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nelle salle réaménagée. Comme de convenance, Miranda fut un court moment éblouie. Elle observa avec un visible plaisir ces beautés. Elle aimait tout ce qui brillait, encore plus quand elle était convaincue que c’était de l’authentique, donc que ça valait des sous. Là, pas de doute.
Un grand homme, pas très vieux, la quarantaine à tout casser, mais les cheveux déjà poivre et sel, se dirigeait maintenant vers elle. Estelle s’éclipsa alors.
-Bonjour Miranda, je suis Pierre, ton parrain, si l’on peut dire. Je serai celui qui couvrira ton dossier. Psychiatre de formation. Nous serons appelés à passer pas mal de temps ensemble. Désignant une jeune femme blonde, mince et élancée, Pierre avait poursuivi. Voici Jacqueline, mon épouse, thérapeute appliquée, elle saura t’accompagner et te conseiller. Jacqueline avait fait un pas en avant. Dans sa petite blouse blanche, avec ses cheveux détachés et son allure d’adolescente, elle mettait en confiance. Elle avait l’air doux et ne ressemblait à aucun des thérapeutes que Miranda avait rencontrés jusqu’ici…D’ailleurs on avait presque du mal à croire qu’elle en fut une, sauf qu’on voyait bien dans la gravité de ses yeux qu’elle n’avait pas le jeune âge qu’elle paraissait avoir… Pierre avait ensuite désigné Pascal, lui c’est notre diététicien. C’était en l’occurrence un petit gars, suffisamment bien proportionné pour que sa taille ne soit pas un handicap. Lui, était indéniablement plus jeune, la trentaine. Un rapide coup d’œil à Jacqueline, certifiait Miranda de l’expérience de la jeune-femme. Pascal, avec son jean et ses baskets, lui, donnait l’impression de tout juste sortir de son campus…Pierre avait ensuite désigné l’aînée de tous. Virginie te suivra médicalement, c’est notre médecin-chef. La petite femme s’était inclinée pour saluer sa future patiente. Dans son petit tailleur presque étriqué, on aurait pu se demander ce qu’elle faisait au milieu de ces praticiens plutôt peu orthodoxes… Mais son expression en disait davantage, elle montrait la même sérénité que les autres et on passait rapidement outre son vêtement. Laure est gynécologue obstétricienne, c’est elle qui suivra ta grossesse avait enchainé Pierre… Elle était brune, d’âge mûr aussi, 45 ans peut-être. Elle sourit à Miranda. Enfin, Patrick et Eugénie son deux confrères en psychologie qui m’aideront dans mes diagnostics et te seconderont dans tes progrès. Les deux derniers étaient les cadets, sans équivoque… C’était surprenant à quel point ils se ressemblaient. Miranda saurait plus tard qu’ils n’étaient absolument pas jumeaux comme elle l’avait d’abord cru. On n’avait pas là une sœur et son frère, mais un couple marié et comblé… Surprenant, il n’y avait pas que les opposés qui s’attiraient…
Miranda les avait regardés un à un, ne manquant pas de répondre à leurs saluts. Elle s’était ensuite installée dans le fauteuil que lui avait indiqué Pierre. Ils étaient assis dans un coin salon, de sorte qu’un étranger aurait plutôt pensé à une réunion entre amis… Cela ne ressemblait pas du tout au premier entretien qu’aurait un malade avec ses médecins, dans n’importe quel autre institut. N’empêche que le contenu de la discussion, lui, ne faisait aucun doute. Chacun y trouva son compte. Heureusement ils prenaient leur temps, et bien que chacune de leur question soit stratégique, Miranda se sentit bien. Elle répondit donc objectivement et à midi, tous eurent rempli leurs cahiers, coché les cases qui les affairaient et complété leurs formulaires. Jacqueline donna donc le départ et, s’accaparant Miranda, l’attira vers la cantine.
-Excusez-moi, mais j’ai raté 11h30, Estelle voulait que je retourne dans ma chambre.
Miranda semblait franchement embêtée. Comme si l’infirmière allait la coller. Jacqueline fut surprise, rit presque, mais se retint. Ce n’était pas de bon ton.
-Je vois qu’on est pleine de bonne volonté. Ne t’inquiète pas. C’est demain que ça commence… C’est pour ton traitement, toutefois, pour ce faire, nous devons d’abord procéder à quelques analyses. l’essentiel a été fait ce matin, avec ta prise de sang. Ensuite nous avons établi ton profil d’un point de vue général. Cet après-midi nous étayerons nos bilans biologiques, autant que ceux psychologiques. Rebelotte demain et après-demain. Ensuite, nous saurons par quel bout te prendre. Demain, Estelle saura donc si tu as besoin de médicaments. A priori, vu que tu es enceinte, nous souhaiterions t’éviter un traitement trop lourd… Nous verrons. Pour le moment, viens, nous allons déjeuner.
Miranda fit comme la thérapeute. Elle prit un plateau, des couverts, un petit pain rond. Arrivée devant le cuisinier elle continua tout simplement à imiter la première :
-La même chose.
Elles choisirent ensuite quelques fruits, puis se faufilèrent sur la terrasse, sous les tonnelles. Il faisait très bon, et Miranda ferma les yeux, offrant son visage au soleil.
-Que c’est bon. Nous les parisiens, nous ne savons vraiment pas ce que nous manquons.
Elles déjeunèrent tranquillement; Jacqueline essaya de faire plutôt parler sa pensionnaire, mais l’autre s’arrêtait parfois brusquement… La première n’insistait alors pas… Il ne servait à rien de la braquer, elle avait le temps. Cela dit, elle se rendit tout de même compte que Miranda n’avait pas vraiment les idées très claires, bien qu’elle donne le change. Elle nota aussi quelques absences évidentes. A elle de vérifier si ce n’était pas une façon de s’échapper, de biaiser la discussion.
