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-Passe moi l’pain, please.
-Tu sais, Anabelle? Bein, elle m’a invité à son anniversaire.
-Ha oui? pourtant, sa maman ne m’a pas donné son carton d’invitation.
-Oui, je sais… ils ne sont pas encore faits. Cette année elle le fait à “la petite ferme”. C’est dans deux semaines. On va s’éclater.
-Dis maman? On pourra y aller nous aussi? Hein, dis maman?
-Je ne sais pas. Nous verrons. Faudra être sages!
Cette discussion dura tout le repas et fini de délasser complètement Paul, qui se laissa bercer par ces centres d’intérêts bien moins prise de tête que les siens.
Après déjeuner, les gars aidèrent leur mère et tout fut débarrassé en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Drôlement gentils et de surcroît bien éduqués. Puis, les adultes étaient retournés sur leurs transats, installant deux parasols pour ne pas griller. Ils avaient pas mal de choses à se raconter, évidemment Miranda s’immisça dans la discussion… Cependant, ils ne développèrent sur aucune solution. Demain ils iraient à la clinique, ce serait plus probant. Inutile de se triturer gratuitement.
Dans la soirée, Paul fut accaparé par Ludo. Il avait un PC et lui fit découvrir le plaisir des jeux numériques. Le grand avait toute l’admiration des ses frères, qu’il battait visiblement à chaque fois et il se fit un devoir d’initier son oncle. En réalité, c’était l’occasion d’un nouveau score à battre… Finalement, pour un novice, Paul s’avéra passablement doué et les duels s’enchaînèrent… Combats, courses de voitures, de motos, jeux de rôles et autres ne furent omis. Finalement, la tête de notre homme était sur le point d’exploser… Heureusement, le gong sonna et ils passèrent à table.
Pierre avait allumé la cheminée, bien qu’il ne fasse pas froid du tout… Mais c’était tellement bon, tellement familial. Le dîner fut aussi délectable que le repas de midi… Ensuite ils firent une petite balade sous le magnifique ciel étoilé, puis tous allèrent au lit. Paul aurait eu du mal à penser que ce soit possible, toutefois il dormit comme un bébé… Mieux encore puisque d’une traite.
Ils étaient partis tôt le matin. Dès sept heures, Paul avait entendu la maison attaquer sa journée.
-Tu sors, j’dois m’laver aussi moi!
-Attends, j’viens à peine de rentrer!
-Maman! Bastien s”est enfermé dans les toilettes!
-Ha non! Bastien! J’t’ai dit de laisser le verrou!
-Voilà! Voilà! Suis sorti maman!
-J’me lave et j’arrive!
Paul était descendu alors et avait trouvé la petite famille prenant le petit-déjeuner sur la terrasse. Immédiatement, un bol lui avait été apporté, et devant lui tout ce qu’il fallait pour tartiner était si bien disposé qu’il écouta son ventre, bien que l’envie de passer par la toilette le demangeait. Ils étaient tous propres comme un sou et déjà tous habillés… Il avait l’air malin en pyjama et pantoufles! Jacqueline filait déjà déposer les enfants à l’école, les hommes eux s’étaient successivement préparés. 9h00, Jacqueline de retour, ils étaient en route.
Le Domaine des Mimosas, ainsi était surnommée la clinique, était loin de tout ce qu’avait imaginé Paul. Il faut dire que ses amis étaient toujours restés assez vagues… Ce n’étaient pas des fiers, et ils étaient les derniers à se vanter de quoi que ce soit. Paul savait qu’eux deux avaient accepté la succession à la direction de l’établissement, comme tout un petit comité de médecins. En fait, lorsque les fondateurs étaient décédés, ils avaient tout légué à leur équipe. C’était loin d’être inattendu. Ils avaient testé minutieusement chacun de ces héritiers en puissance et n’avaient pas hésité sur leurs prérogatives. Tous se connaissaient bien, tous s’étaient battus contre les mêmes démons, et pour ce couple de vieillards, tous étaient les seuls enfants à qui ils pouvaient laisser un tel patrimoine, en étant sûrs que leur mission serait poursuivie. Un florilège tout particulier, une dizaine de professionnels de tous horizons était donc à la tête des Mimosas. Dès leur embauche, leur tâche avait été définie, et rien n’avait vraiment changé depuis. Aucun n’avait d’ambition uniquement lucrative et c’était ce qui avait accrédité le succès de cette association.
A cent lieux de la clinique attendue, une sorte d’immense château était apparu au bout de la longue contre-allée, après d’énormes et impressionnants remparts d’époque. Le tout les séparait maintenant de la route, et du reste du monde… Il sembla à Paul de rentrer dans un autre univers. Pierre avait expliqué, alors qu’il roulait au pas, ce qui rendait cette fameuse allée infinie, que c’était une sécurité tous azimuts.
-Tu comprends? Le premier réflexe de la plupart de ceux qui sont admis ici, c’est de vouloir sortir. Or, plus les murs sont loin, d’une part ils ont moins le sentiment d’être enfermés, d’autre part ils apprécient davantage la beauté des environs. En fait, nous comptons en partie sur cette belle nature pour les inviter à s’y évader et oublier qu’ils voudraient être ailleurs.
