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ROMAN CONTEMPORAIN "REALITY SHOW " - par Emmanuelle Mairet

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en ce qui concernait Miranda, aucun autre n’était si indulgent. Même sa bande, ses copains d’adolescence avaient fini par la rejeter. Ils avaient souffert de son vice autant que le reste de son entourage.
Rick relança…
-Bon, et qu’as-tu décidé? Une cure?
-Exactement, une cure.
-C’est la meilleure solution, je ne te le fais pas dire… Encore faut-il qu’elle soit menée à bout, dans des établissements qui traitent tant le problème de la drogue que ceux psychiatriques, et surtout qui ne lui laissent pas le loisir de mener son jeu. Mais en quoi te serai-je utile? Je ne vois pas.
-Et bien voilà… Il y a quelques temps, un confrère m’a proposé de le rejoindre sur la côte, à Grasse. A ce moment là, j’ai refusé. Je suis bien installé, parisien de naissance et je ne me voyais pas tout quitter. La proposition tient toujours. Connaissant Miranda, je sais qu’elle ne lâchera pas le morceau de si tôt. Si je n’agis pas radicalement dès aujourd’hui, je vais la perdre… Tu me croiras si tu veux, mais je ne pourrais pas vivre sans elle. Je n’y crois pas vraiment, j’espère néanmoins pouvoir la soigner.
-Je ne trouve rien de risible… Au contraire, tu me prouves chaque seconde avoir une grande maîtrise de ta personne… Une force intérieure dont peu pourrait se vanter… Un honneur à toute épreuve… Pff, je n’ai même pas les mots justes, mais crois-moi, c’est sincère.
-Oui, bon… Passons… Donc, cet ami a une femme très gentille, elle est aussi dans le corps médical. Mais tu vas rire, la coïncidence veut qu’ils s’occupent en fait de centres de désintoxication. Tout à l’heure, quand on m’a appelé pour me prévenir de l’accident, j’ai eu un flash. Nous allons partir. J’ai donc besoin de toi car je prends l’avion après-demain. Je reste là bas qu’une semaine, mais en attendant je ne veux pas qu’elle quitte l’hôpital sans chaperon. Son état peut progresser rapidement comme empirer, je ne peux rien anticiper. En tout état de cause, dans un cas ou dans l’autre, il faut que quelqu’un veille sur elle, le temps de mon absence. Sachant parfaitement à quel point il obligeait Rick, il enchaîna sans laisser aucune réponse tomber.
-Comprends bien que je ne te demande d’intervenir que s’il y a complication. Le médecin chef, un ami, m’a promis de la garder le temps nécessaire… Néanmoins, si elle réclame de sortir, et que sa santé le permet, il ne peut aucunement la retenir. Tu penses bien que je ne me suis pas étalé sur son état psychologique… Je n’ai pas envie qu’elle aille à St Anne. S’ils savent, ils la traiteront telle qu’elle devrait être… et on n’est pas à l’abri d’une crise d’hystérie… tu m’suis?
-OK, OK, j’ai compris. Une semaine, pas plus!
-Merci, franchement, merci.
-Nous verrons quand tu reviendras… Alors tu lâches tout? Et qui te dit qu’elle ne recommencera pas là bas? Le coin n’est-il pas propice à une belle rechute; c’est une plaque tournante cette région?
-Oui, je sais, c’est risqué. Mais en même temps le style de vie y est différent. Il y a le soleil, la mer… Et puis mes amis… Jacqueline est prête à former Miranda. Nous tablons sur une réinsertion sur le tas. La soigner en même temps que de la former à un métier. Si elle apprend à s’aider en même temps qu’elle en aide d’autres, s’il s’avérait qu’elle ait cette vocation, ce serait formidable. Je sais, c’est partir sur des bases bien fragiles… Mais rester ici, équivaut à l’assassiner… Je ne peux pas.
-Et toi? Qu’y feras-tu?
