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Au bout du compte tout se passa mieux qu’escompté… Quoique ça dépendait… Paul restait perdant, en partie, mais tout de même. En fait, Miranda le reçut avec ce comportement fragile qu’elle s’était peaufiné pendant ces quelques jours passés aux soins intensifs. Cependant, son naturel revenait au galop presque chroniquement… Même le service la surnommait la comédienne… C’est tout dire. Là, ils l’avaient gardée à l’étage inférieur. Son état s’était amélioré à tous les niveaux, et ses médecins étaient plutôt optimistes. Du point de vue physique. Par contre, il fut immédiatement suggéré à Paul de ne pas lâcher l’affaire sur le plan psychologique. Le Dr.Pions n’y alla pas par quatre chemins. Elle était intenable et en avait fait voir de toutes les couleurs aux infirmières, tant qu’aucune n’avait voulu s’occuper d’elle plus d’une journée… Bref, elle pouvait sortir le jour même et il souhaitait bien du courage à Paul. Pions avait radicalement changé d’attitude, et avait adopté un ton qui n’était plus celui d’un médecin qui rend un diagnostic neutre. Non, il prenait partie. Paul devait prendre conscience de toute l’envergure des dégâts causés par sa femme.
-Tu comprends… Ce n’est plus si anodin… c’est de la parano à certains moments, et de la schyso à d’autres. Tu ne t’en sortiras pas seul
-Non, non, je sais… Tu connais “les Mimosas”, sur la Côte.
-“les Mimosas”, Pierre et Jacqueline? Oui! Évidemment! Tu la places là?
-J’espère. Faut qu’elle signe.
-Ok, parfait. Oui, faut qu’elle signe. Ainsi s’était achevée la discussion. Si Paul avait eu quelques doutes quant à l’utilité et à l’obligation de placer Miranda, il n’en n’aurait plus eu à la minute même où l’autre l’aurait quitté.
Le couple avait quitté l’hôpital dans l’heure qui avait suivi. Le temps de mettre à jour quelques paperasses, de boucler la petite valise de Miranda, et hop, en voiture. Tous deux avaient été silencieux pendant toute la route. Elle, faisait mine de s’extasier devant n’importe quoi, comme si elle n’était pas sortie depuis une éternité… Sinon, elle jouait les débiles ébahies, la bouche entre-ouverte et le regard fixé dans le vide. Agacé, déjà, Paul se taisait et ruminait, c’était le moins qu’on puisse dire.
C’était le lendemain que tout s’était précisé, ou corsé. Miranda s’était faite extrêmement matinale. Elle avait pris son café, s’était douchée, puis habillée. Pas de maquillage, ni rien de plus. A huit heures tapantes, elle s’était dirigée vers la porte d’entrée… Ce qu’elle n’avait aucunement prévu, c’était que celle-ci serait fermée de l’intérieur. Au début, elle avait cru à une inattention de la part de Paul et, toujours à pas de chatte, elle s’était faufilée dans le salon, puis dans la chambre… Hélas en vain, ce satané trousseau lui faisait la nique. En réalité, Paul s’était réveillé en même temps qu’elle et avait suivi tous ses faits et gestes, jusqu’à son dernier manège… Elle commençait à s’agacer et à houspiller après lui… Elle ne l’avait pas vu… Elle cherchait maintenant dans les poches de son pantalon, elle avait ensuite attrapé la veste… Elle vidait tout en vrac, sans plus de manières… ça y était, elle craquait…
-Que fais-tu?
Lui avait simplement lancé Paul. Elle avait sursauté, puis se retournant les yeux noirs de colère :
-Je cherche les clefs… Où les as-tu mises?
-Quelles clefs?
-Celles d’ici pardi… Je veux sortir.
-Tu ne les auras pas, et tu ne sortiras pas non plus…
Ces mots avaient fini de totalement exaspérer Miranda. Une belle engueulade s’ensuivit évidemment. Du moins, elle, s’était mise à crier.
-Tu vas me laisser sortir, espèce de pourri! Quoi de quoi t’as peur. … donnes moooooi les clés! donnes moooooooooi les clés!
Paul s’y était pour sa part préparé et fit comme si de rien était. Café, douche également, pendant que sa femme vociférait presque maintenant… S’acharnant également sur les portes fenêtres des balcons, bloquées aussi. Bousculant encore les chaises ou autres meubles sur son chemin. Tournant en rond comme une bête en cage. La violence qui pouvait passer en cette femme explosa subitement aux yeux de Paul. Il ne l’avait jamais vue ainsi. Étonnamment, elle ne s’en pris pas à lui. Lui, qui du reste était passé dans la chambre pour se vêtir.
Elle avait fini par capituler. Elle s’était assise sur le lit et attaquait maintenant avec une méthode plus douce. Elle prétextait avoir besoin de respirer, elle raconta les urgences, les traitements, tenta de se faire plaindre… Néanmoins, cela n’eut pas plus d’effet sur Paul. C’était fini, il ne marcherait plus dans ses combines… Avant qu’elle ne reparte à aboyer, ce qu’il sentait frémir, il lui dit dans le ton le plus monotone possible :
-Ecoute Miranda, la seule chose dont tu aies besoin, c’est de te faire soigner.
Elle allait s’impatienter mais elle le vit sortir un paquet de photos. Intriguée, elle s’était approchée, il avait reculé, elle avait instinctivement senti qu’il fallait qu’elle n’en dise pas plus. Lui la toisait maintenant :
-J’ai beaucoup réfléchi. Voilà ce que je te propose. Tu acceptes de suivre une thérapie adaptée… Fais moi confiance pour te trouver ce qu’il faut… Et le reste, tout, sera oublié.
