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ROMAN CONTEMPORAIN "REALITY SHOW " - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF, POUR S'IMPRIMER LE MANUSCRIT

Reality Show est déposé à la SDGL, et la couverture emareva© est déposée également. Une charte protège autant les auteurs que leurs lecteurs, Éditions emareva, Blogs d'auteurs et Promotion d'auteurs se voulant clair dans ses prérogatives.

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particulièrement bénéfique. l’autre compatissait sincèrement, mais ne savait comment intervenir… Un blocage déjà ancien l’en empêchait.
-On se tient au courant…
-OK, Rick, je t’appelle.

Notre ami rentra chez lui épuisé… Il n’en revenait pas qu’à trente trois ans il supporte encore les déboires de sa sœur. Ne leur foutrait-elle jamais la paix? En plus, il avait aussi fallu qu’elle traverse les océans, pour venir s’installer à Paris, où il était. Mince! La planète était grande!
Lassé, il écouta ses messages. Ses parents avaient appelé. Les pauvres… Ils devaient être dans un bel état. Et Anaïs… folle de rage, certainement. Demain matin il leur téléphonerait sans faute. C’était reparti… de longues conversations téléphoniques les guettaient. A chaque fois, c’était la même chose. Elle faisait ses conneries, tandis que lui et Anaïs devaient relever leurs parents. Malgré l’entraînement, chaque nouveau coup les entamait autant que la toute première fois… Quand elle avait mis le feu dans la grange… Puis lorsqu’elle s’était retrouvée dans le ravin, avec le break de leur père, trois mois d’hôpital déjà… Cela ne l’avait pourtant pas calmée. Et la fois où elle avait fait une crise d’hystérie parce qu’elle était privée de sortie. Elle avait 18 ans mais aucun amour propre. Elle avait patiemment attendu d’être en ville pour rebrancher ses parents sur le bal du week-end. Ils avaient catégoriquement refusé, comme deux jours auparavant. Elle s’était jetée à terre, criant à tue-tête, se plaignant d’être battue, suppliant pour que l’on ne permit plus à cet homme d’abuser d’elle… Heureusement, les pompiers étaient rapidement intervenus. Heureusement aussi qu’ils l’avaient conduite chez elle et pas chez les fous… Enfin et heureusement, c’était à se demander.
Elle ne se lasserait jamais. Parfois Rick en venait à attendre le pire. Quand on l’appelait et qu’on commençait par: “C’est encore Miranda”, il fermait les yeux. En fait, il implorait pour qu’elle ne se soit pas ratée, pas cette fois. Oui, c’était ça, il en était réduit à désirer l’ultime bêtise, celle d’où elle ne ressortirait ni en vainqueur, ni en victime. Ce serait le baisser de rideau. Il n’avait aucune pitié, il la méprisait au plus haut point. Il connaissait trop de gens, il avait imaginé trop de scénari, croisé trop de profils psychologiques pour que celui de sa sœur ne l’émeuve d’aucune sorte.

Après une bonne douche, il s’installa dans son canapé, une fois la cheminée attisée. l’aube approchait et il ne se coucherait plus. Il s’était servi un verre. Son habitude n’était guère à boire de l’alcool à cette heure-ci, mais il en avait besoin. Il se laissa alors bercer par les flammes. Grâce à Dieu, un joli minois vint illuminer ses pensées, et il s’assoupit, les idées moins sombres.

 

