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sœur n’était pas par hasard là, juste sous son nez. C’était bizarre, elle s’apercevait que finalement Eloïse existait…En gros, elle était comme la plupart des femmes… Presque toutes avaient un mari, ou une liaison et parfois même les deux. Pour elle c’était la même, au détail près qu’elle n’en parlait jamais. Lors de ses escapades en solitaire, ou avec Patty, elle se faisait célibataire et agissait comme tel. N’était-ce pas ce qu’elle était vraiment en outre? Mais ces derniers temps les deux jeunes femmes s’intéressaient plutôt à l’avenir amoureux de Patty, moins flou, et elles passaient de longues soirées à discuter à bâtons rompus…
Quand la brune se plaignait d’être novice, qu’elle avait peur d’être ridicule le fameux soir et qu’elle s’effrayait tout bonnement de passer à l’acte, l’autre la rassurait. Mais c’était justement ce qui était merveilleux.
-Te rends-tu compte? A 25 ans, tu vas lui offrir ce que moult gamines de 15 ans ont perdu.
-Et bla, bla bla. Et bla, bla bla. Justement, c’est horrible… La honte. Que vais-je lui dire. Que je me réservais pour l’homme de ma vie et que c’est lui? Il va prendre ses jambes à son cou et s’enfuir sans demander son reste.
-Tu as tort. Si tu lui parlais de Marielle, il comprendrait… J’en suis sûre. Et puis, tu peux préciser que tes relations étaient platoniques. Ce qui serait stupide… Il le sentira bien que tu es vierge. Chacun fait ce qui lui plaît. Merde, ton soucis c’est pas d’être gouine, mais d’être vierge… Et encore, si t’avais vraiment était gouine! J’y crois pas. Arrête! En plus, combien ont pour fantasmes les lesbiennes…vierges de surcroît!
-Tu mets le doigt dessus. Le mot juste serait que j’étais coincée. COINCÉE… c’est le mot… Aucune sexualité, car pas foutue de s’assumer, je suis dégoûtée. Donc ton fantasme, tu peux le garder, ça m’dégoûte
-Là, tu charries. Tu n’es pas une oie blanche… Et tu ne t’en caches pas d’ailleurs. Marielle aimait bien tout ce que tu lui faisais… Ben pour Rick, il grimpera aussi. Tu sais, du broute-minou au reste, il n’y a qu’un pas. Excuse, mais tu m’agaces… Et puis tu n’es pas entièrement novice comme tu dis. En préliminaires tu dois te la donner au contraire… C’est top! Tu vas te l’accrocher ton prince charmant! Il ne pourra plus se passer de toi. Crois-moi, les hommes je connais. Platonique, ouaips, à tes heures!
-hum…T’es pas cool de me descendre.
-Je te descends pas, j’te prouve que tu es comme tout le monde, sinon mieux. Et puis mince! Tu crois être la seule bi! Comment elles ont fait les autres? Dis lui, et puis marre! Tu te rends compte si plus tard tu le lâches pour une femme!
Elle avait ri de bon cœur et son amie l’avait imitée, non sans la pincer fortement à la taille.
-Aie! T’es folle!
-Tu l’as cherché!
Patty savait qu’elle exagérait un peu. Mais ses inquiétudes étaient sincères. Heureusement qu’Eloïse était convaincante. Au fond, elle savait que les choses se feraient d’elles-mêmes. Qu’elle trouverait les mots justes le moment venu… Et que Rick ne la jugerait pas… Sinon, s’il était obtus, elle n’en serait pas amoureuse.
La vie était bizarrement faite. Elle avait passé son adolescence à se glaner de ne pas être comme les autres. A l’époque, le moins qu’on puisse dire c’était qu’elle était mal dans sa peau. Maintenant qu’elle se sentait on ne peut mieux… Elle réalisait qu’elle avait bien des fois fait fausse route. Elle ne concevait que maintenant d’être bi. Sa seule expérience avec un garçon, c’était à dix-sept ans. Une soirée vidéo chez des amis. De celles où tous les couples se trouvent un petit coin pour flirter, parfois pour passer le cap. Elle le trouvait ce gars beau, en plus d’être gentil, elle s’était laissée tenter. Lorsqu’il avait discrètement proposé de filer dans la salle de billard, où il n’y avait personne, elle avait accepté. Tu parles, au bout de dix minutes de câlins, l’autre s’était lâché. C’était un précoce. Confus, il n’avait pas capitulé… Inexperte, elle n’avait pas bronché. Elle trouvait même ça amusant, tant que “l’accident” ne s’était pas réitéré. Au final, des gars était entrés pour faire un partie de billard. Ils avaient allumé, surpris les amoureux, repéré le pantalon baptisé du jeune… Ils l’avaient salé on ne peut mieux. Le malheureux s’était éclipsé, prétextant d’aller se changer. Elle ne l’avait jamais recroisé, ni ce soir là, ni un autre jour… Il l’évitait soigneusement.
