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C’était l’ancienneté du malaise de Miranda qui leur avait fait définitivement préférer un lieu neutre; et surtout il préféraient aussi rester dans les environs, leurs autres patients n’habitaient pas outre mer…
En fin de compte, Rick en avait suffisamment entendu et avait décidé de rester avec les gosses. Pourquoi ne pas les emmener à la plage, ou même au Marineland… Ludo tarabustait sans cesse ses parents à ce sujet. Il avait même sorti les dépliants à Rick, histoire de l’amadouer ou de lui donner envie. Il n’était pas dix heures, autant profiter de ce dimanche… Les Dorian acquiescèrent mais lui déconseillèrent le parc pendant le week-end. Ils auraient les touristes en sus des riverains en vacances… Quoique pour la plage, c’était pas mieux… A voir… Les gamins avaient tranché la question au même moment. Un copain les avait appelé, c’était son anniversaire et il venait enfin de persuader ses parents de le laisser fêter ça entre copains… C’était Bastien qui avait couru le premier pour informer sa mère, suivi de ses deux frères aussi excités. Ils devaient se dépêcher, le buffet commençait à 11h30. Jacqueline le calma un peut :
-Vous n’allez pas y aller maintenant, il est trop tôt… Nous allons d’abord faire un gâteau…Vous l’emporterez.
-Ouais!
Avaient presqu’hurlé les trois gosses, se ruant dans la cuisine au pas des galops de leurs chevaux imaginaires… Il fallait une sacrée santé! Avait pensé Rick.
En fait, tous les cinq passèrent un très bon moment, et notre scénariste s’avéra à la hauteur. Plus que de la santé, il fallait aimer les gosses. Hors, la façon dont il partageait leur euphorie prouvait que lui même n’était peut-être pas aussi adulte qu’il le croyait. Plus tard, quand Jacqueline et ses rejetons l’avaient laissé, il avait tourné quelques minutes en rond, puis se prenant par la main, il s’était installé confortablement dans le jardin. Une chaise longue, un parasol, le maillot, un jus de fruit, la piscine, le téléphone, le dossier immobilier remis par Pierre… à oui, la radio… voilà, paré pour une journée farniente…
CHAPITRE 18
Tout avait failli par parfaitement se passer. La journée de dimanche avait été tranquille aux Mimosas. Miranda était heureuse de revoir Paul. Certes, elle le faisait inlassablement souffrir, mais elle l’aimait. Peut-être pas d’un amour fou comme il l’aurait souhaité, mais d’une affection unique. Elle n’avait jamais ressenti ça pour quiconque. Elle savait bien les efforts qu’il faisait sur lui même et la rareté de sa gentillesse. Sans lui, elle se disait parfois qu’elle aurait touché le fond… Elle aurait peut-être fini sur le trottoir. Non pas à pratiquer son métier “honorablement”, comme le faisaient quantité de femmes; mais dépravée, droguée et tout ce qui allait avec la panoplie de la loque humaine.
Dans ses meilleurs moments, elle s’interrogeait et se rouspétait… Pourquoi continuait-elle à le détruire, à le faire souffrir? Si elle-même ne se le pardonnait pas vraiment. Elle ne savait pas, c’était inconscient… c’était aussi sa meilleure proie, celui qu’elle tenait le mieux. Pendant ces accès de réflexion sage, ce qui ne lui arrivait guère souvent mais tout de même, elle s’en voulait terriblement. Pourquoi s’était-elle usée à faire le mal, et à se détruire. Avec ce caractère, cette hargne, elle aurait pu atteindre des sommets… Elle se voyait alors star du show-biz, adulée de tous, sans cesse sous les projecteurs. Avec ces pensées, ces flashes et ces fans, l’infernal la recueillait aussitôt. Même fictif, le succès la grisait… chassez la naturel, il revient au triple galop. Enfin, cela pour dire qu’il lui arrivait de regretter et d’avoir envie de se calmer, de se poser… Toujours est-il que ces laps éclairés étaient décidément trop furtifs pour qu’elle goûtât à une réelle sérénité, qui lui donne profondément envie de définitivement emprunter la voie de la juste mesure.
