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ROMAN CONTEMPORAIN "REALITY SHOW " - par Emmanuelle Mairet

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-J’ai fais le pire et je mettrai du temps pour oublier… Mais, je veux garder ce bébé. Je ne sais même pas qui est le père, c’est vrai… Mais ce qui compte c’est que je sais qui j’aime. Je me suis perdue, j’étais droguée, j’ai tué mon corps… J’ai besoin de ce petit être pour pouvoir passer à autre chose. Je deviendrai une maman modèle. Je lui donnerai tant d’amour, y passerai toute mon énergie…
Et patati et patata… Cela l’aiderait, et puis ils auraient enfin leur enfant…Leur couple pourrait peut-être repartir… Ils en adopteraient d’autres… Tout ça avec des yeux de biche et une moue implorante… Ce que cette petite voix était forte! Elle dictait exactement ce qu’il fallait que Miranda dise pour bien emberlificoter Paul. Le rendre sensible à la naissance d’une vie…et tout… et tout…Comment s’était-il laissé emberlificoter?
Le pire c’est qu’elle eut le dernier mot. Si si. Ils discutèrent jusque trois heures de l’après-midi, comme ça, à huis-clos, dans leur chambre. Et finalement, elle le berna une fois de plus. Lui pensait qu’elle avait vraiment eu tous ces problèmes de stérilité… Alors la plupart des arguments qu’elle avait avancé prenaient leur poids. Il avait essayé de combattre, de ne pas être dupe. Quoi droguée? Et alors? On les lui avait fait ingurgiter avec un entonnoir ces gélules? Et puis elle avait récidivé, ce n’était pas l’affaire d’une nuit d’ivresse ou d’un coup de tête… Et puis, elle n’était pas non plus obligée de s’en taper une dizaine. En rentrant le soir, elle ne paraissait pas si à côté de ses pompes. Elle était inconsciente quant aux conneries, mais pour inventer des sornettes à son mari pour se couvrir, elle savait y faire. Comment avait-elle fait? C’était son instinct qui lui avait dicté les mots pour se trouver tel ou tel alibi? Non, elle savait être nette et lui faire gober n’importe quoi… Comme d’hab. Sans la crainte de Paul pour la santé de sa femme et aussi l’enquête de ce détective, elle aurait pu se ficher de lui un moment. Comment s’était-il laissé emberlificoter? Il ne le savait pas. Mais toujours est-il qu’au bout du compte, ils étaient tombés d’accord sur le fait qu’elle ferait cette cure en s’y pliant de A à Z, et qu’elle garderait aussi le gamin… Le comble, c’était le comble. Incroyable mais vrai…

Cette longue et lourde matinée passée, Paul ne tarda pas à réaliser qu’elle l’avait ni plus ni moins mené en bateau. Avait-il abdiqué par lassitude ou de plein gré…il ne l’aurait pu le dire. Il s’était simplement fait la remarque qu’elle ne le lâcherait pas et , lui, avait lâché prise. Alors que, lui, se rendait absolument compte de ce que cela induisait. Le soir même il avait compris son erreur… Le soir même, il s’en bouffait les doigts… Toutefois c’était trop tard, c’était un homme de parole et il ne reviendrait pas sur celle qu’il venait de donner. Et puis, il était las. Il se consolait, se disant que le principal était qu’elle se soigne…Il commençait même à se faire une raison plus avant… par rapport au gosse, qui lui n’avait rien demandé. Il ne faudrait pas qu’il paye les pots cassés d’une mère irresponsable. Son éthique lui dictait déjà de regarder la situation d’un autre œil. Ce gosse aurait besoin d’être protégé. Il le ferait.