-J’intégrerai leurs équipes. Dans leurs centres, les médecins tournent, histoire de confronter leurs diagnostics. Cette méthode octroie non seulement d’optimiser au mieux, mais en plus leurs patients profitent ainsi de rencontrer différentes personnalités… Des affinités se forment, et les thérapies n’en sont que mieux menées.
-Cela n’a pas vraiment grand chose à voir avec la pratique en cabinet… ça va pas te bouffer à la longue?
-Non, je prends le tout comme une nouvelle expérience… Au moins je suis sûr de ne pas m’encroûter!
Quel humour! Ce gars était décidément un exemple unique de bonne volonté
-Je sais, je ne doute pas de toi… Loin de moi cette idée saugrenue. Non, je me dis que de faire la même chose au travail, comme à la maison, ça va t’user…
-Oui, ce sera dur… Enfin, c’est aussi pour la bonne cause. Je prie pour que Miranda y ouvre les yeux. D’être projetée parmi tous ces gens qui souffrent, la fera réfléchir. Et puis elle va rencontrer certains récidivistes. Elle qui attache une si grande importance à sa beauté, elle se rendra compte des ravages non seulement neurologiques, mais aussi physiques que cela entraîne. En résumé, escomptons qu’elle comprenne pourquoi ces produits sont illicites…
-Oui, espérons le… Mais réalise que de la désintoxiquer ne lui soignera pas le cerveau…
Rick était un peu dur. Déjà, Paul faisait preuve d’une grande générosité. Il abandonnait tout ce qu’il avait bâti. Bâti seul, de surcroît. Paul n’était pas un de ces fils à papa. Il avait payé lui même ses études, et s’était décarcassé sans personne, ou presque. C’est bien simple, il avait perdu son père vers l’âge de onze ans. l’homme s’était bêtement endormi dans son bain, il s’était noyé. La mère et le petit ne s’en étaient jamais remis. C’était elle qui avait trouvé sont époux, elle avait crié et s’était précipitée au téléphone, appelant désespérément au secours. Alerté, Paul était sorti de sa chambre et avait passé la tête par la porte entrebâillée. Il avait découvert l’horreur. Son père, les yeux clos, à peine congestionné, peut-être même simplement bouffi par l’eau. Il avait couru, s’était échappé et réfugié dans sa cabane pour ne rentrer qu’à la nuit tombée.
Les jours suivants avaient été coutumiers des périodes de deuil. La famille, celle du défunt, ses amis… La cérémonie, le cimetière… les pleurs. Ensuite le grand silence… La mère et le fils avaient repris le cours de leurs vies, mais comme des automates. l’un allait à l’école, écoutant ses profs d’une oreille… l’autre n’en finissait plus de ranger sa maison. Même s’ils n’échangeaient pas de paroles, leurs moments privilégiés se passaient ensemble. A midi, ou le soir. Ils étaient là, grignotant parce qu’il fallait bien se nourrir, ou sirotant un jus… N’importe, ils étaient là et pensaient en silence.
Ce fut long, mais cela favorisa paradoxalement une intense complicité entre ces deux êtres. Peu à peu la blessure cicatrisa. Paul se jura de ne jamais quitter sa mère et c’est ce qu’il fit. Ils vécurent ensemble sans s’asphyxier. Elle-même lui reprochait de ne pas trouver de compagne, d’être encore dans ses jupes.