Cela aurait été simple si elle avait accepté du premier coup. Pensez donc. Elle se rebiffa… Proférant son innocence… Pourquoi se faire soigner… Elle n’était malheureusement pas la première à avoir un accident grave… Croyait-il qu’elle ne souffrait pas de savoir qu’elle avait failli tuer quelqu’un? Croyait-il que ça l’amusait d’avoir passé ces journées dans cet hôpital sordide?
-Arrêtes ton char… Veux-tu?
Sans plus tourner autour du pot, il lui balança les clichés sur le lit… Elle se précipita et reconnaissant immédiatement, se rappelant exactement, elle n’osa prendre le paquet et fixa son mari :
-Depuis quand me surveilles-tu?
-Depuis que tu me voles des médocs pour te défoncer.
Il se faisait rude. Lui même ne reconnaissait ni son style, ni son timbre… l’amertume se faisait vive, ses paroles n’en étaient que plus acides. Miranda était décontenancée, elle ne savait plus où se mettre. Elle aurait carrément tout donné pour disparaître. Elle tenta quelques explications, voulut biaiser, mais son mari se fit intransigeant.
-Et alors? Si je vais pas dans cet clinique que tu m’as dénichée. Que se passe-t-il?
-Le divorce.
Il avait sorti une feuille pliée de la poche intérieure de sa veste, qu’il avait remis presque immédiatement… Comme pour faire comprendre à sa femme qu’il était au point non-retour.
-Tu vois cet acte, il ne lui manque plus qu’une signature en bas de page… Mon avocat attend… Je ne perdrai rien, au contraire… J’ai toute la vie devant moi. Toi par contre, ta part, tu la boufferas vite. N’oublie pas que j’avais déjà pratiquement tout avant de t’épouser… Tu te retrouveras comme quand tu as débarquée… Au boulot ma vieille, pas le choix… Tu m’diras, c’est peut-être le meilleur moyen pour que tu comprennes. Tu y tenais à ta séparation de biens, nous y voilà!
En disant ça, Paul savait qu’il mettait le doigt dessus. N’empêche que le prétendu polycopié n’était rien d’autre qu’un beau dessin qu’Alexis lui avait donné… Heureusement, il restait plié et rangé… Paul lui-même serait déchiré d’en venir au divorce. Pourtant il y avait pensé aussi. Il se dégoûtait, il aurait tellement aimé pouvoir tourner les talons et la laisser à ce qu’elle était. Par sécurité, mais continuant dans sa lancée, il avait glissé le feuillet dans sa mallette, qu’il ferma en brouillant le code. Sa femme ne pourrait rien vérifier.
Elle s’était assise au bord du lit et regardait les photos une à une. Elle pleurait. Elle avait sincèrement l’air écœuré. Hélas, Paul en était à un tel point qu’il n’aurait pas pu dire si c’était de se voir ainsi piégée, ou si c’était du repentir… Il s’assit à son tour, en face, à la commode. Elle avait posé le paquet à l’envers et le regardait maintenant, le regard embué.
-Je suis désolée, désolée… Je ferai comme tu veux.
En vérité, Paul avait sorti l’atout de prédilection avec son soi-disant acte. C’était ce qu’elle craignait le plus. Se retrouver seule, sans argent, ni toit. Aucun homme ne lui donnerait autant, ni ne l’accepterait telle que. Paul n’avait jamais rien dit, sauf en ce jour précis… C’était pour ça qu’elle se sentait prise à la gorge… Il fallait donc qu’elle se calme…Elle avait besoin d’une béquille comme Paul, sans , elle ne poursuivrait pas longtemps…Oui, une béquille, ça n’était que ça. Sinon, elle ne le bafouerait pas tant… De toute façon il fallait qu’elle le garde!
-Ce n’est pas tout Miranda. Le gosse, il n’est pas de moi… Je ne veux pas que tu le gardes.
Et voilà, c’était reparti pour un tour. Elle lui refit son cinéma. D’abord la colère, l’hystérie presque… Elle déambula dans la chambre, gesticulant nerveusement… Alors quoi? Ne l’aimait-il plus pour aller imaginer de telles foutaises? Il ne dit mot, il lui tendit seulement une photo, celle de la fameuse partie à plusieurs dans le jardin. Miranda n’y était pas à son avantage question pudeur, encore moins question fidélité. Elle fut blême… Peut-être même honteuse. Il y a une marge entre être cochonne, aimer ça sans complexes et rester aussi effrontée quand c’est le cocu qui vous tend la preuve de votre adultère. Là, elle ne pouvait rien nier. Le photographe s’était appliqué, il n’y avait aucun doute possible sur les préoccupations de ces personnages entremêlés. Et puis on était pas non plus dans du Hamilton…
-Tu étais pourtant entrain de les regarder il y a cinq minutes. Tu es tellement à côté de tes pompes que tu ne te serais pas rendu compte de tes activités… Tu fais pas du tricot là!
-J’étais pas dans mon état normal… Et puis si je m’emmerdais pas autant avec toi…
-Tout ce que tu veux… pas d’importance. Mais je te dis : la cure et pas l’gamin, c’est tout.
-Mais Paul comprends-moi… c’est dans mon ventre…ça fait tellement longtemps qu’on attend… C’est un signe, pour m’entraîner vers une autre destinée… Dieu me fait grâce en me permettant d’être maman…
Il écoutait, n’osant pas intervenir… Lui même en avait tellement souffert. Elle fut maligne… Elle rappela qu’elle était droguée, les docteurs avaient dû lui dire à quel point. Certes, elle ne réfuterait pas ce qui l’accablait…
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