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téléphoniques eues avec Paul, histoire d’informer Rick et de tous les mettre au même diapason. Les trois hommes étaient graves; Jacqueline, elle, renchérissait avec quelques informations plus humaines… Miranda se confiait souvent, et même si tout ne coïncidait pas toujours, il y avait là un gros intérêt… Justement, cette cassure, ces changements d’attitude, ce dédoublement imperceptible mais réel, était à saisir :
-Lorsqu’elle est arrivée, elle n’était pas si positive, se retranchait sur elle-même très facilement… Que là, on sent parfois qu’elle tient à l’introspection que nous lui soumettons. Elle se questionne quand même pas mal. Si c’est un jeu qu’elle joue, elle est drôlement maligne… Nous n’excluons néanmoins pas cette perspective.
-Oui, c’est vrai… mais déjà elle ne fait plus autant de façons… Elle suit volontiers nos programmes. Avait souligné Pierre. Niveau désintoxication, nous sommes sur la bonne voie : le traitement qu’elle suit est très léger et se passe plutôt bien, surtout biologiquement. Elle a eu quelques rechutes, lors de sorties tests, durant lesquelles elle s’est précipitée sur le premier verre d’alcool croisé. Cependant, il semble que ces élans se soient calmés… Du moins, elle est ressortie depuis, sans incident. Il faut dire que son ventre s’arrondit et que ça lui fait résolument quelque chose.
-Ha ça oui! En ce qui concerne le bébé, RAS. Hélas seul l’avenir nous dira si les drogues ingurgitées l’ont marqué et si ses gènes ont ou pas mémorisé l’accoutumance assassine; le mettant plus tard en péril. A priori il s’en sortira sans séquelle. En tout cas il se développe normalement. Evidemment, pour pallier la thérapie médicamenteuse allégée, le suivi psychologique de Miranda et les exercices de remise en forme morale et physique s’ont, eux, décuplés. On ne la laisse pas souvent oisive, quasiment jamais. Abandonnée à elle-même plus d’une heure, elle reprend vite un esprit noir… Les conneries s’en suivent irrémédiablement. Avait seulement conclu Jacqueline, sans en ajouter davantage.
Bien que le couple de médecins soit francs quant aux frasques de cette jeune femme insatiable et instable, ils omettaient volontairement quelques anecdotes et détails peu glorieux, ils en parleraient plus tard… Pour le moment il fallait que tous positivement et c’était pourquoi ils préféraient plutôt s’attarder sur les progrès notés. Il ne servait à rien de torturer leur ami tout d’un coup, et par la même de dégoûter le frère de s’impliquer. Les Dorian avait cadré la situation, et n’iraient pas gâcher les perspectives du réinsertion réussie, par des bavardages. Exemple de la fois où ils l’avaient prise en flagrant délit d’ivresse, en plus chez eux… Ils avaient fait un barbecue, invitant le frère de Pierre, Armand, son épouse et leurs gosses. Pour sûr, ils avaient pris soin de fermer la cave et le bar, de ne pas mettre plusieurs bouteilles à porter et de la surveiller. Au début, la partie avait l’air de se passer exactement comme ils l’avaient prévue. Miranda avait effectivement apprécié cette ambiance familiale, et avait partagé cette atmosphère bon enfant sans effort. Tous étaient ravis. Elle semblait s’entendre avec les jeunes, et ils avaient même entrepris de faire une partie de boules au fond du jardin. C’était vers cinq heures que cela s’était corsé. Jacqueline n’entendant plus les jeunes, s’était inquiétée auprès des gamins.