Dès 14 heures, Miranda se retrouva avec toute l’équipe du matin. Ils lui exposèrent précisément ce qui l’attendait et la laissèrent avec Patrick et Eugénie. Elle commencerait par plusieurs tests psychométriques. Ils mesureraient arbitrairement son QI. D’autres épreuves, tâches d’encre, chiffres et lettres lui seraient aussi imposées. A 16 heures, elle irait voir Virginie, pour une visite médicale de routine… La fin de journée serait libre. Pierre s’était proposé pour lui indiquer comment elle pouvait justement s’occuper pendant ces moments d’oisiveté. Ils commenceraient par le parc et les serres. Demain à la même heure, ils visiteraient les différents ateliers…
En chemin vers chez eux, Pierre et Jacqueline concédèrent être surpris. Miranda avait résolument l’attitude positive de quelqu’un qui veut évoluer.
-Enfin, ne nous méprenons pas. Combien nous ont ainsi leurrés quelques jours… l’ennui les rattrape vite. Au début, tout nouveau, tout beau… Après c’est la cata.
La thérapeute avait raison. C’était souvent avec les plus récalcitrants qu’ils obtenaient les meilleurs résultats. Parce que ceux-ci, pouvaient être amenés à décider eux-même de se soigner par une réelle prise de conscience. Ceux qui, comme Miranda, arrivaient parce qu’un autre les y avait poussés, avaient du mal à saisir et parfois ne saisissaient jamais qu’il n’y avait aucun remède miracle, sinon le volonté de s’en sortir. Miranda était docile… Mais c’était parce qu’elle se sentait bien là… Comme en vacances, à l’hotel… Mais elle s’ennuierait vite et là le pire était à envisager. Ce genre d’individu avait besoin de renouvellement… C’était ce qui se présentait à elle ce matin. Elle rencontrait de nouvelles personnes, sans à priori sur elle, donc elle était cool. Mais dès que l’étape de la découverte serait dépassée, dès que les uns et les autres se connaîtraient… Ce serait fini… elle redeviendrait ce qu’elle était, une malade du vice et de la manipulation. Elle ne pourrait pas s’empêcher de tous les faire tourner en bourrique. Ce n’était pas le premier cas que rencontraient Pierre et Jacqueline, et bien qu’ils soient contre les jugements intempestifs, ils se devaient de porter oreille à ce que leur avait raconté Paul. C’était avant tout un médecin, et il avait fait son diagnostic. Celui-ci ne pouvait qu’être utilisable, vu le temps qu’avait eu Paul pour observer cette patiente atypique, qu’il avait eu le loisir de suivre à temps plein, puisqu’elle était sa femme.
Par contre d’un accord tacite, le couple savait qu’il ne dirait encore rien à Paul de ce qui avait déjà été déterminé pour Miranda. Il était trop tôt et même si Paul était descendu avec son épouse dans cette intention, il ne serait médicalement pas impliqué. Pas tout de suite. Lui aussi devait se refaire une santé et ses amis comptaient l’y aider. Le pire restait encore à faire et Paul aurait davantage besoin d’énergie. Pierre et Jacqueline avaient finalement admis que c’était mieux que leur ami rentre à Paris. Qu’il reprenne sa routine, qu’il se requinque. Une fois Miranda sur le chemin de la guérison, un mari équilibré et reposé serait parfait pour consolider l’effet de la thérapie. Et puis avouons que les deux thérapeutes avaient mal pour lui, ils savaient maintenant tout, Paul le leur avait dit… Et il plaignaient san s le vouloir vraiment cet homme qu’ils savaient bon jusqu’au bout des ongles. Non, vraiment ce n’était pas ce qu’il aurait mérité. Un petit laps de repos ne pouvait que lui faire du bien et puis il y avait droit, surtout il en avait besoin… Cet homme en avait suffisamment supporté… Il pouvait craquer à tout moment, autant le lui éviter. Qu’il oubliât un peu sa femme, qu’il sorte un peu de ses griffes, qu’il revive enfin!
Ils profiteraient de leur dernière soirée pour l’inviter à user de cette libération, peut-être fictive, temporaire mais salvatrice. Ils avaient invité des amis, exprès pour mettre plus d’ambiance. Ils faisaient une soirée raclette… Le lendemain, leur ami repartirait détendu… Eux, se chargeraient de lui rendre son épouse, dans la meilleure forme qu’il soit possible d’envisager. La prochaine visite de Paul était fixée à la fin juin. Entre-temps il serait tenu informé par ses amis, uniquement. Aucun contact avec sa femme. Ils avaient également soulagé la conscience de Paul à propos du bébé… Après tout, cet embryon n’y était pour rien… Et c’était vrai que cela pouvait être un élément décisif… Et puis on voyait trop d’IVG… Bref, ils avaient été un peu désordonnés… Et pour cause… Cependant, ils avaient tenu à optimiser et avaient quelque peu aidé leur ami en acquiesçant le choix difficile auquel il avait abouti.
CHAPITRE 15
Cela faisait maintenant presque deux mois que Patty et Rick se fréquentaient. Naturellement attirés l’un vers l’autre, blessés par un passé affectif différent mais dur, demandeurs d’une relation sincère et entière… Ils avaient rapidement répondu affirmatif à leurs affinités si évidentes. Ce soir là, il l’avait invitée pour une “spéciale”. Il ne lui en avait pas dit plus, sinon que c’était tenue de soirée exigée. Un opéra croyait-elle… Elle ne savait nullement pourquoi,
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