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ROMAN CONTEMPORAIN "REALITY SHOW " - par Emmanuelle Mairet

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vers les Dorian. Cela n’avait pas pris plus d’une demie heure pour que tous compatissent et qu’elle obtienne de passer la nuit au pavillon.
Jacqueline et Pierre croyaient beaucoup à la réciprocité des choses. La théorie du “recto-verso” se targuaient-ils souvent de lancer. S’ils attendaient de Miranda qu’elle leur fasse confiance, fallait-il encore qu’eux-même se prêtent au jeu. Plutôt que de dire “ne faites pas aux autres ce que…”, ils avaient plutôt coutume de dire “faites aux autres ce que vous aimeriez que l’on fasse pour vous.” Quand un de leurs gosses revenait un souci en tête, décontenancé par l’attitude d’un copain, ou une vanne lancée pendant la récré devant les copains… Ils répétaient, “recto-verso”, il fallait répondre à chaud et au prorata de la circonstance. Encore plus clair comme exemple : Ludo leur avait raconté, qu’un copain, plus grand que lui, prenait toujours le dessus parce qu’il parlait fort, et qu’il se collait toujours aux gens quand il leur parlait. Ce qui intimidait les autres et qui laissait ce grand dadet mener sa barque. Pierre avait conseillé à son fils d’en faire autant.
-Au lieu de le laisser envahir ton espace vital, envahi le le premier… Et joue de sa taille mais à ton avantage. C’est ce que font les karatéka.
Le petit avait su mettre en pratique ces conseils et avait vite dompté l’autre… Qui se trouvait maintenant traité de grande tige par tous ceux qu’il avait précédemment voulu dominer. Les enfants ont ça d’ingérable. Ils ne mesurent pas toute la portée de leurs actes…
Petit aparté utile pour expliquer cette confiance que les Dorian semblaient vouloir donner à Miranda : cette semaine elle avait battu tout ses records et il fallait l’encourager, elle passerait donc la soirée et la nuit chez eux.

Cela dit, rien n’avait auguré la suite. Paul s’était réveillé vers quatre heures du matin… Des bruits de pas qui lui avaient fait comprendre que sa femme allait visiblement au petit coin. Au départ, il n’avait pas relevé. Malheureusement, le non-retour de celle-ci dans la chambre d’à côté (ils ne partageaient pas la même pour autant), l’avait réveillé, jusqu’à l’extirpé de son lit. Dans la nuit, il était allé vérifier, personne dans le lit; il avait fait le tour de la maison, rien non plus… Il était ensuite allé dans le jardin, puis autour de la piscine, rien… l’inquiétude avait commencé à émerger et s’était faite entière quand il s’était aperçu du pire : Le break, dans la contre-allée, avait disparu… Sans se questionner plus, il n’en avait pas besoin, il s’était précipité. Les Dorian et Rick n’en étaient pas revenus.
-Suis-je bête! Avait presque gémi Jacqueline. Nous laissons toujours les clefs sur le contact, le portail s’ouvre de la commande du hall, il faut donc rentrer dans la maison avant de voler la voiture… Je ne me suis pas méfiée.
-Ce n’est pas de ta faute, j’aurais dû y penser! avait rétorqué Pierre…
Les autres les avaient vite calmés. Tous avaient vu que les clefs restaient sur le contact, aucun n’avait anticipé non plus. Le plus important était maintenant de savoir où elle pouvait bien être.
Immédiatement Pierre avait appelé au commissariat. Il n’avait pas le choix, c’était une de ses patientes, et il ne pouvait pas rester sans les prévenir. Le numéro d’immatriculation de leur véhicule fut relevé, et les policiers appelleraient au moindre doute. Toutes les voitures de patrouille allaient être prévenues, ce serait toujours ça de gagné. Jacqueline avait fait du thé et ils avaient terminé la nuit ainsi, assis autour de la table, dans la cuisine. Sauf Paul qui avait pris la route et avait tourné, tourné, en vain. A l’aube, toujours rien. Ils avaient alors fait deux équipes. Paul et Pierre, et Jacqueline et Rick. Ils avaient appelé les Mimosas, et avaient eu un autre véhicule tôt dans la matinée. Raccompagnant le chauffeur improvisé au domaine, ils en avaient profité pour questionner les internes proches de la fugueuse. Cela n’avait pas apporté grand chose.
Alors que sa femme et son ami étaient déjà repartis, Pierre était d’abord passé par son bureau. Il voulait regarder dans ses fiches… Avec qui Miranda avait partagé ses différentes chambres, avec qui elle s’était justement entendu, et lesquelles de ses co-locataires avaient quitté l’établissement. On aurait cru cette recherche laborieuse, en fait, l’instabilité et la méchanceté de Miranda avait souvent fait craquer les autres… Il était vite arrivé au bout des paperasses. Celles avec qui elle avait copiné se comptaient presque sur les doigts d’une main.

Ils avaient repris la route avec en tête de rendre visite à quatre ex-patientes. Deux autres étaient parisiennes, on avait qu’à prier pour que l’idée de les rejoindre ne traverse pas l’esprit de Miranda.
A seize heures, ils étaient à l’avant-dernière tentative et se soutenaient mutuellement pour ne pas désespérer. De leur côté, ni les flics, ni les deux autres n’avaient évolué.