Entre-temps, il avait vu Rick. Pas longtemps, ce dernier était sur un projet publicitaire (qui venait de tomber). Suffisamment de temps quand même pour être quelque peu réconforté. Son beau-frère lui avait soutenu que bien des maris auraient lâché prise depuis longtemps. Evidemment, il omit de stipuler que lui n’aurait jamais capitulé pour l’enfant… D’ailleurs, l’autre ne lui demanda pas son avis à ce sujet. Il se contenta tristement de lui rapporter l’épisode. Sur ce point, il savait qu’il avait fait la boulette de sa vie. Quant à Rick, lui, pouvait mesurer la saloperie de frangine qu’il avait… Néanmoins, une fois de plus, il s’interdit d’intervenir…
-Elle a tenu bon la chipie! Avait avancé Paul. Tu comprends un gosses c’est un gosse! Elle sait que je ne suis pas pour l’IVG… on a tellement attendu. Cela pourrait lui ôter toutes les chances de n’avoir jamais un enfant… Moi, c’est différent, j’ai pas son problème… C’est une femme…Déjà de tomber enceinte c’est quelque chose… mais encore faut-il qu’elle porte l’enfant jusqu’au bout. Tu n’imagines pas le nombre de fausses-couches qu’essuient les femmes ayant ce genre de souci. C’est souvent psychologique. J’étais peut-être indirectement en cause…
-Tu me diras, ce ne serait pas un mal. Excuse… mais penses-tu vraiment qu’elle puisse être mère? y as-tu pensé?
Rick ne pouvait pas s’empêcher, d’autant que lui savait que ce n’était pas une chance ce gosse… Miranda était loin d’avoir le problème supposé de stérilité… et il n’admettait pas que finalement ce soit Paul qui se sente fautif. Alors que lui avait fait les tests, il savait qu’il n’avait aucun souci de ce côté. Psychologique, on aurait tout entendu… C’était sa sœur le problème et pas que psychologique!
-Bien-sûr que j’y ai pensé… Je n’ai pas arrêté. Et non, elle n’a pas le profil d’une mère… mais comment le savoir? Elle a peut-être raison : c’est peut-être l’élément catalyseur qui changera tout.
-T’y crois vraiment?
-Non, pas vraiment. J’espère seulement. Mais à la fin… de vouloir zapper ce gosse, je me suis senti meurtrier… je n’ai plus pû la combattre… je ne pouvais plus me battre pour supprimer un embryon… quel qu’en soit le père… tu comprends?
-Oui, Paul… T’inquiète. Je te comprends… Mais tu restes la victime de ta femme… elle fait de toi ce qu’elle veut.
-J’ai quand même réussi à lui faire signer l’intégration au programme des Mimosas, qui inclue qu’elle n’en sorte qu’une fois le diagnostic “guérison” tombé.
-Oui, c’est le principal… c’est vrai.
Rick ne pouvait pas continuer… Paul avait pris sa décision et de lui démontrer que ce n’était peut-être pas la meilleure n’était pas malin, en plus d’être égoïste. Ce mec était à bout et tentait de s’en sortir… Ses aboutissements étaient finalement plutôt louables.
-Et le gosse, il va rester avec elle, là bas?
-Je ne sais pas. Chaque chose en son temps.