CHAPITRE 10

Eloïse était réveillée depuis un petit moment, mais elle avait envie de flâner et ne s’était pas immédiatement levée. Visiblement, sa co-locataire n’avait pas cette chance de pouvoir flemmarder un lundi matin. Non pas qu’elle ne travaille pas, mais Eloïse avait un métier qui lui laissait pas mal de temps libre, tout en la rémunérant très avantageusement. Elle avait fait ses choix, et ne s’en était jamais plaint… Certes, cela lui avait valu d’oublier quelques valeurs, de faire quelques concessions, mais elle avait rapidement trouvé un équilibre, et cela ne lui coûtait plus.
Elle était “escorte-girl” depuis maintenant quatre ans. Au départ, rien n’avait prémédité qu’elle atterrisse dans cette branche. Elle était une fille de bonne famille, et même si elle n’avait qu’un CAP d’esthéticienne, ses parents étaient plutôt de la haute. C’est d’ailleurs dommage de reléguer les CAP, BEP ou d’autres apprentissages à quelques sorties de secours. Au moins ils insèrent les jeunes et leur font parfois découvrir une passion, une vocation même. l’époque des technocrates a fait son temps mais n’a rien apporté de plus sinon servitudes. Consommation, profit et pouvoir d’achat sont des bases… mais à chacun de trouver sa voie, et justement, la pratique est parfois plus avantageuse que la théorie. Sans jeu de mots déplacé à propos du métier d’escorte-girl, nous parlons là de formations scolaires plus ordinaires.
En tout cas, le CAP d’Eloïse lui avait ouvert bien des portes, et pas n’importe lesquelles. Elle aimait se pouponner et pouponner les autres, elle détestait les études, cette option avait finalement été une alternative… Propice ou pas, selon les opinions, souvent très divergents quant aux débouchés occasionnés. Bref, grâce à ses parents, surtout à sa mère, qui fréquentait les plus grands salons de Paris, elle avait vite trouvé où exercer. En outre, sa patronne ne regretta jamais d’avoir fait plaisir à l’une de ses clientes les plus fidèles. Eloïse avait l’instinct des produits, de la beauté… A peine apercevait-elle une peau, qu’elle savait comment la nourrir pour lui rendre le meilleur éclat. Elle conseillait jusqu’au choix des fragrances, selon les pigmentations variées des peaux, le genre des femmes et un tas de petits détails qu’elle seule savait relever. Elle encourageait également pour telle ou telle couleur de cheveux, telle ou telle coupe… Et les résultats étaient si réussis que pas mal l’avaient finalement invitée à boire le thé, histoire de s’en faire une conseillère, pour le shopping aussi, évidemment… Par la force des choses, elle avait basculé dans cette société à part et avait fini par être invitée dans les soirées les plus privées.
Marilyn l’avait repérée lors d’un de ces dîners. Elles avaient discuté, la blonde n’avait cessé de faire allusion à ses activités. Les hommes d’affaire en déplacement, les politiques enfermés dans un carcan de sécurité ennuyeux à mourir (pour eux), les riches héritiers en mal d’amour… Les supers sorties, voyages, palaces, restos, bijoux, limousines… Il semblait qu’elle puisse en parler des heures durant. Son interlocutrice s’était même fait la remarque qu’un bouquin ne pouvait qu’être en cours. Ce n’était pas possible autrement. En tout état de cause, la rousse avait paru très intéressée. Les choses s’étaient alors enchaînées très naturellement. Elles avaient déjeuné ensemble, fait quelques courses, s’étaient revues, et voilà… Depuis, tout s’était passé à merveille… Jamais d’anicroches, de forcing ou autre. Au tout début, au premier rendez-vous, cela avait failli raté… l’homme avait un peu bousculé Eloïse, et elle s’était enfuie, en n’oubliant pas de lui assener une claque mémorable. Elle s’était immédiatement rendue chez Marilyn, craignant le pire, mais voulant assumer. La femme, un peu plus mûre qu’elle, mais encore assez jeune, l’avait rassurée séance tenante. Elle avait alors attrapé le téléphone et passé un terrible savon à son client. C’étaient des femmes de compagnie qu’elle fournissait. S’il voulait une pute, ils savait où se rendre. Certes, il était bien entendu que si affinités il y avait, relations plus poussées pouvaient aussi survenir. Mais là, seule l’hôtesse décidait. Les clients le savaient, et appréciaient généralement de devoir conquérir leur partenaire… Assurément, cet aboutissement n’était pas payant pour Marilyn, elle était d’ailleurs très claire à ce sujet. Les petits plus qu’offraient ses filles ne regardaient qu’elles. Tout ceci ne se faisait évidemment pas à la légère… Il y avait des règles très strictes à respecter… Tout était être déclaré au fisc… C’était donc un métier sûr, surtout si on savait respecter la moralité publique, ainsi que les administrations. N’oublions pas que les plus hauts fonctionnaires connaissaient, sinon fréquentaient ces filles. D’ailleurs, qui de ces milieux pouvait vraiment se pavaner de n’être jamais passé par l’agence Marilyn. Ils l’utilisaient en outre de bon cœur. De toute façon, allez dans n’importe quel ministère, palace, et autre cocon de ce type… Marilyn y était connue comme le loup blanc.
Providentiellement pour notre jeune femme, la seconde tentative fut positivement encourageante. Il s’agissait justement d’un ministre qui venait avec son fils. Le veuf n’avait pas voulu être seul, et il avait appelé son amie de toujours. Elle lui avait alors réservé son escorte habituelle, et avait prié Eloïse de tenir compagnie au fils. Ils devaient rester une dizaine de jours, qui furent carrément très sympathiques. Entre elle et le jeune homme, rien ne fut précipité, elle faillit même tomber amoureuse… Par bonheur, il ne lui en laissa pas le temps et retourna dans son pays avant que l’irrémédiable ne se fasse. Elle le revit, ça va de soi, mais la première magie avait disparu et elle travailla le cœur léger. Rien ne se passa entre eux.

