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ROMAN CONTEMPORAIN "REALITY SHOW " - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF, POUR S'IMPRIMER LE MANUSCRIT

Reality Show est déposé à la SDGL, et la couverture emareva© est déposée également. Une charte protège autant les auteurs que leurs lecteurs, Éditions emareva, Blogs d'auteurs et Promotion d'auteurs se voulant clair dans ses prérogatives.

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mais elle pensait atterrir au théâtre de la Bastille… Elle verrait bien… Pour l’occasion, elle emprunterait une jolie robe de soirée à Eloïse. Elle était déjà choisie et gisait sur son lit. Un fourreau mauve foncé, brodé de perles de haut en bas, en dégradé. Le bustier, un dos-nu, dénudait les épaules et scintillait de rangs serrés, qui s’espaçaient à mesure, jusqu’au bas de la robe. Des fentes sur les côtés (à la dernière mode) laissaient, elles, deviner les jambes, tandis que le beau décolleté dos (presque hanches) donnait tout son sexy à l’ensemble déjà très féminin. En sus, Jade lui avait prêté un boléro noir, en plumes de signe… Patty l’adorait, c’était doux, doux… Elle en ferait son doudou, si c’était à elle et si ce n’était pas si fragile.
Eloïse, sa tante et Patty étaient devenues de vraies amies. Parfois, elles se retrouvaient toutes les trois. Pour sortir ou pour une soirée à la maison, entre copines. C’était toujours réussi. Pour l’aînée, c’était un bain de jouvence certain, renchéri du plaisir de profiter au maximum de sa nièce. Pour les deux autres, c’était une incontestable amélioration de leur quotidien. Patty répétait sans arrêt être passée du noir au rose.
Au travail, tout se passait à merveille. Patty avait passé son mois d’avril derrière le comptoir, à la caisse, son rôle était surtout d’observer Jade et de prendre des notes précises sur toute sa clientèle. Sur le vif et après, quand la patronne lui indiquait quelques appréciations plus personnelles. Chaque habituée était ainsi fichée. D’ailleurs, Patty était allée au bout de l’idée. Elle avait acheté des bristols, une boîte, et avait vraiment classé tout le monde par ordre alphabétique; en plus d’en faire autant sur leur gestionnaire clients informatique. Quand sa bienfaitrice lui avait fait remarquer qu’elle poussait un peu loin le bouchon… Patty avait répliqué qu’ainsi elles pourraient non-seulement suivre de près les achats des unes et des autres, mais aussi avoir quelques attentions plus particulières, dont ce type de femmes raffolaient. Elles pourraient par exemple tenir un calendrier pour les plus fidèles et faire un petit geste à leurs anniversaires. Ou encore, elles pourraient calculer les réelles dépenses faites et remercier les plus généreuses à leur façon. Beaucoup venaient pour profiter du petit coin salon de thé. C’était très chic de prendre un collation chez sa modiste. Cependant, de celles-ci peu étaient vraiment dépensières. Ce n’était pas grave en soi, ça ne mangeait pas de pain (c’était le cas de le dire), ça faisait une bonne publicité à la boutique. Par contre, jusque là, c’étaient elles qui profitaient des meilleurs opportunités, puisque souvent présentes… ça c’était pas commercial… Non, maintenant, les clientes d’or recevraient leurs invitations en avant-première pour les journées de solde… Elles pourraient donc réserver leurs choix la veille, de sept à huit, lors d’un petit thé très privé… ça c’était chic, même snob. Le lendemain, elles arriveraient toutes fières, bavarderaient et conseilleraient leurs copines, sans montrer aucun empressement, comme désintéressées… Alors que la plupart s’affaireraient, comme si de rater l’Occasion les tuerait… Toutes proportions gardées. Sans quoi, les privilégiées repartiraient tout de même avec une ou deux grosses boîtes. Toutes seraient ravies, c’était l’essentiel. Aucune ne se vexerait de ne pas avoir été appelée la veille… Cela serait impoli… Non, elles aimeraient ce snobisme et se promettraient d’être élues la prochaine… Pour le moment elles faisaient tout de même partie de la mailing liste…Allez comprendre les femmes du beau monde, toute une philosophie.
Chose amusante, c’était que ce qui amusait Patty de ces femmes, était justement ce qu’elle aurait déploré de sa mère… Qui n’était pas si différente. Elle pensait souvent à elle. La boutique et ses activités la ramenaient inévitablement dans le passé, dans la propre boutique haut de gamme de sa mère. Elle la voyait encore s’affairer dans les rayons… recevoir se clients, ou ses commerciaux et licenciés. Cette femme avait tout de même géré un gros business. C’était à respecter et patty était heureuse de penser plutôt à cette facette de sa mère plutôt qu’à une autre.

