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ROMAN CONTEMPORAIN "REALITY SHOW " - par Emmanuelle Mairet

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Toutefois nous y trouvons d’anciens manuscrits et de très beaux recueils, quelques-uns de nos littéraires aiment à s’y perdre…
En résumé, Paul devait comprendre que là était le cœur des Mimosas. Ouvert à tous, mais naturellement protégé. Il soupçonna mêmes les nouveaux propriétaires de ne pas totalement assumer cette richesse… Et pas seulement les Dorian… Leurs collègues aussi devaient connaître ces états d’esprit. Qui ne serait pas bouleversé? Qui ne voudrait pas farouchement protéger ce cocon? Témoin d’un temps qu’ils n’avaient pas même connu…

Bien que l’émotion fut grande, les deux hommes et la femme finirent de faire le tour de la pièce en silence. Trop d’explications presque matérialistes bafoueraient les âmes qui devaient reposer ici. Ils ressortirent presque cérémonieusement. Mine de rien, l’espace d’un quart d’heure, chacun s’était oublié devant un objet ou un autre, et chacun s’était inconsciemment recueilli. Presque comme un lieu saint dans lequel ils seraient rentrés pour simplement faire brûler un cierge.
Jacqueline donna un tour de clef, ils se regardèrent tous, visiblement heureux de voir qu’ils s’étaient unanimement ressourcés. Quel bénéfice que d’avoir un tel lieu dans une clinique de ce genre… D’ailleurs, ce type de salle serait à innover… Paul n’y pensait pas vraiment sérieusement, mais l’idée l’avait effleuré.

Pierre prit ensuite l’escalier de gauche, les deux autres lui emboîtèrent le pas. En haut, une infirmière passa la tête pour regarder qui arrivait. Elle était visiblement dans l’intendance.
-Ici, le secrétariat, la comptabilité et tout ce qui est paperasse. Il y a toujours quelqu’un et toutes les allées et venues sont relevées. Derrière la petite porte bleue, la salle de sécurité. Personne ne sait qu’il y en a une, personne n’y rentre, sauf qui de droit. 150 caméras et 60 micros surveillent le domaine, des agents sont en faction en permanence devant les écrans, vingt autres les secondent à l’extérieur… Tous en civil… Les Mimosas sont une vraie usine à gaz!
Jacqueline chuchotait et son mari poursuivit sur le même ton :
-Nous sommes quinze praticiens, médecins, thérapeutes, diététiciens, psychanalystes et compagnie, épaulés de trente infirmières… Si tous savaient, les patients sauraient aussi, et le but de cette surveillance s’en verrait gâché… Donc motus et bouche cousue.
-Lors de la prochaine réunion, après-demain, nous te présenterons tous ces privilégiés… Comme ça, pas d’impair.
Quel arsenal! Quels effectifs! Décidément, Paul n’était pas au bout de ses surprises… Sans quoi, il avait acquiescé tout du long. Il connaissait bien ses hôtes et ces derniers n’avaient aucun besoin de se défendre des procédés utilisés… Il savait que tout ce qu’ils faisaient allait dans le sens de leurs patients, du moins de leur guérison et d’un bien-être durable. Cela pouvait choquer une certaine morale… Qu’en était-il de la liberté de chacun? Mais bon, ils se devaient de soigner des gens qui ne se reconnaissaient plus eux-mêmes…Et en plus l’éthique était respectée, l’intimité de chacun surtout.

Ils visitèrent ensuite les chambres, toutes identiques à quelques détails près. Un ou deux lits, jamais plus… Parfois la TV… Toujours une fenêtre qui donnait sur le parc… Une salle d’eau, lavabo, douche et toilettes. En fait, la périphérie de l’étage déclinait trente chambres, et le couloir vous emmenait au bout, faisant la boucle. Vous ressortiez par la porte qui faisait face à celle par où vous étiez entré. Au second étage, le même topo. Ils pouvaient donc recevoir jusqu’à cent-vingt malades, au grand maximum.
-Nous avons été en travaux presqu’une année entière, mais ça en valait la chandelle! Souligna Jacqueline.
-Tu m’étonnes, vous avez dû en avoir pour vos frais…
-Non, du tout… c’était prévu… les fonds ont été débloqués dès que les chefs sont morts. Je dis “chefs”, on les appelait comme ça, ici.
Paul ne releva pas. Jacqueline semblait subitement trop loin.

Vers midi, ils avaient rapidement déjeuné à la cantine. Celle-ci se départageait en deux salles. l’une intérieure, l’autre sous une verrière… Des parasols, le mobilier en bois blanc, les paravents et les nombreuses plantes rendaient le tout très agréables. C’était un self et visiblement tous respectaient les consignes, rapportant leurs plateaux, laissant leurs tables nettes… Bref faisant en sorte de pouvoir continuer à profiter de repas agréables.
Une carte magnétique, propre à chacun, informait les cuisines des menus à servir et des infirmières circulaient pour éviter les échanges. Les traitements eux, étaient directement distribués dans les chambres, à 11h30 et 19h30.

