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ROMAN CONTEMPORAIN "REALITY SHOW " - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF, POUR S'IMPRIMER LE MANUSCRIT

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sion et en plus de trimbaler constamment son matériel en bandoulière, il avait investi davantage et acheté tout le nécessaire pour faire des montages, mixer les sons et devenir réalisateur en herbe. Voilà, voilà, de fil en aiguille, à chaque fois pris de cours par l’ingéniosité maligne de Miranda, l’habitude de la filmer presque au quotidien s’était installée. Il voulait définitivement la mettre hors circuit… qu’elle ne nuise plus à quiconque, ni en douce, ni d’aucune façon qu’il soit. Chaque matin, il mettait la veille en archive et rechargeait une cassette vierge… Et hop, c’était reparti dans la série “frasques d’une jeune dévergondée…” ou “débilités d’un petite vipère…”… En tout cas, il filmait sans retenu cette diablesse alors qu’elle s’adonnait à ses petits vices journaliers. Salir consciencieusement le linge en train de sécher derrière la maison. Piétiner les parterres et arracher les pétales des roses dans la serre de maman. Piquer du poivre dans la cuisine pour le mélanger au tabac de papa. Monter le bouton de la cuisinière pour être sûre que le repas brûlerait. Tuer les oiseaux et décrocher leurs nids à coups de lance-pierres. Irriter les chevaux avec ce même lance-pierres, mettant la vie du palefrenier presque en danger. Incorporer délicatement du poil à gratter dans le poudrier de sa sœur. Gorger d’asticots les chaussures de son frère. Arracher les moustaches des chiens pendant leur sommeil, au risque de se faire mordre. Parsemer les alentours du bassin de punaises, pas trop… juste assez pour qu’il y ait quelqu’un de temps en temps qui s’en plante une… Bref un florilège dont ses parents n’auraient jamais pu se douter. Mais Rick voulait attendre, malgré l’insistance d’Anaïs pour qu’il montre déjà ce qu’il avait en stock.
Miranda n’avait guère tarder pour leur donner l’occasion d’utiliser cette bande. Ce fut pendant ce fameux été, en 1984. Ce jour là, toute l’équipe de cow-boys s’affairait à marquer au fer chaud le nouvel arrivage de jeunes bovins. En général, les enfants aimaient y assister et s’installaient sur les barrières non loin de là, mais assez pour éviter tout incident. Dans l’après-midi, Rick et Anaïs avaient repéré l’œil malicieux de leur cadette et aussitôt, flairant le coup, ils l’avaient guettée. Ils avaient eu raison.
A force de malveillance, cette petite teigne s’était mis en tête de marquer Johnny et Walker, leurs deux chiens. Elle avait allumé un petit feu à l’arrière de la grange, dans un petit baril de métal, récupérant les braises du barbecue de midi. Elle avait piqué l’un des vieux fers accroché parmi les autres et l’avait plongé dans le charbon, avant de partir en quête de ses victimes. Rick et Anaïs l’avait surprise tandis qu’elle revenait tirant brutalement Walker par le collier. Ils l’avaient suivie, espérant comprendre et ils avaient vite saisi. La petite était en train d’accrocher le beauceron avec une grosse chaîne, lui expliquant ce qu’elle avait entrepris et lorgnant son baril. Le chien ne se laissait pas vraiment faire, mais on l’avait dressé et jamais il ne se serait rebiffé, surtout pas contre la gamine. Il se laissait donc malmener, tout en émettant quelques grognements de mécontentement comme de peur. Aussitôt Anaïs s’était interposée. Mais, prise la main dans le sac, la petite s’était emportée, se déchaînant contre sa sœur. Elle avait saisi le tisonnier et lui avait promis de la gratifier d’un beau marquage si elle ne la laissait pas faire. Puis, repérant l’armoire des fusils de chasse, elle s’était littéralement jetée dessus pour en attraper un, qu’elle avait immédiatement braqué sur sa soeur ainée. S’avançant jusqu’à elle, elle avait posé le bout de canon sur son front.
-J’ai bien envie de te tirer une balle entre les yeux. Avait-elle alors soufflé d’un ton glacial.
Anaïs s’était douté qu’accessibles, du moins l’avait-elle espéré, ces fusils n’étaient pas chargés. Mais le métal alors aussi glacial que celle qui tenait l’arme, lui avait refroidi le cerveau, jusqu’à saisir son cœur… Elle n’oublierait jamais… Elle avait bien failli se pisser dessus.
Ressentant la folie qui animait Miranda, Rick avait crié de tenir bon, puis avait filé prévenir tout le monde, n’omettant pas de planter là sa caméra. Cinq minutes, même pas, s’étaient écoulées, elles avaient suffi pour que le drame se produise. Le tisonnier jeté par Miranda avait mis le feu à la paille éparse partout dans la grange. Certes, cela avit libéré la grande du fusil qui pointait sur elle; mais ça les avait jetées toutes deux, y compris le chien, dans un brasier étouffant et brûlant. Prises de panique, aucune ne pensa à se sauver. Anaïs avait attrapé son chien pour essayer de le délivrer, l’autre hurlait comme tétanisée.
Des flammes crépitaient déjà de partout, embrasant presque tout le fond du hangar. Miranda était surexcitée et criaittoujours à tue-tête, tout en pleurant de chaudes larmes. Les hommes étaient entrés pour évacuer les animaux, pendant que d’autres tentaient de les diriger vers l’enclos, tout en les calmant. Tous hurlaient de récupérer les gosses et s’affairaient pour trouver une issue non enflammée, en même temps qu’ils évacuaient le bétail. Une fois à l’intérieur, cela s’était avéré plus ardu. Anaïs était au milieu des flammes, se débattant pour délivrer Walker... Miranda était maintenant muette, pétrifiée. Tout le monde avait paniqué… Grâce à Dieu, Harry, le contremaître, ne s’était laissé impressionner que quelques secondes. Il s’était ensuite lancé au travers des flammes, Dereck l’avait suivi. De ses grosses mains, le premier était vite venu à bout des chaînes grossièrement enroulées autour du cou du chien, avait arraché la jeune-fille du sol, attrapé le chien, puis il s’était replongé dans les flammes, pour en ressortir en héros. Suivi du père et de la seconde gosse. Les pompiers étaient arrivés, et tous avaient regardé le feu terminer d’engloutir le bâtiment sous les jets des lances salvatrices.