Patty s’était amusée à développer tout ceci, simplement parce que sans le savoir elle était douée pour la vente… Vocation, ou formation par procuration grâce à ce qu’elle avait retenu de sa mère; pas d’importance, elle ne se posait pas la question. Elle était douée et aiguisait journellement ses perspectives. C’était même presque du marketing direct. Jade ne pouvait que se réjouir. Les clientes et les chiffres ne contrariant rien, cela détendait évidemment le relationnel entre l’employée et l’employeuse. De ce fait, la présumée élève devenant une réelle collaboratrice et étant de surcroît une amie de sa nièce, Jade avait baissé la garde. Ses retenues initiales, faisant référence à des liens strictement professionnels, s’en voyaient allégées. La confiance était de mise. Elles se complétaient et pouvaient être amies sans craindre un laisser-aller malvenu. Le boulot n’en était que plus plaisant.
A cette heure, Patty avait d’ailleurs et déjà pris les comptes en main. Il y avait encore une dizaine de jours, Jade s’en chargeait. Un soir, elle avait toutefois demandé à Patty de la dépanner. Elle avait un dîner avec une ancienne amie, de passage à Paris, et voulait filer au plus tôt. l’autre n’avait pas rechigner. Elle aimait vraiment son job et cette boutique. Il fallait que ça tourne. Le temps supplémentaire passé ne la dérangeait guère. D’autant que Jade était très honnête et payait en heures sup tous ces dépassements. La jeune avait donc vraiment aucune raison de bouder ces requêtes. En définitive, la caisse avait été faite et les comptes parfaitement clairs… Jade n’avait eu qu’à décider de définitivement se débarrasser de cette tâche.
Comme tout roulait comme sur des roulettes, la modiste profitait maintenant de leurs heures creuses pour former sa protégée (car c’était bien ainsi qu’elle considérait Patty) au vrai métier qu’était celui des chapeaux. Elle lui montrait alors les secrets d’une forme bien faite, elle lui faisait apprendre les noms, reconnaître les moules, retenir les temps de chauffe, savoir choisir le bon feutre, ou un autre matériau, ainsi que le fioritures qui l’agrémenteraient… Elle s’en donnait à cœur joie… Elle avait enfin trouvé quelqu’un à qui transmettre sa passion… Davantage encore, cela rallumait cette petite flammèche, celle qui l’avait poussée à réussir… Elle était heureuse, l’exaltation tarie refaisait surface. En outre, sa disciple avait franchement l’air d’aimer ça. Elle en était même parfois arrivée à rouspéter contre Jade qu’elle trouvait trop généreuse. Elle lui payait chaque minute supplémentaire… Par contre, elle ne pensait jamais à déduire le temps passé à l’apprentissage… La balance ne se faisait pas… Pas au goût de Patty.
-Si vous deviez gérer une manufacture, à être aussi bonne, vous déposeriez le bilan avant d’avoir vendu le premier chapeau.
-Ne dis pas de bêtise. La formation que je te donne, c’est aussi pour moi. Bientôt, je n’aurai qu’à viser… tu feras tout le travail. Hé, pas folle la guêpe! Et puis je ferais pas ça avec n’importe qui!
Ce n’était pas entièrement faux, ni entièrement vrai… mais l’une comme l’autre s’en arrangeait. Jade offrait une sacrée opportunité à cette jeune femme et Patty se donnait à fond, consciente de sa chance. En réalité, leur affection réciproque calmait le tout. l’une voyait là une mère spirituelle, et vice versa pour l’autre. Pourquoi se priver, il n’y avait ni abus, ni vice.
Elles avaient profité de cette soirée à l’Opéra, ou ailleurs, pour que Patty attaque sa première création. Elles s’étaient décidées pour un tout petit bibi, avec une voilette, et une toute petite plume. Plus un ornement qu’un chapeau d’ailleurs, c’était simple, mais tout de même. Moins il y avait d’accessoires, plus les finitions se devaient d’être irréprochables… Pour un baptême c’était donc parfait.
-Non, tu tires trop sur le feutre, tu vas le déformer… attends, respecte la matière
-Oui, oui, j’essaie.
-Là, ça plisse un peu c’est pas joli.
-Voilà, j’arrive…Je prends quelle plume?
-Tu n’y es pas encore, les finitions bords, avant tout…
-Ha oui, j’oubliais! (…)

