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La sonnerie avait retenti. Elle était prête, c’était le principal. Elle n’aurait que deux coupes à placer sur le petit plateau d’argent… Tant pis pour l’ambiance bougies qu’elle avait projetée… Tant mieux peut-être même… Des fois on en fait trop et on regrette quand il est trop tard. Tremblante, elle jeta un œil dans le salon et se dirigea rassurée vers la porte d’entrée. Lorsqu’elle l’ouvrit, elle fut enchantée de découvrir ce si bel homme. Déjà, au naturel il lui plaisait outre mesure; mais là, en smoking, il la faisait fondre… Grand, baraqué, brun, avec une gueule d’enfer, et puis cet accent pour lui dire bonsoir en lui offrant une splendide rose… Elle ne se demandait plus pourquoi son cœur s’emballait à chaque fois.
-Entre, installe-toi.
Laissant Rick au salon, elle fila dans la cuisine sous prétexte de prendre un soliflore, plongea la rose dans l’eau, puis orna son fameux petit plateau. Elle était revenu un large sourire aux lèvres…
-Alors, que fêtons-nous?
-Absolument rien…
Sans lui laisser ajouter quoi que ce soit, elle avait disparu de nouveau… Bouteille de champ., flûtes… On y était… Enfin de retour, elle lança la voix plutôt enjouée :
-A toi l’honneur…
-OK.
Il se redressa, s’exécuta et ils trinquèrent. A peine avait-elle posé sa coupe qu’il la saisit par la taille et l’embrassa aussi tendrement que possible… puis , la tenant toujours lui murmura:
-Tu es magnifique.
Puis, il fit un pas en arrière, la scruta presque et ajouta:
-Oui, splendide, mon idéal… Douce et pétillante à la fois, naturelle et coquette, intéressante et divertissante, et tout ce que j’attends d’une compagne…
Heureusement, il l’embrassa de nouveau… Elle n’aurait pas su que répondre. D’ailleurs, Rick savait y faire pour ne jamais laisser de blanc ou de malaise s’immiscer entre eux. Il devait ressentir qu’en sa présence, un zeste de rien pouvait ébranler l’aisance nonchalante et à priori constante de Patty. Cela le flattait évidemment d’être le petit détail perturbateur, néanmoins il n’en jouait pas. Il la relâcha presque avec regret… deux secondes supplémentaires auraient d’ailleurs directement mené la jeune femme à l’évanouissement, pensait-elle. Soudain, Rick avait changé de mine, prenant une clope.
-Je peux?
-Oui, vas-y… Je vais aérer. Qu’as-tu? T’as l’air pas bien, d’un coup.
-Non Patty, rien de grave. Mais à vrai dire, j’ai quelque chose d’important à t’avouer… Je ne sais pas par où commencer…
-Ben, vas-y franchement… Au moins je serai fixée.
-Oui, c’est sûr… Cependant, avant je voudrais te préciser que c’est une vieille habitude que j’ai prise par la force des choses. Tu es loin d’être un cas particulier, du moins en ce qui concerne ce point. Par contre, contrairement à bon nombre, tu as passé le cap… Je me dois donc de te dire la vérité, toute la vérité.
Il avait cru que son amour naissant aurait facilité sa tâche, qu’il aurait aidé à trouver les mots. Il s’était trompé.
-Quoi encore? J’y crois pas, tu te fous de moi? Ne me dis pas ça? Tu me fais peur, arrête de tourner autour du pot!
Patty s’affala presque sur le sofa, visiblement dépitée. Elle s’attendait au pire. Aussitôt Rick se rapprocha, l’attrapant par les épaules malgré elle.
-Hé, ho… Attends de savoir, avant de te sentir trahie.
Patty avait perdu patience, elle s’était dégagée et prenant sa coupe, lui avait amèrement lancé.
-Et bien cesse de tourner autour du pot. Alors… qu’as-tu à m’avouer?
Elle regrettait déjà de s’emporter ainsi, mais la surprise était à son comble, et surtout, elle avait vraiment peur. Son ventre lui faisait déjà mal, ses jambes fléchissaient. Pour une fois qu’elle s’attachait à un homme… Si elle devait se prendre sa claque, autant rester fière. Grâce à Dieu, Rick ne se fit pas davantage prier.
-Ecoute-moi, il n’y a rien de grave ma puce. C’est juste à propos de mon métier, je ne suis pas dans l’immobilier, c’est tout. Tu vois pas de quoi se fâcher.
La tension s’éclipsa encore plus rapidement qu’elle n’était montée. Patty se sentait même ridicule. Son métier?
-Quoi, tu me laisses mousser, alors que ça n’a rien à voir avec tout ce qui m’a traversé l’esprit… Honte sur toi. Elle rit, visiblement soulagée. Alors? Raconte… Tu es chômeur? C’est ça? ça m’étonnerait… Non, stripteaseur dans des bars homos… Voilà un métier dont on ne se vante pas, du moins pas à n’importe qui.
Elle rit de nouveau, le titillant avec son regard inquisiteur, et le chatouillant à moitié blottie dans ses bras. Il appréciait résolument sa façon d’animer la conversation, et il rit aussi des mystères faits.