C’était une petite femme de la cinquantaine qui avait ouvert. Pierre s’en souvenait parfaitement. Mme Martin avait placé sa petite-fille aux Mimosas, alors qu’elle venait de fêter ses vingt-ans. La jeune-fille avait perdu ses parents dans un atroce accident d’avion, six mois auparavant, et depuis elle allait dépérissant. La dame avait elle-même perdu sa fille, mais elle se trouvait brusquement en charge de cette gosse qui entamait à peine ses études, et elle ne s’était pas autorisée à laisser aller sa peine. La jeune Hélène était restée chez eux presque les six mois suivants, et revenait maintenant tous les quinze jours pour une séance, en plus des psy qu’elle voyait régulièrement.
Mme Martin les avait immédiatement fait entrer :
-Je vous attendais.
Cette phrase, aussi anodine soit-elle, avait eu un effet incomparable. Malencontreusement, un quiproquo s’était glissé et nos deux hommes allaient vite être déçus. La petite dame avait appelé dans la matinée, il semblait qu’Hélène soit en rechute… On lui avait dit qu’on la rappellerait pour un rendez-vous… Elle ne s’attendait nullement à ce que le médecin se déplace en personne et si prestement! Mais quoi demander de mieux! Comprenant le malentendu, Pierre avait heureusement réagit à chaud. Il s’était expliqué, et dépassant la grosse déconvenue de son interlocutrice, l’avait questionnée sur l’affaire qui l’avait mené jusqu’ici.
-Non, j’ai vu personne. Mais pour ma petite…Elle avait fait descendre la jeune, qui avait effectivement une mine alarmante…mais qui trouva la force de glisser un salut :
-Bonjour, messieurs
-Bonjour, Hélène.
-Bonjour!
-Dis-moi,Hélène… Tu te souviens de Miranda, aux Mimosas? Aurais-tu eu de ses nouvelles par hasard? Un coup de fil?
-Miranda? non… pourquoi?
-Rien, rien de bien grave.
-Elle s’est sauvée?
-Pourquoi dis-tu ça? Tu sais quelque chose?
-Non rien, mais elle en parlait souvent. Ne vous inquiétez pas, elle va revenir.
-Nous aimerions en être aussi sûrs que toi. Qu’est-ce qui te fait croire ça?
-C’est une anxieuse, elle est peureuse… Elle a besoin d’être entourée des gens qu’elle connait et qui la connaissent surtout, qui la ramasse. Avec des étrangers, elle se fait peur toute seule.
Sur ces mots, elle s’était retournée et les avait salués. Sans plus.Regardant la petite Hélène, presque chétive, regrimper difficilement les escaliers pour aller se terrer dans sa chambre, Pierre n’avait pas tenu. Il avait passé un coup de fil aux Mimosas, et donné quelques ordres… Puis il avait ensuite eu un de ses collègues et lui avait exposé la situation. Avant de partir, un sourire poli aux lèvres, il avait réconforté cette dame. Un thérapeute les attendait dès 14h30, et une chambre allait être préparée. Il était désolé pour elles deux, mais Hélène devrait passer encore quelques temps aux Mimosas. Sur ces quelques mots de consolation, ils avaient quitté cette femme, navrés de ne pouvoir en faire plus.

-Qu’en penses-tu? Avait interrogé Paul.
-Elle a raison, Miranda a peur d’être seule. Mais elle oublie un seul aspect : en crise, Miranda n’est jamais entourée d’inconnus, tous lui appartiennent. Sur ces mots peu rassurants, ils avaient rembarqué.
l’humeur n’était pas du tout au beau fixe, et ils étaient allés à la dernière adresse en silence. La pêche n’y avait malheureusement pas été plus fructueuse et ils étaient repartis complètement déroutés. Pas la peine non plus de s’étaler sur les vingt-quatre heures qui suivirent. Armand et Eric s’étaient joints aux recherche, mais le nombre n’avait rien fait de plus.
Paul et Rick avaient appelé pour décaler leurs billets de retour… Ils devaient normalement être à Paris ce vendredi en soirée; ils n’y seraient que mardi matin, au plus tôt… Allez savoir si ça ne durerait pas davantage. Leur optimisme leur avait laissé estimer que Miranda réapparaîtrait durant le week-end… Mais c’était compter sur le bonheur-la chance, et avec elle ce n’était pas gagné.

Dieu soit loué, ils n’avaient pas entièrement eu tort de garder foi. Le lendemain, vers vingt heures, la situation s’était dégourdie. Le téléphone avait sonné et Pierre s’était précipité :
-Allo? Ha, c’est toi! Où étais-tu? Es-tu folle? Nous sommes morts d’inquiétude. (…) Oui… Ne pleure pas ma chérie, nous arrivons… Ne bouge pas… Promis? OK, dans dix minutes nous sommes là.
Il avait raccroché et avait résumé, tout en invitant Paul à lu emboîter le pas. Tout ce qu’il savait, c’était qu’elle était à la station d’essence à l’entrée de l’A8. Elle avait dormi dans la voiture et commençait à prendre peur. Elle avait essayé de trouver un peu d’argent, mais l’aumône ne payait guère… Certains rôdeurs commençaient à lui tourner autour… Elle était épuisée, n’en pouvait plus. Ils savaient que l’état de Miranda aidant, ils n’auraient une idée juste de la situation que lorsqu’ils l’auraient récupérée.
Quand ils étaient arrivés, elle s’était carrément jetée dans les bras de Paul, de gros sanglots coulaient et faisaient de son récit une suite incompréhensible de mots… Elle répétait ce que Pierre avait dit.

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