Le lundi, les Dorian avaient fait un barbecue. Miranda était de la fête… En gros, il s’agissait pour nos deux praticiens de tester son petit monde… Une pré-analyse… Miranda allait se retrouver devant son frère, l’élément familial le plus marquant pour elle. Rick était le personnage le plus effectif de tous les récits qu’elle avait bien voulu délivrer. La présence de son mari, justement en vis à vis avec ce frère, n’était pas anodine. Le jeune Eric n’avait pas été invité par hasard non plus. Il représentait la tentation. Nous verrions si Miranda se laisserait emporter par l’un ou l’autre de ses démons. Sans que cette tentation soit réelle, elle était insinuée par quelques éléments catalyseurs bien choisis. C’était surtout pour voir si la leçon avait prise. Les Dorian n’avaient pas pour jeu de jeter leurs patients dans la gueule du loup
A priori, devant Paul et Rick, Miranda piocherait la bonne carte, elle savait qu’il ne fallait pas griller cette option, c’était son joker. En plus de ce côté-ci, elle n’avait plus de crédit et elle le savait. Bien-sûr, à cette occasion, Pierre avait choisi son moment et raconté l’anecdote d’avec Eric…Aucun ne devait être pris en porte à faux, ou de court si Miranda s’amusait à faire des allusions. Il avait terminé en expliquant le pourquoi de cette entière franchise et l’importance que ses interlocuteurs, en l’occurrence Paul et Rick, restent objectifs en toute circonstance. Paul n’avait pas relevé, il s’était levé et avait disparu tout l’après-midi. C’était seulement à son retour qu’il avait simplement précisé, au dîner, devant tout le monde, que la pilule était passée. Il n’en ferait pas cas, n’en tiendrait surtout pas rigueur au jeune Eric, une victime de plus; et qu’il ne reparlerait pas de cette histoire, même si Miranda avait la bêtise indélicate de le faire. Rick ne s’était pas caché de son ressentiment dès qu’il avait su, mais il avait aussi ouvertement acquiescé Paul, juste pour que sa position soit bien claire aux yeux de tous. De toute façon, il ferait tout pour seconder son ami et aider ses parents, donc il aiderait Miranda à s’en sortir, si c’était dans ses cordes. En attendant, Paul et Rick prenaient leçon du même coup. Malgré toutes les fois où ils auraient rêvé de lui clouer le bec, jamais ils n’avaient réussi à la faire taire aussi rapidement. Les épisodes des esclandres, insultes et parfois coups leur avaient inéxorablement été infligés.
Armand était venu, accompagné de sa famille et quelques amis étaient là aussi… Tout avait roulé. Miranda n’avait même pas eu l’idée de faire de l’esprit mal placé ou même de titiller Eric (qui s’était fait minuscule d’ailleurs). Pourtant c’était bien dans ses habitudes et ça la démangeait peut-être. Bref, les femmes avaient préparé les brochettes, pendant que les hommes avaient fait rougir le charbon et que les enfants avaient mis la table. Tous s’étaient régalés, et les discussions étaient allées bon train, comme quand une grande famille se réunit. On se serait cru un dimanche, tant l’atmosphère s’était faite légère. Vers 3h, tout le monde avait mis la main à la patte pour débarrasser, et ils avaient fini l’après midi au bord de la piscine, égayés par le chahut des enfants. A la nuit tombée, chacun était reparti et le maison s’était faite silencieuse, reposante.
