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ROMAN CONTEMPORAIN "REALITY SHOW " - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF, POUR S'IMPRIMER LE MANUSCRIT

Reality Show est déposé à la SDGL, et la couverture emareva© est déposée également. Une charte protège autant les auteurs que leurs lecteurs, Éditions emareva, Blogs d'auteurs et Promotion d'auteurs se voulant clair dans ses prérogatives.

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cœur tantôt de la jungle, tantôt des savanes, rencontrant parfois d’autres tribus, mais ne se fixant jamais. Un Rahan au féminin, en quelques sortes. Pour ne pas être accusée de simple plagiat, plutôt que d’en faire un inventeur de génie, Patty lui avait donné moult pouvoirs occultes. Qu’elle découvrait d’ailleurs en même temps que le faisait son personnage. A force, cette guerrière avait compris le langage des étoiles, devinait celui des animaux, connaissait celui des plantes. Elle étudiait consciencieusement leurs propriétés et savait en user brillamment. Après une flopées d’aventures, elle retomberait presque par hasard sur le territoire de son village natal. Patty cherchait un truc, un événement qui mettrait cette femme en conflit avec celui qui l’avait exilée. Elle défierait sans vergogne ce sorcier et prouverait avoir plus de connaissance, de potentiel que lui. Enfin, les villageois chasseraient cet intrus mis à nu et la miss serait élue comme le nouveau sorcier. Peut-être que le chef voudrait l’épouser, mais elle refuserait et poserait une condition du genre, “J’épouserai le guerrier qui vaincra les démons des trois collines et qui me rapportera leurs têtes.” Cette fin suggérait une suite, et Patty trouvait bien d’allécher son lecteur…
Peut-être que le correcteur apprécierait également et la noterait bien, pour qu’elle remporte le concours et qu’il connaisse la suite de cette B.D. Tout ceci c’était du rêve, mais ça la motivait pour faire de son mieux. Le premier prix était une embauche dans cette maison d’édition et, comme tous les autres, elle la voulait. En attendant elle illustrait cet épisode avec beaucoup d’attention, imaginant déjà les suivants et même la collection totale. Celle qui s’arracherait à prix d’or quand elle serait morte. Idiote. Enfin, il est vrai qu’elle avait un sacré coup de crayon et que ces pin-up, ces mâles musclés à souhait, ces fauves et ces décors avaient une touche bien particulière.
Patty peaufinait chaque détail, se plongeant dans l’étude de maintes légendes, afin d’apporter une authentique pointe de mysticisme tant à son récit qu’à ses illustrations. Elle s’était également constitué un vrai herbier, décrivant les caractéristiques de chaque échantillon qu’elle y avait soigneusement placé, dans une petite pochette plastifiée. Pour compléter cet almanach improvisé, elle faisait un tas de marchés, pas mal d’herboristeries, questionnait sans ambages les apothicaires, jusqu’à réunir le plus d’infos possible. A vrai dire, elle-même était bien intéressée et commençait à pratiquer. Quelques infusions, inhalations, baumes ou onguents lui étaient déjà familiers.

Hélas, ce jour là, l’inspiration n’était pas au rendez-vous. A midi, elle n’avait même pas achevé sa page. Elle n’arrivait pas à avancer ses textes non plus. Consciente de piétiner, et ne voulant pas gâcher le travail déjà abattu, elle était allée trouver son prof. Elle ne lui avait rien caché de son anxiété et du pourquoi de cet état. Elle lui avait simplement demandé de quitter la classe, pour se rendre à Beaubourg. M. Lévy la connaissait et savait qu’elle était sérieuse. Il le lui avait accordé.

Aux Halles, elle fit d’abord un grand tour. Les fripes, les chaussures, les bijoux, elle regarda tout, sans rien voir, ni acheter. Ensuite elle fit les disquaires et les carteries. Si, là elle pris une cassette de Janis Joplin, qu’elle glissa d’ailleurs directement dans son baladeur. Elle se ravisa aussi rapidement.
-Comment vais-je entendre mon phone?
Presque agacée d’être si nerveuse (Il y avait le vibreur). C’était vrai, il y a encore deux mois, l’idée de déménager ne l’avait pas encore démangée. Et aujourd’hui, il fallait que tout se fasse. Mince! Des co-locations, il y en avait dans tout Paris. Si elle loupait celle-ci, elle en trouverait une autre. “Une de perdue, dix de retrouvées” se dit-elle, mais sans trop y croire. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait le sentiment que cette fille avec son appart était une affaire. Qu’en la ratant, elle passerait à côté d’autre chose. Quoi? Pff? Comment aurait-elle pu expliquer ce genre de vision tout à fait farfelue. Tout ça parce qu’elle avait un petit faible pour cette rousse… Quelle misère! 17h sonnèrent et elle s’accorda une pause goûter. Elle n’avait rien avalé de la journée et commençait à voir des petites étoiles. Elle s’assit dans un troquet en face de Beaubourg et prit un grand-crème, accompagné d’un jambon-beurre. Une heure plus tard, elle décida de rentrer. La bibliothèque ne l’intéressait guère, pas maintenant et elle avait assez de documentation pour biaiser son prof, si nécessaire.