-Non, rien à voir… Quoique je peux me reconvertir… Non, c’est beaucoup mois original que ça. Je suis metteur en scène…
-Wouaw, ça c’est du métier… Super… Mais pourquoi me le cacher? Y’a pas de honte?
Patty s’était un peu reculée pour mieux le toiser et s’était aussitôt reblotie.
-Non, mais il y a beaucoup de profiteurs et d’intéressés sur Terre. A force de déceptions, j’ai choisi de me taire à ce sujet. Trop y voient l’opportunité de leur vie, même s’ils se gourent… Cette perspective, à tous les coups insatisfaite, ils s’en retournent vite à leur train-train, m’oubliant sans plus de scrupules.
-Je comprends… Tu as raison… Et moi? Tu penses m’avoir suffisamment testée?
Sans attendre, il l’attrapa presque sauvagement, la serrant bien fort contre lui et lui écrasa littéralement ses lèvres charnues sur les siennes. Patty se laissa ainsi étreindre, un pirouli lui remontait des pied vers le cœur, puis le visage, qu’elle sentait s’empourprer. C’était bon, doux…
-Oui, toi, c’est différent…avait-il finalement susurré à ses oreilles continuant de l’embrasser dans le creux du cou.
l’émotion première calmée, l’étreinte relâchée, cette vérité tombée et pas si tragique, ils passèrent ensuite un petit moment à discutailler. Scénariste était tout de même un job peu courant et même si altruiste, Patty n’en n’était pas moins curieuse. Elle en apprit ainsi un peu plus sur le parcours de Rick. Il lui apporta quelques précisions sur le milieu de la télévision, qui différait tout de même de celui du cinéma… Lui parla de son dernier film… de son projet publicitaire actuel… Puis, profitant de cette introduction opportune, il lui annonça enfin la couleur de leur soirée.
-Je viens d’achever un spot, justement destiné aux salles de cinéma. Plusieurs collègues ont un projet en cours. Notre agent commun nous convie tous ce soir pour faire un point. Il fait souvent ce genre de cocktail. Globalement, nous serons une cinquantaine. Boissons, buffet froid, musique et projections sont à l’ordre du jour. C’est sa façon de maintenir l’équipe, sa petite famille, comme il dit. Grâce à cette mentalité, qu’il applique à tous les niveaux, mine de rien sa maison de production est en constante hausse.
-Cool…
-Chacun ses talents.
Faisant un tour sur elle même, elle s’enquit immédiatement.
-Es-tu sûr que ma tenue convient?
-Tu es parfaite.
Un long baiser se chargea de la convaincre davantage.
-ça te va? Je n’aimerais pas que tu t’ennuies.
-Tu restes avec moi de toute façon. Tu ne me lâches pas dis?
l’inquiétude de Patty amusa son compagnon.
-T’abandonner? Es-tu folle? Avec tous les vautours qui rôdent… Jamais.
Cette discussion puis la soirée qui suivit marquèrent un réel tournant dans la relation des deux jeunes gens. D’une part, d’avoir ainsi mis les pendules à l’heure les apaisèrent mutuellement et visiblement. D’un coup, ils se sentirent plus à l’aise et en confiance. D’autre part, Patty rencontra pratiquement tous les copains et amis de Rick. Elle fut immédiatement admise… Tous étaient trop heureux que Rick ait enfin une fiancée. D’ailleurs, on pourrait se demander si leur facilité à déjà les marier n’eut pas un rôle catalyseur.
Quoiqu’il en soit, tant mieux si certains éléments avaient concouru à la simple félicité des tourtereaux. Les surlendemains furent bien plus sympathiques et leur amour se précisa. D’aimer et de se faire aimer n’apparaissait résolument plus comme un problème, ni pour l’un, ni pour l’autre. Le tout était de se laisser aller… Il faut dire que Rick était la douceur même, en sus de ne pas être pressé non plus. De la part d’un homme de la trentaine, de surcroît célibataire depuis un moment, Patty n’en n’aurait pas espéré autant. Et puis il avait un savoir faire sans égal pour la faire fondre. Dès qu’il l’enlaçait, elle oubliait tout, ni n’avait peur de rien… Elle se laissait guider et buvait presque goulûment ses câlins, s’abandonnant totalement…sans qu’il n’en profitât trop vite.
Deux jours plus tard, il la convia d’abord à un dîner aux chandelles, chez lui. Elle passa tout l’après-midi à se préparer. Ni plus, ni moins, comme une vierge qui va s’offrir à son prince. Institut de beauté, sauna, soins, massages… salon de coiffure… boutique… et collation avec Eloïse, qui partageait régulièrement ses “avant” rendez-vous. Même ses “après”… En réalité, elles étaient pratiquement inséparables et s’entendaient encore mieux que des sœurs n’auraient su le faire.
Enfin Patty avait pris son auto… Une petite 206 rouge qu’elle venait tout juste de s’offrir. Maintenant que l’année scolaire était finie, et qu’elle avait empoché son diplôme, elle travaillait à plein temps chez Jade et était payée à la hauteur du travail fourni, elle gagnait donc plutôt bien sa vie…
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