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ROMAN CONTEMPORAIN "REALITY SHOW " - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF, POUR S'IMPRIMER LE MANUSCRIT

Reality Show est déposé à la SDGL, et la couverture emareva© est déposée également. Une charte protège autant les auteurs que leurs lecteurs, Éditions emareva, Blogs d'auteurs et Promotion d'auteurs se voulant clair dans ses prérogatives.

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boutiques, avec vitrines, devantures et portants… Cela coupait presque l’envie de farfouiller. En plus, dès qu’elle approchait, un vendeur ou une vendeuse se débusquait, l’air de vouloir lui vendre tout le magasin… Elle s’échappait alors, avant même d’y avoir pénétré.
A un moment, elle vit un petit gilet un daim, couleur prune, avec de longues franges sur le bas. Il lui plut, elle le décrocha puis le passa. Derrière la grosse caisse enregistreuse, une jeune femme lui sourit simplement. Patty s’engouffra alors dans la pièce pour rejoindre le miroir qu’elle avait aperçu. Ce gilet était très mignon. Elle l’enleva et commença par fureter presque timidement. Elle trouva un petit haut à manches longues, bleu nuit, presque violet. Le col était rond et large, surpiqué de plumes de cygne. C’était adorable et doux, elle le garda sous le bras également. Poursuivant, elle se dirigea vers des vestes en cuir, d’autres en peaux retournées. La vendeuse se leva et la débarrassa, sans mot dire. Elle retourna derrière son comptoir, posant les affaires près d’elle. Patty apprécia vraiment sa discrétion et choisit une veste claire… Parme, elle s’étonna elle-même d’opter pour cette teinte. Elle lui allait parfaitement. Elle hésita, mais la déposa tout de même près du reste.
-Je ne sais pas, je ne prendrai peut-être pas tout…
-Ho, faites. Profitez tant qu’il n’y a pas d’autres clients. C’est rare de ne pas être dérangée, d’être seule et de pouvoir essayer à tout va.
Patty poursuivit, mais rien d’autre ne l’attira, elle se décida donc.
-Combien vous devrais-je pour ces trois pièces?
-Voyons, une. deux… Je vous fais le tout pour 70 euros… C’est le début de la journée…
Patty ne pigea absolument pas, c’était presque la moitié de ce qu’elle devait payer. Le regard de la vendeuse lui certifia que son prix était volontaire, elle lança alors :
-OK, je prends.
La vendeuse emballa le tout dans un grand sac au moment où un gros bonhomme entra.
-Alors Martine? Quoi de neuf?
-Ho, pas grand chose M.Jean, comme d’habitude…
-Bien, je suis en face si besoin…
l’homme s’en retourna aussi vite qu’il était arrivé.
-C’est le patron, ça fait cinq ans que je bosse pour lui… Il est très gentil. Voilà mademoiselle, votre sac, et votre monnaie.
-Et bien merci beaucoup, je reviendrai.
-OK.

Si c’était une façon d’accrocher de nouveaux clients, cette petite était drôlement douée, car Patty ne manquerait pas à sa parole, elle reviendrait. C’était marrant et rassurant. Dans ce monde de brutes, il y en avaient encore qui se tenaient à leur statut d’êtres vivants, normaux… l’appât du gain était pourtant l’une des principales causes de la dégénérescence humaine. La preuve que le pire pouvait aussi servir à préserver certaines valeurs. Cette vendeuse ne venait-elle pas de faire preuve d’une certaine générosité… Elle aurait pu lui faire une remise moins forte, cela aurait eu le même effet. Non, Patty lui avait peut-être plu. Ou peut-être s’offrait-elle une BA au centième client, une superstition. Allez savoir? Quoi qu’il en soit, sa centième cliente présumée ne s’en plaindrait guère. Sans ça, elle ne se serait pas tant gâtée. Avant de quitter les puces, Patty craqua pour un second petit haut en jersey gris. Un fil d’argent courait dans la laine et ce scintillement modéré l’avait accrochée… C’est ce qu’elle mettrait certainement tout à l’heure.

Quand elle arriva à Bastille, elle s’arrêta pour prendre un grand crème sur une terrasse. Sirotant son jus chaud, elle réalisa qu’elle était idiote, elle aurait pu aussi bien rentrer se le faire à la maison. Elle avait oublié qu’elle ne vivait plus dans la petite chambre mansardée qui lui sortait tellement par les yeux et qui lui avait donné cette mauvaise manie des troquets et brasseries. Tant pis! Cependant et dorénavant, elle y penserait, quelques menues économies ne pourraient en rien lui faire de mal.

De retour, elle trouva Eloïse en peignoir, les cheveux dans une serviette, les joues encore toutes rosées du bain qu’elle venait de prendre.
-Salut la miss. Dis donc, tu t’es levée avec les poules!
-Oui, je suis allée aux puces.
-Ha? Sympa. Je petit-déjeune… Café?
-Oui, je veux bien… J’aurais su, j’aurais pris des croissants.
-Et ma ligne alors?
-Ce n’est vraiment pas un souci à priori…
-Tu as trouvé des trucs?
-Oui, oui.
Patty montra ses affaires et l’autre la certifia de ses bons choix. Quoiqu’elle lui ait dit la veille, leurs affinités étaient évidentes et ni l’une ni l’autre ne semblait être surprise. A peine vingt-quatre heures et elles se parlaient comme de vraies copines. Tant mieux. Elles discutèrent un moment, puis Patty se décida à aller se préparer. Eloïse s’adonnerait à un cocooning très appliqué toute la fin de journée.

