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Alors pour ce qui est du RMI, il avait quand même bien exagéré. Enfin, là, il visait d’autres objectifs et la tâche s’annonçait vraiment laborieuse. Il voulait se frotter au cinéma, où il était justement un pur inconnu. Quand bien même quelques-uns tiquent sur son nom, beaucoup désapprouvaient ces sitcoms, “vides de sens et cupides”. Tous ne le sont pas… mais voilà, un cliché le reste, justement parce que s’en est un. Et comme dans tous les métiers, ça aide autant à faire mousser qu’à défriser. Bref, contrairement à ce qu’il connaissait jusqu’à présent, les portes ne s’ouvraient pas à lui et il ramait.
Il mentait souvent à propos de sa profession, néanmoins il pouvait s’en expliquer. D’une part, l’expérience lui avait appris à la taire. Une fois qu’ils savaient, en général ses interlocuteurs perdaient tout de leur naturel, ne gardant en tête que l’hypothèse d’un rôle, même de figurant. D’autre part, il avait besoin d’observer sans être vu. Jamais on ne lui raconterait sincèrement des bribes de vie si on savait qui il était. Soit on embellirait, soit on exacerberait les faits. Déjà qu’il était difficile d’entendre des récits dépourvus de tout rajout, alors imaginez.
Son boulot, c’était le seul gros mensonge qu’il faisait. Au global, il se voulait plutôt droit, et détestait la filouterie. Oui d’accord, il s’accordait quelques écarts au virtuel, mais restait toujours de bonne foi malgré tout. Les salons de discussions sur le net étaient de réels puits d’informations, et il s’amusait trop souvent à revêtir un rôle selon tel ou tel pseudo. Par contre, cela toujours dans le but d’étoffer ses carnets. Il n’avait jamais trahi les “amis” qu’il s’était ainsi faits, et se doutait qu’eux-mêmes ne devaient pas se priver. Ainsi est fait le panorama qu’offre le réseau.
Ce soir il avait tout de même poussé le bouchon, et c’est vrai qu’il avait un peu honte. Son personnage l’avait emporté et il avait bien dû le remuer ce Piquick. Il n’était guère dans la dèche comme il le prétendait, et la compassion de son ami l’avait touché. Il s’était senti piteux à le titiller ainsi dans le seul but d’aiguiser ses profils. Enfin, peut-être que l’autre s’amusait-il aussi. Allez savoir? Ceci dit, il en doutait. C’est peut-être pour cette raison qu’il poussait si loin ce Leodivinci. Plus l’un se pommait, plus l’autre se dénigrait et cela le laissait entrevoir quelques facettes d’un milieu qu’il ne pouvait observer que dans les cafés ou la rue. Jamais dans son intimité. Piquick l’avait en quelques sortes infiltré dans ces demeures sordides et il voulait affiner les figures qu’il s’en faisait.
Rick s’était finalement assoupi… La discussion avec Piquick était loin, et ses rêves allaient plutôt être bousculés par tout ce qu’il s’était remémoré. Demain serait un autre jour. Il devait passer prendre Anaïs à l’aéroport et se faisait une joie de recevoir sa frangine. Ils ne s’étaient pas revus depuis Noël dernier, qu’ils avaient passé au ranch, et ils auraient un tas de trucs à se raconter.
CHAPITRE 3
10h10. Rick avait une bonne demi-heure d’avance, en plus le vol d’Anaïs était annoncé avec du retard, comme d’habitude. Quelle que soit la compagnie choisie, Rick n’en retenait pas une qui soit irréprochable à ce niveau, surtout sur les longues distances. Il avait donc le temps d’acheter des cigarettes et de jeter un œil dans les boutiques. Il n’avait rien pris pour sa sœur et ne voulait pas avoir l’air bête. Il la connaissait trop bien, elle ne viendrait pas les mains vides. Le fait qu’il lui eut arrangé un petit nid douillet était tout naturel. Il voulait simplement une petite gâterie plus personnelle, la cerise sur le gâteau!
Sa petite balade fut vite réglée. Les voyageurs abondaient et notre ami, n’ayant aucune envie d’un bain de foule, s’était dirigé vers la première parfumerie en vue pour prendre un 500ml de Chanel. C’était peu original, mais au moins il était sûr de faire plaisir, si tant est qu’Anaïs n’ait pas été lassée. Il ne lui avait jamais connu d’autres fragrances que le n°5, ce depuis son premier voyage en France, à quinze ans. C’est vous dire.
Il s’en retourna devant le panneau d’affichage, en profitant pour s’allumer une clope. Il était tombé en panne cette nuit, et son sevrage de la matinée n’était guère fait pour lui plaire. Cela ne lui arrivait jamais, il s’était fait piéger à cause de cette nuit passée à cogiter. Dorénavant, il ferait attention à ne pas épuiser sa réserve. Il avait toujours une cartouche d’avance et se demandait encore comment il avait pu la griller sans s’en apercevoir. Même dans la voiture il n’avait pas déniché l’once d’un paquet, si bien qu’il tira une longue bouffée sur cette cigarette salvatrice et la consuma en cinq sec. Celui qui viendrait la lui faire écraser sous prétexte d’être dans un lieu public risquait gros.
Le panneau n’indiquait rien de nouveau. Rick n’avait plus qu’à prendre son mal en patience. Il se dirigea vers la brasserie et y commanda un café bien serré.
Ce ne fut que deux tasses après et quelques mégots de plus, que le petit écran suspendu au plafond lui annonça le vol. Il paya sans grande hâte, se ralluma de quoi entretenir ses poumons et fila vers le hall d’arrivée. Les passagers d’une autre provenance finissaient de sortir. Rick trépignait.