Jacqueline avait renchéri :
-Nous couvrons presque trois kilomètres à la ronde, 18 000 hectares, difficile à croire! Un vrai parc. Nos prédécesseurs en étaient les réels châtelains… Dieu bénisse ces âmes nobles…
-Tu l’as dit! Toujours est-il que rares sont ceux qui sont arrivés aux grilles ou aux remparts. En général un des agents de sécurité les intercepte et les ramène avant, l’air de rien, en passant par quelques autres chemins qui font boucle….
-Tu verras, il y a de magnifiques serres… Des rosiers, un jardin japonais, un autre que de cactées… Nous avons même une serre à papillons, c’est magnifique…
-Ici, à part nous, personne ne porte d’uniforme. Les médecins et infirmières ont un rôle thérapeutique et il s’avère que les blouses soient importantes pour que le patient se sente justement patient et suive nos conseils à la lettre… C’est pas plus difficile… Par contre, les vigiles, surveillants et autres effectifs, pourtant au rôle aussi effectif que le nôtre sont en civil… Cela permet de surveiller sans étouffer…
-Et puis certaines affinités se font autrement qu’avec cette blouse… tout reste paradoxal… hélas.
Que ce soit Pierre ou Jacqueline ils étaient résolument enthousiastes. Paul avait répondu par des hochements de tête, visiblement absorbé par cet environnement dans lequel il pénétrait.
Ils descendaient enfin du véhicule et Paul suivit ses hôtes à l’intérieur. Ceci non sans jeter un œil autour de lui, dans le jardin et sur les terrasses. Il y avait des groupes, ou des solitaires, certains riaient, d’autres semblaient parler gravement, on reconnaissait parfois un visiteur… On ne savait pas pourquoi, néanmoins il n’avait pas le même air. Ils gravirent de larges marches, la porte d’entrée était elle-même presque majestueuse, un château… Ils étaient bien dans un vrai et splendide château.
A peine entrés, Paul n’eut plus aucun doute… Le hall était immense et deux escaliers menaient aux étages de part et d’autre d’une grande double-porte centrale.
-C’est trop beau… Je ne m’attendais pas à ça… à tout…mais pas à ça… c’est trop beau!
-Avant de monter, suis-moi.
Jacqueline avait tiré un énorme trousseau de grosses clefs de son sac, elle ouvrait justement ces deux grandes portes sous le préau formé par le double escalier. Sans broncher, Paul s’acquitta. Sa surprise fut cette fois à son comble. Les plafonds s’élevaient à perte de vue et étaient magnifiquement peints… Les lustres étaient d’époque, les toiles grandioses aussi et de maîtres…
-Tout est d’origine…
-Je m’en serais douté Pierre. Vous n’avez pas peur!?
-Peur de quoi?
-Je ne sais pas? de vandalisme, de cambriolage?
-Tu regardes trop la télé. C’est justement là que commence notre pacte avec nos patients…
-Je ne parle pas d’eux en particulier…
-Ha non… Dans ce cas, pas du tout… Nous avons un vrai arsenal de sécurité… D’abord pour nos patients et la clinique en elle même, et évidemment pour ici. Nous sommes dans l’ancienne salle de cérémonie, la seule qui ait gardé son prestige… Un souhait des anciens propriétaires… Ici est réuni tout ce qui a été sauvé des divers héritages, depuis des décennies. Plusieurs générations se sont succédées… Ici, chacune est représentée, parfois par un vase, un tapis, un fauteuil, ou même une carpette… Tout ceci appartient au domaine et n’aura jamais aucune raison de le quitter… Légalement, cela fait presque partie des murs… Moralement, c’est en quelque sorte l’âme du château…
Ce pactole était tombé entre de bonnes mains, Dieu sait ce que d’autres en auraient fait… Pierre expliqua que dès la lecture du testament, tous les légataires avaient prêté serment. Normalement cela promettait longue vie à leur œuvre. Puisqu’il était inclus dans leur pacte de former des successeurs aussi impliqués qu’eux à sauvegarder l’esprit, l’essence de cet endroit, du château et de la clinique. De toute façon, chacun était tellement personnellement impliqué, que cela allait de soi.
Revenant au formidable spectacle qui s’offrait à lui, Paul s’échappa un peu… C’était vrai, la salle s’étalait sur quelques cent mètres carrés, comme ça, à vue d’œil et elle ne semblait nullement vide. Au contraire, il se serait cru dans un musée… l’espace d’une seconde, Paul se l’imagina vide, telle qu’elle l’avait été lorsqu’on y organisait des bals. Il réalisa subitement l’ampleur de ces vestiges… Ce fut Jacqueline qui l’extirpa des ses rêvasseries.
-Et puis comme tu l’as remarqué, nous avons tourné une clef pour pénétrer, ce serait de la bêtise que de laisser de tels trésors à la portée d’un quelconque accident… Je te l’accorde.
-Par contre, nous y tenons toujours les premiers rendez-vous, et sur demande, quiconque de nos pensionnaires peut y passer un moment. Là bas, au fond, il y a l’ancienne bibliothèque du château, réduite à ces quelques rayons…
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