En réalité, elle n’était pas très expérimentée, mais là aussi son instinct l’avait souvent guidée depuis. Elle savait se refuser quand il le fallait, mais jamais elle ne froissait quiconque… Elle avait de l’esprit et cela l’avait souvent aidée. Et puis, comme pour tout, l’habitude avait ensuite allégé ce qui était d’abord contraintes.
En fait, son premier grand Amour l’avait eu alors qu’elle fêtait tout juste ses seize ans. Leur idylle avait encore duré deux ans, jusqu’à ce que l’armée le lui arrache. Il en était revenu totalement transformé. Elle avait connu un garçon romantique, propre sur lui et vraiment gentil. Sportif, qui ne fumait pas ni ne buvait. Elle avait retrouvé un dépravé, qui ne se lavait plus, ni ne se coupait les cheveux, fumait, pas que des cigarettes, et pour comble, arrosait le tout de bonnes rasades de vodka, dès son réveil. Elle l’avait expulsé avec beaucoup de peine, au sens figuré comme au sens propre… Apprenant qu’elle voulait le quitter, il l’avait séquestrée une nuit entière, lui faisant les misères les plus vicieuses. Surtout psychologiques. La réveiller en sursaut, au moment où elle allait s’endormir, et ce au moins dix fois dans la nuit… La menacer et un tas d’autres conneries dont elle n’aimait pas se souvenir. Rien de vraiment grave au bout du compte, puisqu’elle s’en était remise… Mais elle avait bien cru le tuer avant l’aube tellement il avait joué de ses nerfs. Elle s’était enfin échappée au petit matin et avait réussi à le faire déserter en lui faisant croire que les flics étaient prévenus. Cela avait suffi, en plus du chèque d’un 10 000 francs, soi-disant pour l’aider à démarrer. Tu parles, elle était bien conne. Depuis quatre mois qu’il était revenu, il avait bien abusé de sa carte bleue, sans en ressentir aucune gêne… Et, elle, n’avait pas su mettre le holà.
Après, elle avait eu deux, trois flirts, qui n’avaient d’ailleurs pas tous abouti… Elle était véritablement pudique et cela lui jouait quelques tours. D’où ce paradoxe de s’être laissée tenter par Marilyn. Toujours est-il que le jeune Grégoire, ce fils de ministre parfaitement éduqué, avait été le déclic. Après lui, elle avait parfaitement su gérer sa profession, ainsi que sa sexualité. l’expérience lui assurait aujourd’hui de ne tourner que sur deux ou trois hommes, et encore. Elle avait un habitué qui était assez riche pour pouvoir se payer sa presqu’exclusivité, et elle ne lui en voulait pas… C’était lui qui avait klaxonné l’autre soir.

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