Il adorait Anaïs. Etait-ce le différend qui les avait opposés à Miranda dès leur plus jeune âge qui avait cautionné cette réelle complicité? Il ne saurait en être si sûr. Mais à elle, il pouvait tout raconter. Plus qu’à n’importe qui d’autre. Même quand elle avait quitté la Louisiane, ils avaient gardé contact, s’écrivant ou se téléphonant au moins une fois par semaine, quand ils n’usaient pas journellement du Net. Quant il avait quitté le continent, il s’était dépêché d’acquérir un portable, doublé d’un forfait internet. Leurs e-mail étaient quotidiens, et ils se rejoignaient parfois pour quelques discussions en direct. Hélas, son avocate de sœur était loin d’avoir un emploi du temps aussi léger que le sien. Ces escapades virtuelles en direct se faisaient rares.
Enfin les premiers voyageurs sortirent. Rick sautait de visage en visage, ne cherchant que celui si attendu. Il s’attardait parfois sur une femme au même teint ou aux cheveux auburn, comme si Anaïs avait pu changer de tête en trois mois. Enfin, elle apparut. Elle était splendide, comme d’ordinaire. Une petite femme, toute menue et au corps parfait. Cette fois-ci elle avait passé un jean, histoire d’être à l’aise. Il sculptait parfaitement le galbe de ses cuisses et de ses hanches. Immédiatement se faisait l’envie de savoir quel genre de femme cachaient ces grandes lunettes de soleil. Elle avait un petit blaser en peau de serpent et au col de renard, et ses longs cheveux retombaient en arrière, comme une réelle crinière. Elle avait tout de Laïla, sauf sa peau aussi blanche que du lait.
Qui supposerait qu’elle tenait tête aux procureurs et avocats les plus vicieux de la côte californienne? Elle aperçut son frère et lui fit un petit signe de main tout en le rejoignant.
En l’embrassant il l’a décolla du sol. Lui, ressemblait trait pour trait à son père et le grand gaillard d’1m90 qu’il était s’amusait toujours à la saluer ainsi. A elle, cela ne lui plaisait pas trop. Elle le tapotait toujours sur l’épaule pour qu’il la repose. Il exagérait, déjà qu’à côté de lui elle se sentait minuscule! Pourtant elle prenait bien soin à chaque fois de se parer au mieux. Aujourd’hui, elle portait des bottines aux talons de huit centimètres. Tu parles, elle lui arrivait à peine aux aisselles. Heureusement que ce contraste avait sévi très tôt et qu’elle s’y était familiarisée, espérant chaque année que son frère achèverait là sa croissance. Elle avait rêvé.
Visiblement ils étaient aussi heureux l’un que l’autre.
-Tu es ravissante, on ne croirait pas que tu aies pris un vol de nuit. As-tu dormi? Ton maquillage est parfait!
-Toujours le sens du détail, je vois. J’ai somnolé un peu, mais j’ai surtout regardé la TV. Pour une fois ils projetaient un bon film. Et puis ma maquilleuse ma accompagnée, ironisa-t-elle gentiment.
-J’espère que tu vas vite accuser le décalage…
-Oh, ne t’inquiète pas, c’est rare que je me traîne. J’aurais du mal en fin de journée, n’ayant pas fait ma nuit, mais demain il n’y paraîtra plus. Il suffit que tu me laisses me coucher assez tôt. Si tu daignes me l’accorder.
-Pourquoi dis-tu ça?
La question était de mauvaise foi, il savait que ce serait le premier à espérer une nuit blanche. Il en avait tellement à lui raconter. Pour toute réponse, elle rit simplement. Elle indiqua le tapis où ramasser ses bagages et il la suivit, toujours un peu ému. Ses valises ne tardèrent pas, puis ils filèrent au parking.
Il avait toujours sa première voiture. Une coccinelle orange qu’il ne vendrait pour rien au monde. D’ailleurs elle paraissait toujours sortie du garage. Rutilante et en parfait état. Il poussait jusqu’à ne jamais écraser ses cigarettes dans le cendrier prévu à cet effet. Non, il préférait baisser sa vitre, passer la main dehors, bien bas pour éviter tout incident idiot, et les jeter sur le bitume. C’était guère écologique, mais c’était ainsi. Anaïs étant non-fumeuse, le problème ne se posait pas. Il ne la polluerait certainement pas.
Il mirent plus d’une heure pour atteindre les portes de Paris. Les routiers avaient choisi leur jour pour faire grève et ils faisaient une opération escargot, bloquant toute la périphérie de la capitale.
-Toujours les mêmes ces français. Si ce ne sont pas les routiers, les transports prennent la relève, les enseignants, même le corps médical ou les avocats s’y mettent.
-Ils ont certainement leurs raisons.
-Quoi? Toi? Leur trouverais-tu des excuses?
-Et toi? Te permettrais-tu de critiquer un peuple pour lequel tu as quitté ton sol natal?
Sa sœur le taquinait toujours ainsi. Elle ne lui pardonnait que difficilement d’être parti si loin, bien qu’elle respecte ses choix. Elle-même avait quitté le nid familial pour suivre ses études, puis finir par emménager avec son Gary.
-Non, tu sais bien que j’aime ce pays. Mais parfois ils exagèrent, surtout les syndicats. Tu aurais vu le bordel qu’ils ont foutu il y a quelques années. Les transports ont fait la grève presque tout l’hiver. Je dois les surestimer, mais je sais qu’ils nous ont emmerdés un bon moment. A l’époque j’avais un tournage à Fontainebleau. Je mettais quatre heures uniquement pour sortir de Paris. A la fin, on a baissé les bras et loué un hôtel de campagne. On perdait plus d’ar
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