Sur cette bonne journée, le mardi, la petite famille avait persisté et ils étaient tous allés à la plage. Là encore, leur pique-nique, leurs jeux de balles et leurs baignades étaient restés bon enfant. Rick s’était même étonné. Il s’était amusé au volley avec les jeunes, et sur l’échange d’une balle mal reçue, qui avait valu un point à son équipe… Il s’était vu charrier sa sœur, la fautive du but, et tout deux s’étaient chamaillés avec beaucoup de gaminerie… l’un comme l’autre s’étaient aperçus en même temps de la chose et s’étaient lâchés à la même seconde, retournant dans leur camp, sans en rajouter. C’était la première fois de tout leur vie que cela leur arrivait, c’est vous dire… Ils pouvaient être pris au dépourvu! Finalement et à nouveau Miranda était retournée aux Mimosas sans que heurt il n’y ait.
l’ambiance filait si bien, que le mercredi Rick proposa même à Paul de venir avec Miranda visiter trois villas supplémentaires. Après tout, ils feraient partis des habitants de cette demeure… Ils seraient peut-être ceux qui y passeraient le plus de temps, après les parents… Autant qu’ils donnent leur avis. Six d’entre la quinzaine qu’il devait visiter n’avaient déjà pas son approbation. Peut-être était-il à côté de la plaque? Bref, un avis extérieur ne le dérangerait aucunement. Après avoir consulté leurs amis thérapeutes, l’idée fut retenue. Ils étaient allés chercher Miranda, du reste ravie de l’initiative de son frère. Ce jour là, elle n’aurait normalement pas dû sortir. La journée s’était écoulée sans embûche non plus. Même, les propriétaires respectifs des villas en question, voyant ce couple presque parents, avaient tous pensé qu’ils avaient là de futurs clients pour l’acquisition d’une maison à l’année. Aux paroles de ces personnes complètement attendries par l’arrivée d’un nouveau-né; Rick avait surpris quelques gestes tendres, et en était heureux. Paul avait même pour la première fois posé sa main sur ce ventre rebondi, et Miranda avait tenté de faire réagir le bébé, pour partager le plaisir que c’était. Cela n’avait duré que quelques secondes, les blessures étaient encore vives. Néanmoins c’était un semblant de départ, et Rick espérait que ces deux là persisteraient… Ils avaient droit au bonheur aussi… Si le prix à payer était le pardon, il était prêt à imiter Paul et à oublier… Si et seulement si tout ça n’était pas que de la poudre aux yeux. Il se méfiait, sa sœur lui avait appris à ne pas prendre tout au pied de la lettre, surtout pas avec elle. Sitôt ces bonnes pensées eues, sitôt elles avaient disparu, Rick avait bien plus de rancoeur que ça à résorber et de voir sa sœur se pavaner avec son gros ventre n’amadoua sa rancoeur qu’un court moment. Très vite la scène qui lui avait été racontée l’avant-veille avait surgi. Il l’avait vue comme s’il y était : nue et ronde, assise et l’air effronté, fière d’elle.
Le jeudi, les bons pressentiments avaient encore été confortés; la terreur semblait vraiment laisser place à une facette plus douce de sa personnalité. Même au déjeuner, quand elle avait suggéré qu’on lui laisse un peu plus de liberté. Qu’elle ait, par exemple, le droit de sortir seule et plus souvent, qu’elle ait aussi un peu d’argent de poche…etc… Les réponses négatives qui lui avaient été faites, avec toutes les explications nécessaires, n’avaient aucunement eu l’air de l’avoir chamboulée. Au contraire, elle avait approuvé. C’était vrai, c’était encore frais, on ne savait pas ce qui pouvait encore la tenter, avait-elle même conclu. Ironie, humour ou sagesse tous optèrent pour la troisième option sans être vraiment convaincus.
Le soir, quand l’heure de la ramener avait sonné, elle avait tout de même fait la moue… Et, sans tourner autour du pot, avait émis le désir de rester avec eux… Elle avait même directement demandé à Paul, mais ne voulant apparemment pas jouer de l’avantage que tous lui connaissait sur lui; elle s’était immédiatement avisée et s’était retournée
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