D’après le récapitulatif fait, les Mimosas étaient une institution parfaite. Là, ils ne se laisseraient certainement pas berner par les airs de mijaurée que savait prendre Miranda. Et puis, le tout n’était-il pas de justement la sortir du milieu abject qu’elle fréquentait ici. Par contre, le fait était que cela ne marcherait que si l’affaire était traitée sur du long terme. Il n’était pas question de penser libérer la calamité avant un moment. C’était pourquoi il fallait absolument qu’il ait anticipé en lui faisant signer cette fameuse feuille d’admission impliquant une durée relative, et surtout obligeant la patiente à aller au bout. Enfin, Rick ne savait pas comment Paul pouvait s’assurer de retenir sa sœur le temps qu’il faudrait, même si elle avait signé… mais il fallait qu’il devance ce seuil et il l’avait fait. Cette perruche ne supporterait pas une éternité d’être enfermée et sous contrôle, néanmoins la loi n’était maintenant plus de son côté. Elle avait signé une décharge où elle admettait ne pas être maître d’elle-même et où elle nommait son mari comme tuteur légal. Donc pour aller contre cette décharge, il n’y aurait pas d’autres échappatoires qu’un avocat et elle n’en avait justement pas les moyens. De plus aucun avocat ne prendrait l’affaire, trop de charges pesaient sur elle… Car si cela arrivait Rick ne tairait plus ce qu’il savait et qui finirait de la soustraire à jamais. Des tests médicaux suffiraient à démontrer qu’elle avait menti tout du long, qu’elle était bien schyso et ce depuis un moment, doublé d’une parano invétérée. D’ailleurs, ils se dit qu’aux Mimosas, ils se rendraient certainement compte du dernier mensonge de cette garce, ils suivraient sa grossesse après tout. Tu m’diras… Était-ce vraiment possible de prouver ou non une stérilité suggérée… puisque l’intervenant psychologique était admis. Retour à la case départ… Paul avait fait ce qu’il devait, lui faire signer cette décharge qui resterait finalement la seule arme tangible contre elle…
-Ouaips, t’as assuré. Dit-il alors à Paul resté là, aussi pensif que lui.
-Oui, je crois qu’on tient le bon bout. Il faut laisser le temps au temps.
C’était sûr… Malheureusement, Rick dut écourter cette entrevue… En partant, il souhaita simplement avoir été assez clair pour que toutes dispositions prises en faveur de Miranda soient les dernières. Elle ne devait plus avoir de mainmise sur son homme… C’était une déjanté qu’il fallait soigner, surtout enfermer… Il ne doutait pas de Paul, mais son bon cœur le perdait… Il fallait que ça cesse. Ceci dit, c’était un problème qu’il devait surmonter seul. On pouvait l’aider pour Miranda, mais on ne pouvait rien quant aux sentiments qu’il éprouvait pour elle, et qui creusaient sa tombe. Rick aurait volontiers passé la nuit à continuer cette discussion, hélas le rendez-vous était tombé à l’improviste et pas vraiment au poil. Il avait non seulement ce casting à viser, mais il devait surtout revoir Patty… Etant donné la façon dont il l’avait laissée l’autre fois, il n’envisageait pas une seconde de reporter encore leur dîner. Et puis, avouons qu’il était sincèrement impatient de la revoir. Bref, diplomate, il se garda bien de donner toutes ces explications et quitta son ami, prétextant uniquement la cause professionnelle.

Resté seul, Paul erra longtemps dans les rues de la capitale. Ses pas le menèrent vers le Marais alors que la nuit tombait. Il entra dans un café et pris un double-scotch, qu’il but cul sec… Il en reprit un autre et fila. Pour échouer trente mètres plus loin dans un autre bar. Un autre scotch… Ce soir là, il prit une sacrée biture, dans tous ces troquets. Il dormit ensuite dans un petit hôtel, la chambre se trouvait en fait juste au dessus du dernier bistrot qui l’avait reçu… Les patrons avaient été bien aimables. Comprenant qu’ils avaient devant eux un malheureux plus qu’un poivrot, ils l’inscrivirent au registre de leur collègue et le couchèrent. Il était mieux là, plutôt que de se faire dépouiller dehors… Il était tellement ivre, qu’il n’était même pas fichu d’aligner deux mots. Par contre, il en baragouinait assez pour que l’on sache quels maux le rongeaient, à ça oui!
Le lendemain, après une bonne douche et un café serré, il était retourné chez lui… Inquiet… Il l’avait laissée… Enfermée… Il était déjà 3 heures. Il espérait qu’elle n’avait pas ameuté tout le quartier, gueulant par la fenêtre cassée qu’elle était séquestrée… Les flics seraient là, et tous les badauds… Non, elle aurait davantage appelé les concierges, elle avait leur numéro. Eux, n’avaient pas les clefs. Ils seraient tous là à papoter sur le pallier, à médire et compagnie… Plus simple! Elle avait fait venir un serrurier… Elle était sortie et avait déjà rejoint ces salauds qui la droguaient en plus de la déshonorer. A cette idée, Paul s’était mis à trotter. La tête lui tapait tellement que courir l’aurait mener vers un évanouissement sûr, peut-être une syncope. Il préférait l’éviter, mais il se hâtait tout de même. Quel idiot, il ne savait même plus où il avait laissé sa voiture… Certainement au box, puisqu’il était allé à pied au rencard avec Rick. Enfin, il arrivait, personne dans la rue. Bon signe. Non, terrible! Pourvu qu’elle soit là. Il grimpa les marches quatre à quatre. Personne non plus. Il s’énerva sur la serrure… Et s’engouffra nerveusement jusque la chambre.

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