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ROMAN CONTEMPORAIN "REALITY SHOW " - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF, POUR S'IMPRIMER LE MANUSCRIT

Reality Show est déposé à la SDGL, et la couverture emareva© est déposée également. Une charte protège autant les auteurs que leurs lecteurs, Éditions emareva, Blogs d'auteurs et Promotion d'auteurs se voulant clair dans ses prérogatives.

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cru être.
Ils arrivaient à gare de Lyon, une poignée de voyageurs monta, ils durent tous se lever pour leur faire de la place. Personne ne mit plus Patty mal à l’aise. Pour sûr, on lui souriait, et ça changeait des regards en coin dont elle avait l’habitude, mais c’était tout. La simple preuve que se sentant plus jolie, elle se déridait et déridait par la même les autres. Ni plus ni moins. “On ne récolte que ce que l’on sème…”, c’était peut-être là qu’il fallait trouver le sens réel de cette maxime. Patty réalisait subitement que ce n’était pas seulement à cause des autres que son image de fille froide et distante s’était forgée. D’accord, jusqu’à présent elle ne s’en était guère plaint… Mais mince, c’était tout de même plus agréable de provoquer des sourires… Elle n’en revenait pas. Il suffisait simplement d’un peu de poudre, quelques petites fringues, des coloris plus doux, d’un bien-être évident… Et les autres le ressentaient.

Nation. La cohue descendit et l’entraîna vers les escalators. Elle fut surprise de voir autant de monde… Un dimanche, et en avril… Quoique, il faisait beau, les gens profitaient des premiers jours de soleil, mais ne s’attardaient pas, pressentant un orage inopportun.
Là, toutes ses jolies pensées s’envolèrent. Mignonne ou pas, elle se fit marcher sur les pieds, bousculer, presque piétiner… Elle se secoua pour reprendre prestement le pas sûr et antichoc dont cette grande ville l’avait parée. Elle n’aimait pas se faire marcher dessus, et ce n’était pas aujourd’hui qu’elle s’y résignerait. Pendant un quart d’heure, elle avait réalisé l’importance de l’apparat et en tirait déjà leçon… Maintenant, elle retiendrait aussi le j’en foutisme des masses… Il faudrait qu’elle apprenne à ne pas se leurrer de ce qu’elle pourrait produire. Son charme, quel qu’il soit, ne pouvait être une valeur sur laquelle tabler… Du moins pas en territoire inconnu. Elle réserverait donc sa féminité naissante aux gens qui le mériteraient. D’ailleurs, elle ne pouvait blâmer personne. Elle-même ne se laissait que rarement amadouer par l’apparat. “l’habit ne fait pas le moine”, et elle le savait que de trop pour comprendre que la plupart rejoignaient également ce principe.


Enfin arrivée. l’escalator l’emmenait vers la surface, le ciel s’était effectivement couvert et les gros nuages noirs promettaient de belles trombes. Elle se hâta de traverser la place, fila vers le Dalou, se demandant quelle tête elle avait. Elle irait faire un tour aux toilettes, histoire de s’arranger.
Rendue sur le pas de la porte du café, elle aperçut de suite le mouchoir blanc noué sur une table. Elle leva les yeux et vit cette homme brun. A ce moment, le serveur se dirigea vers elle et elle s’entendit lui lancer:
-Je suis avec un ami, il est déjà installé.
Joignant le geste à la parole, elle désigna l’ami en question. Elle n’y croyait pas! Elle s’était pourtant dit qu’elle garderait l’anonymat le temps de toiser un peu sa future rencontre. Tu parles!
l’ayant entendu, l’homme en question se leva et lui sourit. Elle y alla, respirant un grand coup et réunissant toutes ses forces.
-Bonjour…
-Bonjour.
Ils étaient visiblement tous les deux aussi gauches.
-On se fait la bise?
-Oui
-En plus tu ne m’as pas menti, tu ne piques carrément pas.
Un bon point pour lui. Il avait assez de répartie pour détendre l’ambiance. Il lui proposa ensuite de se débarrasser, tira une chaise et l’invita à s’installer. Elle prit un grand crème bien chaud, il reprit un café.

Le premier instant dépassé, la suite s’enchaîna plus librement et la discussion endossa un bon rythme. Ils discutèrent de tout et de rien comme s’ils se connaissaient depuis un bail. Certainement Leo et Piquick y étaient pour quelque chose et c’était tant mieux.
Très vite, il lui parla de son enfance, de la Louisiane, du ranch, de ses chevaux et de ses merveilleux parents. Il fit des détours, narrant quelques épisodes avec ses sœurs, ou quelques amis… Bref, elle en saurait bientôt autant que si elle l’avait réellement rencontré il y avait trois mois. Elle rétorqua par son histoire pas si horrible, ses parents pas si mal jusqu’à ce qu’ils divorcent… Mais surtout sa grand-mère, celle qui lui avait donné les seules racines dont elle pouvait se vanter. Elle s’oublia même à parler de Marielle, sans vraiment cacher l’intensité de leur amitié. Elle ne parla pas de liaison en tant que telle, mais le ton avec lequel elle se remémora cette fille suffit. Elle conclut tout de même de façon moins mélancolique, évoquant Eloïse et cette co-location prometteuse. Elle énuméra même joyeusement tous ces petits plaisirs qu’elle découvrait et qui la transformaient à petit feu.