Dans l’après-midi, ils avaient commencé par la visite des ateliers. Cuisine, couture, lecture, poterie, peinture… etc… les patients avaient le choix. En fait, tout variait selon la demande. Le couple survola chaque activité, sans encombrer la discussion. Ensuite ils étaient passés au parc et à toutes ces beautés dont Jacqueline avait parlé le matin même. Elle n’avait pas menti, le parc floral de Nice avait collaboré à l’édification de ces jardins, et on s’y perdait volontiers. La volière et l’enclos des papillons, lui avait été parrainé par des américains… Splendide, absolument splendide.
La journée avança cependant assez rapidement et ils ne flânèrent pas trop. Néanmoins, lorsqu’ils repartirent, tous étaient sur les genoux.
-C’est de ta faute aussi! Avait soufflé Pierre. T’aurais pas pu prendre plus de jours.
Au rictus, involontairement renvoyé par Paul. Pierre le bouscula gentiment…
-C’est une boutade… excuse…
-Non, pas grave… c’est vrai, je vous fait drôlement cavaler.
-C’est pour la bonne cause Paul… tu en aurais fait autant.

CHAPITRE 13

Finalement, il avait été décidé que Miranda viendrait d’abord seule. Malgré les réticences initiales de Paul, Jacqueline et Pierre se faisaient déjà un plaisir de la recevoir. Ils avaient même parlé de l’accueillir chez eux, ils avaient assez de chambres à l’étage, mais là Paul s’y était objecté. Il voulait bien être absent, s’ils pensaient que d’un point de vue thérapeutique c’était mieux, mais il trouvait déraisonnable de ne pas directement la loger dans la clinique. Visiblement, Miranda avait bien travaillé là aussi. Les deux thérapeutes, pourtant expérimentés qu’étaient les amis de Paul avaient du mal à croire qu’elle en soit à un point si critique. Cela dit, loin de penser mésestimer le diagnostic de Paul, ils s’étaient inclinés… Après tout, Miranda ne venait pas en vacances, mais en cure. Si leur confrère s’inquiétait c’était qu’elle lui avait donné de bonnes raisons. Il avait donc été déterminé qu’elle irait aux Mimosas et qu’elle suivrait le cycle d’un quelconque pensionnaire…
Tout ceci s’était résolu les deux jours suivants. Paul avait effectivement rencontré le reste de l’équipe et, ensemble, ils avaient tenu plusieurs réunions. Procédure tout à fait normale avant une admission. Grâce aux dossiers médicaux dont Paul s’était muni, puis à tout ce qu’il avait pu leur livrer, ils avaient établi un premier profil pour cette future patiente. A la demande de Pierre et de sa femme, Paul n’avait rien omis des dernières frasques de Miranda. La guérison de celle-ci en dépendait, et le secret médical, comme l’assurance de la loyauté de tous devaient entièrement le rassurer. Au début, il n’avait pas été si bavard… Cependant les autres étaient très forts… Peu à peu, il en été venu à complètement confesser sa douleur, le portrait de sa femme s’était dessiné… Pour l’équipe, c’était préparer une arrivée, pour Paul c’était presque une psychanalyse… Une introspection certaine, en tous les cas un réel exutoire.
La dernière journée s’était passée comme la première, puis Paul était reparti le cœur gros. Ses amis l’avaient emmené à l’aéroport, lui faisant promettre de les tenir au courant quoiqu’il advienne. Fallait-il encore convaincre Miranda de descendre, et surtout de se plier aux règles des Mimosas. Pour cela, pas 36 000 solutions, elle devait elle-même signer… Ils avaient aussi insisté sur le fait que Paul était toujours le bienvenu. Qu’il ne voit pas Miranda les premiers temps, ne remettait nullement en question la proposition professionnelle que Pierre lui avait faite. S’il le souhaitait, il pouvait même faire un essai, sans engagement. Il vivrait chez eux le temps nécessaire. Voilà tout… Les gosses ne s’en plaindraient pas. Et d’ailleurs, ils avaient ajouté qu’il pourrait demeurer chez eux autant qu’il le souhaiterait… Paul comprenait par mots interposés que si Miranda commençait, elle ne remonterait pas de sitôt. Néanmoins il avait évoqué le fait qu’il n’était pas encore décidait à quitter son cabinet… quitte à faire pas mal d’allers-retours. Il ne ne reviendrait pas sur ce temps de reflexion nécessaire. On n’fout pas sa vie au placard si facilement.

Et voilà, il était de retour dans la grisaille parisienne. Il avait préféré rentré de nuit, mais il n’y avait pas à dire… Paris avait cette odeur propre aux grandes villes, aux voitures, à la pollution… Surtout les jours de pluie. Et justement, elle tombait en trombes depuis qu’il avait atterri. Il regrettait le ciel azuréen et le soleil qu’il venait de quitter. A vrai dire, ce qui lui manquait vraiment c’était cette famille, finalement la seule sur laquelle il pouvait compter, qui ne soit pas chimères. Il ne s’était jamais fait la remarque, mais c’était bien réel. Pierre et son épouse ne l’avaient jamais trahi, sous aucune forme que ce soit. Quoique sa belle-famille n’était pas à blâmer… Mais Pierre n’était-il pas le seul maillon qui le rattachait à ses valeurs? Une personne avec qui parler librement? Quelqu’un avec qui il avait de réelles affinités? Un ami? N’était-ce pas ainsi que l’on reconnaissait un clan?
A la mort de ses parents, il s’était trompé en prenant Miranda pour seule famille… Pierre était en quelques sortes le frère qu’il n’avait jamais eu… Ludo, Bastien et Alexis l’avaient pigé dès le départ et c’étaient les plus malins… Il adorait les entendre l’appeler tonton… Surtout là, cela avait redonné un peu de normalité, de sens à sa vie.
Il n’avait nullement sommeil mais il s’était tout de même mis au lit avec un bouquin. Il fallait qu’il se repose.

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