On était lundi, 15 heures. Patty était rentrée directement de ses cours, qu’elle continuait évidemment. Soit dit au passage, ils avaient envoyé leurs projets de BD, ils auraient les réponses pendant les grandes vacances. A ce sujet, plus que dix jours à tirer. Elle saurait si elle avait son diplôme. Cela ne changerait pas grand chose… Du moins à court terme. Elle avait l’intention de continuer avec Jade… Même si elle comptait fureter, au cas où un truc intéressant se présenterait. Enfin, elle en doutait… Et puis même, elle en était à se demander si elle n’avait pas déjà trouvé ce qu’il lui fallait avec les chapeaux. Le seul événement qui l’obligerait à se remettre en question, serait ce fameux concours. Si elle le gagnait, elle avait une place en or à la clef… Mais, elle n’en rêvait pas… Donc, elle ne se torturait aucunement, elle aviserait quand le fer serait chaud.

Son souci actuel était bien plus captivant. Avec Rick, elle sentait bien que la vitesse supérieure n’allait pas tarder… Elle avait le trac. Elle en avait discuté avec Eloïse. Pas devant Jade, leurs discussions étaient tout de même moins intimes. Non, avec la petite rousse, elles se disaient tout. l’âge devait y faire. Et puis quand l’une était escorte-girl, que l’autre soit pseudo-lesbienne était plus facile à avouer. Elles avaient sans équivoque des cachotteries en rab que toutes les oreilles n’étaient pas aptes à entendre. Cette similitude les rapprochait, tout en les libérant de ce qui avait parfois été un fardeau. Toujours garder ses secrets, cloîtrait résolument. Elles n’étaient plus seules face à leurs choix… en quelques sortes. En clair, leurs longues soirées étaient vite passées des plateaux TV, aux soirées chandelles et bavardages…

En ce qui concernait Rick et Patty, Eloïse se transportait à chaque fois. Elle vivait pleinement l’histoire de son amie… Cette fraîcheur du premier rendez-vous guère abouti, ces autres entrevues timides… Ces gestes qui s’étaient peu à peu précisés, sans vraiment se permettre… Ces regards, eux, qui en disaient long… Tout ceci la faisait rêver. Elle n’avait jamais rencontré Rick, toutefois elle se doutait bien que ce n’était pas le genre qu’elle croiserait à l’agence. Aux dires de Patty, il était trop romantique. Ha! les yeux de l’Amour… Enfin, cela n’assurait rien non plus. Sans quoi, elle répétait sans cesse à sa copine, qu’elle avait une chance inouïe. A leur âge! Vivre ce que beaucoup ne croisaient plus, dès l’adolescence achevée, quelle aubaine!
Soit dit au passage, la romance de l’une avait éveillé en l’autre des aspirations qu’elle croyait taries à jamais. Eloïse voyaient maintenant d’un autre œil les opportunités que lui offrait son métier. Elle regardait différemment tous ces gens qu’elle croisait et il lui arrivait même de s’attarder sur quelques rencontres pas toujours anodines. Bien-sûr, elle ne mêlait jamais le boulot et c’était surtout lors de sorties personnelles qu’elle s’attardait à vérifier si son âme

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