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ROMAN CONTEMPORAIN "REALITY SHOW " - par Emmanuelle Mairet

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-De quoi as-tu envie?
Encore toute chose, elle allait répondre par quelques hésitations, politesse bien sincère oblige, mais une sonnerie de portable l’en empêcha. Rick décrocha, il parut aussitôt s’assombrir. Par discrétion, elle se détourna et s’intéressa plutôt aux tables alentours. Ce ne fut pas très long, mais visiblement suffisant.
-Excuse-moi… Un petit souci.
-Pas trop grave j’espère.
-Non, c’est ma sœur…
-Anaïs?
-Non, l’autre… Miranda… On ne pourra pas dîner ensemble ce soir… Crois-moi, je suis désolé…
-On ne fait pas toujours ce que l’on veut. Ce n’est que partie remise.
-Hum, c’est sûr. Mais je dois aussi me sauver maintenant… Si tu veux, je te dépose à Bastille…
-Non, non, ça va, je vais rentrer comme je suis venue… Fais ce que tu as à faire, et tiens-moi au courant…
-Tu es sûre?
-Oui, oui… Sûre.
Rick était en train de payer. Il avait également sorti un bristol et un carnet de ses poches.
-Tiens, voici mes coordonnées, mais attends que je t’appelle, je risque d’être pris… Surtout de ne pas être trop dispo…
-OK. Pas de problème.
-Tiens, note ton numéro… Je te rappelle dès que possible… Promis? Tu ne m’en veux pas?
Il la regardait les yeux vraiment déçus et elle comprit que cette journée se finissait vraiment mal pour lui.
-Non, vraiment, ne te fais pas de bile. Tout va bien. J’ai passé un moment merveilleux, et j’attends que tu me bigophones.
Ils se levèrent, se firent la bise et il disparut sous la pluie.

Elle avait presque la nausée, tellement sa déception était grande. l’espace d’un moment, elle s’était imaginée dans un petit restaurant douillet. Ambiance tamisée, chandelles et musique de fond… Le rêve avait été court. Elle ne connaissait pas cette Miranda… Rick n’en avait pas parlé et ne s’était ensuite pas étalé. Vraisemblablement, ils ne s’entendaient pas. Et bien, elle savait déjà qu’elle ne la porterait pas non plus dans son cœur. Puis, elle se ressaisit brutalement. La mine si triste qu’avait eu Rick présageait rien de très amusant. Pourvu qu’il ne soit rien arrivé… Elle se décida enfin à partir. Au retour, toutes les pensées qu’elle avait eu en venant ne l’effleurèrent même pas, ce fut son cœur qui vagabonda plutôt.

CHAPITRE 9

Rick était presque arrivé avenue Mozart, où habitaient Miranda et Paul, son mari. Ce dernier avait été bref. Miranda venait d’avoir un accident de voiture, elle n’avait rien d’irrémédiable, mais tout de même des égratignures et un traumatisme, elle porterait une minerve pendant plusieurs semaines… Et là, elle était en état de choc, aux urgences… Paul avait abrégé.
-Excuse-moi Rick, mais il faut que nous parlions. Je sais qu’avec ta sœur… Mais j’ai besoin de ton avis… Elle n’est pas là, encore aux urgences pour quelques jours, au cas où. Viens, nous discuterons…
Rick n’avait pas pu refuser. l’envie ne l’avait pas même effleuré. Il aimait énormément Paul et s’entendait parfaitement avec lui. Il comprenait même pas comment un homme d’une telle envergure avait pu s’amouracher d’une chipie comme Miranda.
Ces deux-là s’étaient connu à l’époque de l’université. Paul était allé aux Etats-Unis pour quelques colloques affairant à sa branche, la médecine générale. Il avait partagé sa chambre pendant plusieurs mois avec un jeune qui se rendait lui-même souvent à Paris. Un échange drôlement bénéfique pour leurs bourses respectives. Il s’avérait que cet étudiant fut un copain de Miranda. De fil en aiguille, Paul s’était souvent retrouvé avec la bande. La petite n’avait pu s’empêcher de faire de ce beau français son quatre heures. Avec ses amis, elle était du reste de très bonne compagnie. Il fallait le croire, puisqu’elle était tout de même la petite puce de toute la troupe, du moins à cette époque là. Visiblement, elle s’arrangeait pour manœuvrer en dehors de son cercle relationnel. Le temps n’avait nullement résorbé ni sa méchanceté, ni son savoir-faire… Et oui! Toute machiavélique qu’elle était, nombreux étaient ses amis. D’abord admiratifs du pouvoir qu’elle exerçait sur eux, ils coupaient cours peu de temps après, mais en général trop tard pour ne pas avoir déjà souffert de quelques entourloupes. Miranda renouvelait sa cour au prorata du vide que créait son caractère autour d’elle. Quelle ironie! Ses amis étaient toujours temporaires, puisqu’obligatoirement victimes… Ce n’était que vice que d’abuser autant des faiblesses des autres. Et puis avec un tel sarcasme! Brr! Elle avait compris ce qui faisait avancer le monde et en usait avec sagacité certes, mais tous ne se laisseraient pas indéfiniment duper… Le vice ne peut rester impuni, tout utilisateur en paye les frais un jour ou l’autre… La solitude la guettait.
Il faut dire que son physique inspirait plutôt confiance. Elle était bien plus grande qu’Anaïs, au moins une tête de plus… Par contre, elle avait les cheveux châtains, la peau mate et les yeux verts. l’aînée était le portrait de sa mère, le fils, celui de son père (à part les cheveux bruns); elle, était leur mixte parfait. Cela lui valait énormément de charme, celui de tous ces métis qui sont toujours beaux. Bref, elle savait se faire aimer et Paul était tombé éperdument amoureux d’elle dès leur première entrevue… Un véritable coup de foudre.
Il l’avait donc invitée en France pour les grandes vacances et elle ne s’était pas faite prier. Les Wilson avaient d’ailleurs tout à fait adhéré, ayant rencontré Paul et espérant qu’il ait une influence positive sur leur fille.La proposition s’était répétée pour les fêtes de fin d’année… Et leur idylle avait ainsi commencé, le soir du jour de l’an, lorsqu’ils s’étaient embrassés pour célébrer le douzième gong. Après, tout s’était enchaîné. Un peu plus vieux, Paul avait remporté ses examens avec brio; pendant que Miranda avait royalement échoué aux siens. Elle, était encore à se débattre avec le bac, que lui ouvrait déjà son cabinet et étoffait son carnet clientèle.