-Ho, les amoureux, ils sont montés…
Avait rétorqué Ludo. Estomaquée, elle s’était précipitée, suivit par les autres, naturellement alarmés. Ils avaient trouvé les deux, à poil dans une des chambres d’amis, une bouteille de whisky à moitié vide renversée sur le lit. Aussitôt, Eric s’était senti en faute… Il s’était dépêché d’enfiler son caleçon, puis son jean; bredouillant des excuses, manquant à chaque pas de tomber à la renverse. Il était on ne peut plus saoul. Pensez donc, vingt ans! Armand, l’aîné de Pierre n’avait pas manqué d’engueuler son fils, lui et Miranda d’ailleurs, ils étaient à mettre dans le même sac. Le gosse avait filé le dos rond, préférant s’éclipser et visiblement honteux, s’arrêtant au bout du couloir pour assumer un minimum, extrêmement gêné. En voyant tout ce monde s’immiscer dans sa sauterie, il avait dû subitement réaliser qu’il était d’une part chez son oncle… Qu’il n’aurait jamais pensé être capable d’une telle folie. D’autre part, il avait certainement réalisé aussi qu’il était avec l’une de leur patiente… Pire encore, qu’elle était enceinte et de surcroît mariée… ça non plus, il n’aurait pas cru pouvoir le faire.
Jetant un œil derrière lui, il avait pour comble vu cette femme, fumant sa cigarette de façon éhontée, nue, presque fière de son bidon et de ce qu’elle avait fait malgré tout… Le sourire en coin et les yeux méchants… Elle poussa le vice jusque passer sa langue sur se lèvres, le regardant avec des yeux plissés et arrogants. Le jeune avait donc immédiatement pris sur lui, reboutonnant sa chemise et faisant trois pas vers l’embrasure de la porte, d’où les autres s’écartèrent un peu. Loin de Miranda cette idée. Elle s’était cabrée, même cambrée et avait soufflée qu’on lui foute la paix. Attrapant la bouteille, elle avait lancé un regard de feu à Armand, faisant mine de la finir d’un trait devant lui. Il avait attrapé la bouteille, avait filé une gifle à cette impertinente (modérée, mais suffisante pour être humiliante) et lui avait jeté ses vêtements au visage.
-Habille-toi, et sur le champs! T’as trouvé ça où? Avait-il ensuite lancé à son fils.
-C’est pas moi! C’est elle! Dis-leur, où tu l’as prise cette bouteille! Dis-leur!
-J’ai mes fournisseurs! Monsieur! va chier! avait alors vociféré Miranda.
-Bon, bon du calme, habille-toi, toi!
Miranda avait d’abord fait mine de réagir, mais Armand n’avait eu qu’à faire un pas pour qu’elle s’exécute. Les autres n’étaient pas intervenus. Au contraire, c’était ce qu’il avait toujours manqué à Miranda, quelqu’un qui lui tienne violemment tête et qui semble aussi apte qu’elle à dépasser les limites. Armand était conseiller d’orientation dans un lycée professionnel; des fortes têtes, il en croisait tous les jours. Pour son fils, il lui reprocherait surtout les circonstances de cette aventure… A son âge, c’était heureux qu’il ne soit plus puceau… Il n’en était pas à sa première expérience, et avait même raconté quelques bribes à son père. Cela prouvait qu’il était loin d’être vicieux. Il était par contre influençable, la preuve en était de l’infraction monstrueuse qu’il venait de faire au code de conduite qu’on lui avait inculqué. Heureusement, son père savait qu’une bonne discussion et que quelques rappels suffiraient à le faire expier.
Par contre, tous comprenaient, que pour la jeune femme, le seuil des normes était depuis longtemps oublié. Là, elle s’était tue, car avait craint l’homme imperturbable qu’était le conseiller… Mais cela ne voulait rien dire. Une autre fois, elle lui ruerait dans les brancards, sans crier gare.
Bref, ils l’avaient ramenée au domaine, déçus… Leur méthode avait des failles, ils auraient du boulot sur la planche. Cette rechute était grave car elle rallongeait la thérapie. Elle remettait aussi en question ce qu’ils étaient entrain de mettre en place à la villa “familiale” louée par les parents. Il faudrait immanquablement penser à un ou deux internes permanents. Et pas n’importe lesquels, ils devaient réagir dans de telles circonstances et être à la hauteur tant physiquement que psychologiquement. Eux aussi savaient qu’elle n’étaient pas si gérable à tous les coups. Une petite formation allait même être indispensable pour les parents et les autres. Les Wilson ne devaient ni flancher, ni en pâtir… Déjà les Dorian pouvaient affirmer que cette réinsertion prendrait bien plus de six mois avant d’être effective. Les parents se rendraient disponibles, pour sûr; ils avaient entrevu cette perspective dès leur premier entretien aux Mimosas… Loin d’être inconscients ces deux là… C’était un réel retour aux sources qu’escomptaient les Dorian et six mois s’avéreraient résolument trop justes. Il était maintenant indispensable que le transfert se fasse en lieu neutre, et plus tard au ranch, ce serait une autre étape à franchir, qui était immanquablement remise en question, tant au niveau des préparatifs que des dates.