Pour finir, le cancer l’emporta brutalement, en six mois, alors que Paul n’avait que 24 ans. Ils surent, eurent à peine le temps de se préparer, d’accuser le coup, puis elle partit. Heureusement, se souvenant, elle avait autrement conditionné son fils. Elle lui avait fait promettre de croquer dans la vie. Après tout, il était leur continuité, leur longévité. S’il se laissait aller, alors tout serait définitivement terminé. Il avait entamé ses études, et elle en était fière, elle lui rappela le nombre de vie que ses mains sauveraient… Dommage de gâcher… Elle partait, mais c’était là suite logique des choses. Elle avait 65 ans, c’était pas si mal…
Fils unique, il se retrouva seul, dans cette grande maison. La seule qu’il n’eut jamais connu. Il apprit à vivre avec ses souvenirs. Ce ne fut que plus tard, lorsqu’il passa presque la moitié de son temps aux Etats-Unis, qu’il se décida. Il vendit le tout, avec beaucoup de regrets, et autant de soulagement… Il était conscient qu’il avait besoin d’un grand bol d’air. Sinon, il finirait vieux garçon, mité par ces réminiscences. Il avait d’abord opté pour une simple garçonnière. C’étaient ses vues sur Miranda qui l’avaient décidé pour un studio… Ensuite, il avait pris leur appartement, quand ses études avaient été achevées et qu’il avait pu épouser cette femme, celle de ses rêves. Il n’avait véritablement aimé que trois personne. Son père, sa mère et Miranda. Ce n’était ni un garçon extravagant, ni un bavard. Enfant, il était plutôt solitaire. Très tôt, il avait su ce qu’il ferait de sa vie et s’y était acharné mal gré. Sa solitude imposée n’avait qu’affirmé son opiniâtreté professionnelle…
C’est ainsi que croisant Miranda, et se laissant charmer, il avait cru déceler une illustration du destin. Il était croyant, faisait très attention aux coïncidences… Et justement, il l’avait connue le jour anniversaire du mariage de ses parents… Hélas… Il crut en cet Amour et y fonda tout ses espoirs. Au début, son grand regret fut de n’avoir pas présenté la jeune femme à sa mère. Au fil du temps, malgré son entêtement, il comprit malgré tout son fourvoiement. Il ne l’avait jamais avoué, grand mal lui fasse, mais il n’était pas dupe. Contrairement à ce que s’imaginait Rick et les autres, la passion ne l’aveuglait pas. Il était parfaitement conscient… Seulement, qu’y pouvait-il? Miranda était la seule qui l’ait sorti de ses bouquins. Il n’avait d’yeux que pour elle et n’avait jamais tressailli pour quelqu’un d’autre. Certes, aujourd’hui il n’avait plus le regret de ne pas l’avoir présentée à ses parents. Beaucoup trop de choses concrètes ternissaient sa muse. Non, elle ne serait jamais plus sa muse… Mais au nom de l’amour qu’elle lui avait fait connaître, il se devait de la sortir du précipice dans lequel elle s’était jetée corps et âme.
Non, de la désintoxiquer ne la soignerait pas totalement, néanmoins ça pouvait être un début. Pour sûr, que de partir les bras baissés n’était pas de bonne augure. Il aurait besoin d’une sacrée dose de patience, d’endurance et surtout d’optimisme. Rien n’était gagné, mais il voulait y croire. Un peu excédé par la remarque de son beau-frère, il répondit du tac au tac:
-Non, ça lui soignera pas le cerveau! Mais autant l’assassiner si c’est pour la blâmer sans l’aider…
Aussitôt, il se reprit.
-Excuse, excuse-moi Rick mais je suis crevé…
-Il n’y a pas de mal… Mais ne t’étonne pas de ne guère trouver d’épaules pour te soutenir… Elle nous a malheureusement tous rodés.
-C’est vrai… Et tu sais quoi? Je ne regrette qu’une chose…
-Laquelle?
-Que vous ayez d’abord été si indulgents. Quoique, j’exagère, elle a tout de même fait quelques séjours dans des pensions, des maisons de correction… Laisse tomber, je ne regrette rien, sinon qu’elle n’ait pas évité le pire…

Tout était dit, ils restèrent ainsi un petit moment, contemplant simplement le crépitement du feu. Rick regarda alors la pendule… Trois heures… Que le temps passait! Il prit congés. Les deux hommes se serrèrent dans les bras, comme pour se rassurer mutuellement. l’un voulait qu’aucun reproche ne puisse être retenu, cette soirée lui était déjà

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