Leur relation s’était entérinée quelques années. Elle venait dès qu’il l’invitait et il tentait à chaque fois de la retenir, mais Miranda n’était pas prête à se fixer. Elle savait qu’elle le tenait et profitait goulûment de la situation. En Louisiane, elle avait quelques amants qui la titillaient autrement, et elle voulait bien les garder encore quelques temps.
Néanmoins, l’été 1997 fut décisif. Paul lui posa un ultimatum. Il ne pouvait plus piétiner ainsi… La balle était dans le camp de la belle, mais sa réponse serait irréversible. A l’époque, Miranda commençait d’ailleurs à déchanter. Elle n’était guère aussi fidèle que son petit français, et sa réputation s’était franchement gâtée. Comme prémédité, les armes qu’elle utilisait lui avaient infligé d’aller loin, peut-être trop loin. Le pire avait été cette fois où invitée à passer la nuit chez une copine, elle lui avait fait la frayeur de sa vie, autant que de la dégoûter… Pourtant, ce n’était plus une adolescente… Les deux jeunes-femmes avaient évidemment passé la soirée à discuter, et discuter de quoi? Je vous le donne en mille : des garçons, ou plutôt des hommes. Apprenant que son amie était pucelle, une flamme vicieuse avait illuminé les yeux de Miranda. Ce qui l’avait pousser à faire ce qui avait suivi? Aucune idée. La jalousie, le vice, le désir de posséder et celui d’effrayer… Un peu de chaque, certainement. Toujours est-il que d’un coup elle s’était assise au bord du lit de l’autre, et pointant son majeur, lui avait murmurer :
-Pucelle, ho cool… Je vais te dépuceler si tu veux… N’aie pas peur… C’est bon.
-T’es folle. Avait d’abord crié l’autre, remontant sa couette jusqu’à son coup…
-Laisse-toi faire je te dis… Je vois bien que tu n’attends que ça!
-Dégage! Avait alors hurlé l’autre en lui assénant une claque mémorable, qui avait littéralement refroidi la vicieuse. Elle s’était recouchée, l’autre n’avait pas fermé l’œil et à la première heur lui avait jeté ses affaires aux visage.
-Rentre chez toi, et ne m’adresse plus jamais la parole. Cela aurait été bien pour Miranda que ça s’arrête là… Mais heureusement que ça n’avait pas été le cas. Une bonne leçon! En arrivant en cours, elle avait immédiatement vue que l’autre lui avait taillé un portrait et pas de plus seyant. Hélas, bien qu’elle aurait aimé se foutre de tout et passer devant ces cons avec condescendance… que là fut son réel désir, elle était incapable d’oublier complètement son éducation. Elle se perdait ainsi et doucement dans d’affreux méandres, ne sachant ni se sacrifier entièrement, ni se détourner de ce que ses vingt ans pouvaient lui faire obtenir. Elle était jolie et surtout très bien formée; c’était ce qui lui avait d’ailleurs fait découvrir le feu avec lequel elle jouait. Son héroïne : Marilyn Monroe. Elle en avait toutes les mensurations, et était allée jusqu’à s’entraîner devant le miroir pour arborer les mêmes moues. La gent masculine l’avait évidemment invitée à se lâcher davantage dans ces espiègleries coquines et de fil en aiguille, elle s’était embourbée dans ces jeux de chat. Elle réalisait trop tard qu’elle tenait le mauvais rôle et c’était ce qui la perdait. Certes, elle était douée, pouvait éveiller les pires envies et avait cru savoir spéculer avec. Elle s’était trompée. Un adulte lésé réagit autrement plus dangereusement qu’un enfant. Peu à peu elle s’était trouvé en perpétuel défi, surtout avec les hommes et ses anciens amis ne furent plus aussi indulgents. Fière et impétueuse, jamais elle n’aurait admis avoir fait fausse route, ce qui l’exilait d’autant. Elle voulait que tout ceux qui s’étaient dressés sur son chemin payent. Elle s’obstinait, convaincue de sa force. Heureusement qu’un jeune Paul avait voulu d’elle à ce moment là. Il lui octroya de fuir avant de se faire tout bonnement lyncher. En Louisiane, on était bonne pâte, mais fallait pas pousser le bouchon non plus. Sans vraiment en prendre conscience, elle fut donc sauvée par ce prince charmant… Lui, mettait par contre un pied dans l’horreur. Entre-temps, elle s’était souillée, elle avait tout gâché… Elle n’avait même plus foi en elle. La faille était béante et ne guérirait plus

A côté de tout ça, ses parents n’acceptaient plus qu’elle se laisse aller et la priaient de se trouver un job. Elle avait raté ses études, d’accord, mais ce n’était pas leur problème. Ils ne l’entretiendraient pas toute leur vie. En réali

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