté Paul.
-D’accord… Mais si on en parle c’est qu’elle en a besoin!
-Ne dis pas de sottise, Rick… Tu fais du mal à ta mère. Ta sœur enfermée? un échec pour nous. Nous devons réussir à l’aider.
-Mais CE N’EST PAS POSSIBLE. Avait insisté Rick. Faudrait la tuer pour qu’elle s’arrête!
-Tais-toi, Rick… ça suffit! Avait tranché Laïla. Ta sœur a tout les défaut du monde… Mais rien n’excuse tes paroles monstrueuses.
-Oui, pardon maman. Mes mots dépassent ma pensée.
-Tu es tout pardonné mon cœur, je sais que tu es gentil.
-En attendant, allez savoir ce qu’elle fabrique. Elle va finir par perdre son gosse. S’était subitement affolée Anaïs.
-Chuut! Elle va revenir, comme d’habitude… Avait ajouté Gary. Elle vous fait toujours le même coup.
Grâce à dieu, un agent de police était venu briser cette ambiance. Son supérieur l’avait finalement envoyé ouvrir un dossier. Il était entrain de noter toutes les informations nécessaires, lorsque la porte du fond du jardin avait grincé, se retournant dans un même geste, ils avaient tous vu Miranda, titubant dans la petite allée. La mère s’était précipitée, la salopette de sa fille était tâché de sang, le père avait suivi, Paul s’était jeté sur le téléphone appelant les urgences…Ils l’avaient rapidement installée sur le canapé du salon. Le policier avait confirmé la demande d’ambulance, Miranda était livide et puait l’alcool. Elle avait les yeux hagards et ne répondait rien à toutes les questions que lui posait Laïla. Finalement les services d’urgences étaient arrivés et l’avait embarquée illico. Ils avaient tous atterri au CHU de Nice.
l’attente fut terrible. Les parents, ainsi que Paul, aussi affecté, ne pouvaient plus cacher leur désarroi. Les autres n’avaient rien dit mais n’en pensaient pas moins. Seul Rick restait impassible, au fond de lui et malgré lui, il se disait qu’il préférait cette souffrance à celle qu’il avait connue hier…Enfin, un interne était venu à leur rencontre. Elle allait bien et était sortie d’affaire. Par contre… Là il avait pris des pincettes et s’était informé des liens de parenté des personnes présentes, avant de continuer. Il avait fait asseoir les parents, avait posé une main sur l’épaule du père présumé, puis les yeux rivés dans les siens, avait dit de la voix la plus douce qu’il avait pu, que Miranda avait perdu son bébé, une fausse couche. La claque! Tous avaient fixé Paul… La claque, c’était lui qui se la ramassait de nouveau. Contrairement à ce que les autres avaient pu attendre, il n’avait pas craqué, il avait juste demandé si sa femme avait besoin de quelque chose, et quand elle sortirait. S’il n’y avait pas de complications et visiblement il n’y en n’aurait pas, elle serait sortie dans trois jours. Le fait qu’elle soit ivre n’était pour l’interne qu’un malheureux concours de circonstances. l’affaire serait classée. Un psychologue et une intendance appropriée était à leur service…
Paul accusait bien le coup. C’était peut-être une libération? Pour tous les autres, ce n’était que le début de la fin. Ce qui normalement devait la sortir de son mauvais trip, venait de l’y replonger et bien plus profond qu’on ne l’aurait imaginé. l’interne indiqua que les visites étaient autorisées, mais seuls les Wilson le suivirent. Les jeunes préférèrent aller prendre l’air sur le parking. Paul n’avait pas attendu pour leur dire qu’il allait tout arrêter avec ses amis. Si Pierre voulait continuer avec sa patiente, qu’il voit avec Laïla et Dereck, lui s’en retournait à Paris. Il demanderait le divorce et ne voulait plus jamais entendre parler de cette femme qui bafouait tout sur son passage. Personne ne saurait pourquoi à cette heure, et pas plus tôt ou plus tard, Paul avait soudainement l’air d’y voir clair. La goutte en trop.
-C’est bon, j’ai assez donné. Au moment où je commence à me faire à une idée, alors que j’ai ravalé dix fois ma fierté… Il faut que je me la ferme encore. C’est bon… Qu’elle fasse ce qu’elle vaut. Je ne ferai pas d’histoire… Le divorce se fera par consentement mutuel, elle aura ce qu’elle voudra. Mais tu as raison Rick! Elle trouvera encore le moyen
p46 Page Précédente < > Page suivante |