Dans sa chambre, Patty étala ses achats sur le lit. Ensuite, jetant un œil à la petite coiffeuse, elle eut un éclair de malice. Elle alla chercher de quoi la nettoyer dans le petit cagibi. Elle attrapa ensuite la grosse boîte à chapeau, y prit la trousse de toilette et en sortit tout le petit nécessaire de maquillage. Elle fut émue, mais loin d’être triste. Sur ce, elle fila dans la salle de bains prendre une bonne douche, n’oublia pas sa rituelle douche froide et se sécha en se frottant énergiquement. De retour dans sa chambre, elle tira la coiffeuse près du lit où elle s’assit et commença la petite séance qui lui avait traversé la tête une demi-heure plus tôt.
Crème… Un peu de poudre, pas trop… Eye liner, doucement, pas trop non plus… Rimmel… Brillant à lèvres… Roses à joues… Voilà. Et bien c’était vite réglé. Elle avait cru que ça lui prendrait des heures, tu parles, le temps d’y penser et c’était fini. Elle n’avait pas l’habitude, mais cela lui convenait tout de même. Ses cheveux étaient presque secs, elle prit un peu de gel et structura sa coupe. Pas mal, pas mal du tout.

Elle enfila ensuite son jean, son petit haut finement argenté, ses petites bottines plates… Terminé. Patty tenta de se voir en pied, mais le miroir de sa coiffeuse n’était pas suffisant, elle se décida alors pour celui de l’entrée. Elle n’eut pas franchi sa porte qu’Eloïse la reçut d’un sifflement.
-Super! Au poil.
Patty rougit un peu et davantage quand elle aperçut son reflet. C’est vrai qu’elle était mignonne!

 

CHAPITRE 8

A peine Patty mit-elle le nez dehors, qu’elle eut le sentiment d’être marquée d’une croix… Comme si elle avait écrit sur son front qu’elle avait changé de look, ou qu’elle portait un énorme écriteau le spécifiant. C’étaient les regards que lui avaient lancé les quelques passants croisés qui lui avaient soufflé cet état d’esprit. En sus de cette veste décidément claire, avec laquelle elle se sentait presqu’immaculée, comparé à son habituel pardessus noir… Il fallait bien admettre que son joli minois ne passait pas inaperçu… Étonnamment et bien qu’un peu gênée, elle était finalement plutôt flattée. Pour un premier essai dans le rôle d’une vraie fille… C’était rassurant. Elle n’avait pas l’air idiot et pouvait donc se pointer en toute sécurité à son rendez-vous.
Ce fut dans le métro qu’elle prit davantage conscience de l’importance d’une tenue. Pas de doute! Cette veste lui allait parfaitement… Il y avait aussi ces petites bottines, qu’elle ne mettait pas si souvent. Elle avait bien tort. Elles obligeaient différemment son maintient et de se tenir droite influençait positivement son allure. C’était bien la première fois qu’elle cherchait à se donner une contenance, parce qu’intimidée. Elle y pensait tellement, que l’attente dans la tram lui parut infinie. Elle avait l’impression que tout le monde la braquait.

En réalité, on la contemplait plus qu’à l’accoutumé, certes, mais pas outre mesure. Quand vous êtes jeune et jolie, il y a toujours quelques hommes et autant de femmes pour l’apprécier. l’Humain admire souvent ce qui peut l’être. Là, elle avait l’air d’être dans le vent, et les coloris qu’elle portait proclamaient en quelques sortes la fin de l’hiver. Celui-ci avait justement été pluvieux, venteux et tout ce qu’il faut pour laisser encore une sale impression… D’ailleurs, malgré l’annonce du printemps, le ciel ne paraissait guère plus clément… Les gens goûtaient donc prématurément à quelques beaux jours, grâce à ces jeunes qui osaient braver la grisaille quotidienne de Paris. Patty faisait partie de ces quelques rayons qui les illuminaient un court moment… Mais n’exagérons rien, ceci de façon très furtive et égoïste… Le citadin des grandes villes a autre chose à faire que de s’extasier, surtout sur autrui.
Pour Patty, c’était tellement nouveau, qu’elle focalisait un peu trop. La sonnerie de la rame retentit, et les portes claquèrent. Elle s’asseya et osa enfin lever les yeux pour mieux regarder autour d’elle. A sa droite, une jeune fille lui sourit… A côté, un homme la regardait effectivement, mais sans vice… La plupart étaient plongés dans leurs bouquins, ou comptaient les lumières qui défilaient dans le tunnel… d’autres criaient à tue-tête, histoire de se faire entendre par leurs interlocuteurs. Bref, le pire était passé, Patty pouvait souffler, elle n’était pas l’extraterrestre qu’elle avait

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