Elle eut à peine le temps de repousser la porte de sa piaule que son portable sonna. Prise d’une panique ridicule elle s’emmêla les pinceaux et au lieu de tout simplement sortir l’appareil de son sac, elle se débarrassa d’abord de celui-ci, ce qui lui valut d’accrocher la boucle de la bandoulière à son pull, les nerfs aidant, elle s’en dépatouilla très mal, et finit par se retrouver au bout du fil, dans ce méli-mélo peu confortable.
-Allo?
-Oui, bonjour. Patty?
-Oui, c’est moi-même.
-C’est Eloïse, je vous rappelle comme convenu.
-Oui, Oui.
En réalité, Patty se dépêtrait tant bien que mal, essayant de se délivrer de ce sac qui pendouillait à son pull, et qui non seulement l’étranglait tout en promettant de faire un accroc irréparable à son tricot préféré (Cadeau de Marielle). De l’autre côté, son interlocutrice prit ça pour une franche hésitation… Cela ne lui plut aucunement. Patty était la candidate idéale… Certes, son look était spécial, mais il émanait d’elle une éducation certaine qu’elle n’avait pas même entrevue chez les autres postulants. Elle tenait à sa tranquillité et à son appartement, le seul capital qu’elle ait. Une fille plutôt solitaire, visiblement douce et retirée, était exactement ce qu’il lui fallait. Au diable l’avarice!
-Il y a un problème? Le loyer? J’en étais sûre!
Patty fut prise de court, pas dix secondes qu’elles étaient en ligne, et voilà qu’elle allait tout foutre en l’air.
-Heu non, c’est que…
-Ecoutez, je veux bien faire une effort. Vous êtes étudiante et travaillez de nuit… Ce qui prouve votre situation pas si facile, mais ce qui me certifie surtout de votre courage. Je descends à 150 par mois, je ne peux pas faire mieux.
-Mais, je…
-Tututu… Vous ne m’avez rien demandé, c’est moi qui vous le propose.
-Oui, oui et je vous en suis très reconnaissante…
Patty venait de se libérer et réalisait du même coup le quiproquo qui venait de la servir. Elle choisit de jouer le jeu.
-Je n’aurais jamais osé, mais vous verrez, vous ne regretterez pas.
-Bon, bon, passons. Quand pouvons nous nous rencontrer pour clore le dossier. J’aurais besoin de votre RIB, d’un certificat d’embauche, du chèque de caution et puis c’est tout. En échange, je vous prépare un contrat de location, le bail sera de six mois. Dans cinq, vous saurez si je renouvelle, si c’est le cas, les baux deviendront annuels. Des questions?
-Non, non, tout est parfait. Vous êtes libre demain à la même heure?
-Oui. OK, 17h30. Vous emménagez quand?
-Au plus vite, si vous le permettez.
-Bien-sûr, quand vous vous voulez.
-Je vais voir si mon propriétaire accepte.
-Marché conclu. A demain alors.
-Oui, au revoir.

Yippeeeeeee! Elle avait réussi! Quel bonheur! A ce prix en plus et sans rien faire! Elle attrapa son sac, son pull et les embrassa.
-Merci, merci, petits malins.
Elle ne s’en voulait même pas, tellement elle n’avait rien prémédité. Au contraire, elle était heureuse. Elle entreprit d’aller voir sa logeuse sur le champs. Elle lui avait parlé de son éventuel départ, il y avait de ça un mois. La logeuse ne lui avait demandé aucun préavis.
-Quand vous voudrez partir, vous partirez, on s’arrangera pour votre dû.
On était le 4 mars, encore fallait-il voir ce qu’elle entendait par “on s’arrangera”. Elle sonna à la porte vitrée de la loge. La gardienne souleva le petit rideau et ouvrit de suite. Derrière elle, trois de ses gosses apparurent. Elle en avait cinq et souvent Patty se demandait comment ils faisaient pour tous tenir la dedans. C’était un deux pièces et il y avait le père en plus. Elle n’était entrée qu’une seule fois.
C’était en janvier dernier… elle s’était ni plus ni moins faite alpaguée par sa logeuse qui voulait absolument qu’elle vienne partager leur galette des rois, tout juste sortie du four et faite maison. Patty avait d’abord prétexté quelques politesses pour refuser, mais la logeuse n’avait rien entendu et l’avait carrément poussée dans sa loge. Ses gosses étaient tous là… Ils avaient mangé dans un brouhaha familial peu commun pour Patty, puis avaient disparus les uns après les autres. La logeuse avait alors tapé la causette avec son invitée, lui déballant pratiquement toute son histoire d’immigrée… fière de l’être et de son intégration. Elle n’avait pas oublié de parler de son mari, jusqu’à parler de leur couple, de leur vie, qui du reste ne regardait en rien notre Patty… puis elle lui avait fait visiter son deux pièces… lui expliquant à chaque fois quelles astuces tous usaient pour avoir un minimum de confort. En fait, ils vivaient en quelques sortes par tour de garde, comme qui dirait. Les uns avaient leurs heures de douche le matin, les autres en rentrant de l’écoles, les suivants le soir. Les machines à laver le linge ou la vaisselle tournaient la nuit… question économie… mais aussi pour que tous aient de l’eau chaude lors de leur toilette. Les uns étaient aussi chargés de vider les machines, tandis que leurs frères et sœurs se réservaient la corvée d’étendre le linge ou une autre. Bref, cette bonne femme menait sa famille à la baguette, et tous avaient à la base un rôle pratique tout défini… Cela dit, c’était en théorie, car finalement plus ses enfants grandissaient moins ils en faisaient et elle se retrouvait seule devant le labeur de sa loge et maisonnée. Son mari était indolent. Il travaillait et rapportait les sous. A la maison : sa principale activité : la télé. Les seuls moments où tous étaient en même temps chez eux, étaient les repas et la nuit. Là, le deux pièces se transformait en dortoir : le canapé pliant de la loge emplissait alors tout l’espace, puis un lit super

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