D’ailleurs Pierre et Jacqueline n’insistaient justement pas sur les nouvelles mesures que cette acharnée avait fait prendre à tout le centre. C’était simple, elle était résolument comptée parmi les cas les plus extrêmes, et c’était peut-être même le cas le plus inquiétant. Ils avaient tous redoublé d’attention. Elle leur avait fait le coup de piquer dans les pharmacies pendant la distribution de pilules, à l’heure des repas. Heureusement, les médicaments trop actifs étaient donnés aux patients, dans leur chambre. Ceux distribués à ce moment précis, dans la salle commune étaient souvent des vitamines, ou des énergisants. Tout de même, aux yeux de tous, elle avait attrapé les tubes, et se les était vidés dans la gorge, buvant goulûment à la carafe pour les faire passer. Tout ceci avec un plaisir flagrant pour la comédie, la tragédie même. C’était la satisfaction de toucher l’interdit, d’exciter les autres patients, et de mettre en porte à faux les infirmiers. Cette quête ne semblait jamais assouvie, elle continuait par à coups à pousser les frontières, à vouloir savoir jusqu’où tiendrait son entourage.
Le lavement qu’on lui avait ensuite administré, puis la semaine de quarantaine, aux sorties surveillées et écourtées, n’y avaient rien changé. Cela lui reprenait de manière intempestive, sans que l’on puisse comprendre pourquoi.
Mis à part ces excès de folie, qu’elle s’ingéniait à répéter assez régulièrement, elle avait également cette manie de draguer tout ce qui portait un pantalon. Depuis l’escapade avec Eric, elle n’avait pas reconsommé certes… Cependant, cela avait rallumé sa libido. Depuis, elle proposait délibérément la botte à qui voulait bien. Heureusement, l’hyper surveillance du domaine empêchait que ça dérape d’une façon ou d’une autre. l’effectif était tout de même de qualité, et il avait d’autres chats à fouetter. Seuls les stagiaires auraient pu se faire avoir, mais l’atmosphère générale devait providentiellement les refroidir… Et puis les frasques de cette déchaînée devaient faire craindre quelques suites fumantes.
Bref, les Dorian insistaient tout de même sur le fait qu’elle était loin d’être guérie. Que cela remontait au delà d’une simple désintoxication… D’où l’importance de la venue des Wilson, et de ce qu’ils allaient essayer. Pour sûr, elle avait une chance incroyable. Non seulement ce mari tolérant et qui déboursait ce qu’il fallait pour que toutes les solutions, même les moins orthodoxes soient envisagées… Mais ces parents, cette famille étaient vraiment exceptionnels… Hélas, cela n’assurait aucunement d’un quelconque triomphe. Combien de personnes de ce type, Pierre et Jacqueline avaient connues, combien revenaient chroniquement… Souvent, la folie les guettait. La parano, schizophrénie, certains tocs… parfois les hallucinations… et un tas d’autres déséquilibres chroniques et toujours plus aigus venaient aggraver leur état. Finalement les malades, il n’y avait pas d’autres mots, étaient perdus entre la réalité de leur monde, auquel ils finissaient par croire, et celle du vrai monde, dont ils doutaient justement. Electrochocs, traitements ardus et autres remèdes chroniques étaient alors inévitables.Pour Miranda, sa grossesse interdisait tout traitement de choc, d’où la difficulté du truc… Les Dorian avaient déjà expérimenté des procédés avoisinants ce qu’ils préconisaient, avec le retour aux sources “chez les parents”… Des résultats probants s’étaient déjà vus auparavant…
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