Bon, en l’occurrence, c’était plutôt cool. Indirectement cela l’avait préservée. Ceux de l’ancienne école la féliciteraient “d’avoir encore sa fleur”. Elle pensait justement à sa mamie. A part cette anecdote, elle ne se rappelait pas d’autres gars, encore moins pour qui elle ait tremblé comme pour Rick. l’un dans l’autre, sans jeu de mots déplacé, c’était beau. Eloïse avait raison…
Tout lui démontrait aujourd’hui qu’elle se fourvoyait en croyant mener sa barque à son gré. Non, elle avait tout fait par rapport à ce qu’elle avait voulu éviter, toujours pour manifester contre ceci ou cela… Jamais dans un objectif altruiste ou franchement volontaire, pas réactionnaire… En gros, elle n’avait pas choisi une voie, elle l’avait empruntée par élimination. Elle pensait s’être libérée de l’entrave parentale, et c’était carrément l’inverse psychologiquement parlant. En plus, avec du recul, elle saisissait bien qu’elle s’était inventé ces démons… Elle n’aurait eu à se libérer de rien, si elle n’avait pas jugé ses parents. Qui était-elle pour s’être permis de juger? De surcroît des êtres en pleine souffrance. Tant qu’elle avait vécu avec ses parents, sans se soucier davantage de ce qu’ils lui apportaient, c’était là qu’elle avait été elle-même. Dès le divorce… En s’acharnant à ne plus dépendre d’eux, à refuser leur amour (car tout parent aime ses enfants), elle s’était restreinte. Par la même, elle ne leur avait plus permis d’honorer leur mission. C’était bien beau de les traiter d’égoïstes… N’était-ce elle la première à blâmer? Après tout, n’avaient-ils pas mis une croix sur une bonne partie de leur vie, et ce dans les pires conditions… Elle, avait l’avenir devant pour se requinquer. Et puis un divorce… Oui décidément trop de gamins en jouaient pour s’excuser leurs conneries. C’était pas la mer à boire…
Elle aurait plutôt dû les applaudir de tout recommencer… Ses parents se débrouillaient et étaient heureux… Ni alcoolique ou malade. Combien connaissait-elle de jeunes qui portaient maintenant leurs parents à bout de bras. Les siens lui fichaient la paix… N’était-ce pas suffisant?
C’était bizarre de faire cette prise de conscience, tout simplement parce qu’elle s’assumait, enfin presque, sexuellement et généralement… C’était ainsi… Elle n’allait rien regretter… Quoiqu’elle soit satisfaite de son changement d’optique. Quand elle pensait à ses parents, elle n’avait plus d’amertume, aucune. Idem, quand elle se souvenait de son enfance. Elle avait fait le point. Avant c’était du passé, tant qu’à faire qu’elle s’en souvienne de façon agréable…Elle n’avait pas manqué de grand chose… Et sa mère n’était pas maternelle, voilà tout. Maintenant, il fallait qu’elle avance, en écartant ces œillères. Il suffisait d’être embarqué dans un engrenage, le boulot, l’amour, l’oisiveté… N’importe, et hop la vue en était réduite… A bat les fourvoiements! Ne plus se laisser porter! Quel challenge!
Peut-être aussi, était-ce de regarder le monde autrement… De s’accepter certes, mais surtout d’accepter les différences des autres. Eloïse devait y être également pour quelque chose. Cela avait fait drôle d’apprendre qu’elle était escorte-girl… Elle vendait ni plus ni moins ses charmes, même si elle ne passait pas à l’acte à chaque fois… C’était un intervenant omniprésent. Que ce soit à un seul homme ou plusieurs, ne changeait rien… C’était le principe qui primait. Elle ne jugeait pas cette jeune femme, mais l’écoutait et regardait les choses comme elle les percevait; ainsi Patty s’était-elle fait une ouverture d’esprit certaine.
C’était comme avec Rick. En acceptant ce qu’il produisait en elle, elle avait fait le pas vers la femme qu’elle était. C’était pour emmerder sa mère qu’elle avait d’abord arboré ces tenues, cette démarche et cette attitude androgyne. Ensuite, l’écœurement qu’elle avait sciemment entretenu envers cette mère, (qui en fin de compte s’assumait mieux qu’elle ne le faisait), ou envers ce père; l’avait cantonnée dans ce rôle qui n’était pas le sien. Alors là, pas du tout. Il n’y avait qu’à voir son bien-être actuel… C’était une très jolie femme, et cela aurait été dommage qu’elle ne se remette pas en question… Elle n’aurait pas profité des joies qui la transformaient aujourd’hui. Oui, c’était ça. Etre à vapeur ou à voile, qu’importait… Du moment que l’on était en accord avec soi.
Il va s’en dire, elle pouvait conclure qu’on ne menait jamais vraiment sa barque… l’environnement, l’entourage, tout contribuait à ce que l’on était. On pouvait croire ce que l’on voulait, néanmoins le recul se prenait inévitablement avec le temps… Et c’était impossible de ne se faire influencer par rien… Les parents avaient donc un poids primordial, ça elle le savait depuis longtemps, cependant et dorénavant, elle leur tiendrait globalement moins rigueur. Eux-mêmes avaient un passé et des parents qui les avaient plus ou moins bien guidés. C’étaient trop facile de tout remettre sur la seule faute de l’éducation. Non, chacun devait se prendre en main… Tant pis pour ceux qui ne comprenaient pas assez tôt. Ce qu’elle en retenait, c’était qu’elle enverrait une petit mot aux prochains anniversaires de ses parents… Ils seraient surpris… Mais c’était un bon moyen de reprendre ou tout simplement de leur donner au moins cette paix d’esprit. C’était elle qui s’en boufferait les doigts quand il serait trop tard…
CHAPITRE 16
Finalement Rick arriva juste à l’heure, même un peu trop tôt, Patty l’avait prié de d’abord prendre un verre chez elle. Eloïse était évidemment absente. Patty comptait sur cette entrevue un peu plus intime pour fixer certains points. Du moins élaguer un peu le tumulte qui l’ébranlait ces derniers temps. En clair, elle voulait en avoir le cœur net quant aux intentions de Rick, surtout quant à sa sincérité. Pas question de s’embarquer dans un truc sans lendemain… Elle ne voulait pas souffrir et était décidée à biaiser cette option. Certes, ils avaient l’air de filer un parfait début de romance. Hélas, s’étant toujours vus dans des lieux publics, elle ne pouvait pas en attester, sans quelque retenue.
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