Rick s’en voulut subitement. Avant de la connaître, mentir à ce Piquick n’était pas la mer à boire. Mais là, il voulait limiter les dégâts. Cette fille était plaisante, même davantage, le désir de partir sur de bonnes bases s’affirmait inexplicablement. Il lui fallait donc avouer ne pas être le Leo prétendu. Il allait donc lâcher ce morceau qui lui serrait un peu la gorge.
S’éclaircissant la voix et l’air de rien, il fit remarquer qu’il avait lui-même quelques points à préciser, concernant sa condition. Il ne fit aucun méandre et lui déclara de but en blanc ne pas être chômeur en déroute, mais agent immobilier pas trop mal loti. C’est ce qu’il avait trouvé de mieux et de plus proche de la réalité…Attends, ça faisait trop longtemps qu’il ne disait jamais son vrai boulot. Elle lui procurait un je ne sais quoi mais quand même… Cela excuserait ses déplacements répétitifs. En plus, il pensait déjà à quelques sorties qu’un demandeur d’emploi ne pourrait pas s’offrir, agent immobilier c’était correct… Autant démarrer avec les meilleures bases qu’il soit. N’avait-il pas fait une promesse à Anaïs? Et ce petit ange, tombé de net, n’était-il pas le meilleur signe qui se soit présenté à lui depuis belle lurette? Patty ne parut aucunement surprise.
-J’en était sûre!
S’exclama-t-elle même, poursuivant de plus belle.
- Cela fait pas une heure que nous sommes là, mais je me disais bien que tu n’avais pas du tout le profil d’un artiste… Alors pas du tout.
-Ha, ben merci. Que dois-je comprendre par là? Ai-je l’air d’un fonctionnaire?
-Qu’as-tu contre eux?
-Rien, mais tu dis ça sur un tel ton, que je me demande de quoi j’ai l’air.
-De tout, d’un acteur, d’un indépendant c’est sûr, pourquoi pas un métier libéral… Mais pas un artiste peintre, ni non plus un commercial d’ailleurs.
C’est vrai. Elle trouvait cet homme beau à se blâmer de ne pas l’avoir croiser avant. Grand, carré, apparemment drôlement bien bâti, brun, la bouche rouge, les yeux verts mais presque marron… verts, à la lumière quoi… Et puis cet accent, léger, presqu’imperceptible, mais là, rappelant de temps en temps que lui venait d’Outre-Mer… Bref, il était craquant. Oui, c’était bien elle, Patty, qui craquait. Comme quoi, tout était possible, n’importe où, avec n’importe qui et n’importe quand. Elle n’en revenait pas, mais ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas passé un si bon moment.
En tout cas, cette spontanéité mit Rick à l’aise. Il n’eut ensuite aucun mal à continuer de rétablir ce qui devait l’être et ça l’arrangea plutôt. Il n’était guère assez diplomate pour tourner longtemps autour du pot, sans faire plus de dommages… De ce fait, les horloges une fois misent à l’heure, de parts et d’autres, ils poursuivirent encore, ne voyant ni le temps défiler, ni les clients aller et venir. Ce fut le serveur, qui les rappela au réel… Il devait encaisser, il avait terminé son service.
A ce moment, le ciel retentit d’un formidable brouhaha, l’orage claqua d’un bout à l’autre et l’averse tomba d’un trait. Surprise, Patty rit et regarda Rick les yeux illuminés.
-J’adore l’orage, encore mieux auprès d’un feu de cheminée.
Elle était vraiment attirante cette fille. D’une simplicité à crever, d’une fraîcheur invraisemblable. Quand il se rappelait les anecdotes suintantes que Piquick avait si bien su lui dépeindre, il ne trouvait aucun rapport.
Ils commandèrent deux bières brunes et leur discussion s’engouffra dans cette nouvelle pente. D’où tenait-elle cette imagination? Avait-elle tout inventé ou était-ce réellement par procuration? Elle lui exposa la chance qu’elle avait eu en évoluant effectivement au travers de milieux aussi instructifs. Il faut dire qu’entre ses parents et la suite, elle avait navigué sur diverses eaux… De vouloir s’émanciper, peut-être de façon trop précoce, lui avait valu de rencontrer des gens de tous horizons. Elle s’était tout bonnement appliquée à toujours visiter chaque panorama, aussi restreint soit-il.
-Et puis, quelque part, je suis une peureuse… Alors j’ai la sale manie de faire pas mal de choses par procuration. Je vis de loin, comme qui dirait…
-Je trouve que tu as une opinion bien piètre de toi-même. Se préserver ne signifie pas qu’on est peureux. Au contraire, il faut parfois plus de courage pour ne pas se laisser tenter…
-Oui, évidemment, vu sous cet angle… Enfin, parfois, ce n’est pas mal de se lancer non plus… On ne peut pas savoir si on ne teste rien.
-Dis-moi, je te coupe, mais il commence à se faire tard…
Patty eu une grosse boule qui lui serra subitement le ventre… Au non, pas déjà… Mais Rick acheva sa pensée, sans même ressentir le tressaillement de cette petite brune.
-Que dirais-tu qu’on file réserver une table… J’ai garé ma voiture juste là.
Elle n’en revenait pas… Décidément, elle marquerait ce jour d’une croix sur son calendrier.
-Oui, pourquoi pas… C’est une bonne idée…

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