La soirée promettait d’être tristounette et le père de Rick avait proposé de tous manger ensemble, comme pour amender sa fille. La salle commune, réservée à ce genre de réunions, était dotée d’une table de banquet qui permettait de tel repas. En ces occasions tout le monde mettait la main à la patte.
Quand Rick et Anaïs avaient voulu expliquer le comment de cette affaire, les pleurs et la moue de Miranda avaient de nouveau manqué de les faire passer pour de sales gamins. Malgré le fait d’avoir trouvé le chien enchainé dans la grange, personne ne pouvait admettre les intentions réelles de Miranda. Rick et Anaïs avaient pourtant tenté de présenter les choses le plus objectivement possible… Mais les adultes pardonnaient de nouveaux à la gamine, certains tentant même de faire de l’humour… Que faire de plus? La punir! et à la mesure de sa connerie! Rick et Anaïs n’avaient pas lâché prise et avaient fini par brandir la cassette. Les Wilson les premiers avaient été surpris, mais ils l’avaient visionnée, interrompant la soirée. Tous avaient purement été abasourdis... Pourtant, hormis les maîtres du logis, tous savaient, mais aucun n’avaient imaginé que la petite ait une telle détermination. Après tout, elle était toute jeune. Chacun avait alors secrètement remercié ces deux jeunes d’avoir démasqué ce parasite qui leur en faisait voir de toutes les couleurs, presque depuis son premier jour au ranch. La punition serait au prorata de la catastrophe engendrée. M. et Mme étaient plus que bienveillants, mais ils n’étaient pas idiots. Il fallait nécessairement que leur fille juge de la gravité de ses actes. Il ne s’agissait plus de bêtise, elle avait pensé, même tenter, de porter atteinte à la vie d’autrui; en l’occurrence à celle de sa propre sœur… Aucune excuse n’était recevable. Tristes, retournés, les parents n’arrivaient pas encore à se faire à cette idée, mais leur décision était prise : Miranda allait passer toutes ses vacances en maison de redressement. Hélas, jamais plus les choses ne seraient les mêmes.

Ainsi mise au jour, à son retour, Miranda n’avait plus eu de raisons de se planquer. Bien au contraire, c’était presque si elle avait pris la décision d’être pire encore que le monstre qu’ils avaient insinué qu’elle était. Elle n’avait pas pardonné ce séjour en maison de correction, où elle avait du reste rencontré d’autres fortes têtes. Ce qui n’était pas excellent, elle y avait puissé toute l’amertume et le vice qui feraient d’elle celle qu’elle deviendrait.
Rick comme ses parents, ou même tous les gens de la maison n’auraient plus de cesse que de la surveiller. Mais ce serait en vain. l’adolescente était décidée à leur faire payer et était devenue bien plus maligne. La pension avait laissé croire qu’elle se calmerait. Tu parles! En une année elle en avait écumé six. Réputées les plus sévères de la région, elles n’avaient réussi qu’à attiser la haine de cette gamine. Elle aimait ignorer les interdits, faire mal, tester ses limites comme celles des autres et plus rien ne la raisonnerait... Pour elle, la vie ne consistait qu’à éprouver les autres. Comme si de blesser quelqu’un était une victoire qui la renforçait. Le quotidien du ranch s’était fait aux frasques de cette calamité, et quand l’accalmie se faisait trop longue, tous craignaient la catastrophe augurée. Une vraie teigne, et fière de l’être.

Rick avait quitté les Etats-Unis à vingt-deux ans, pour continuer ses études en Europe. Il avait un parcours tout tracé, et comptait percer dans l’audiovisuel. Les prises de vues qu’il avait faites de sa sœur l’avaient-elles marqué jusque là? Non, du tout, le virus de l’objectif l’avait contaminé bien avant. Il ne manquerait plus que ça, que cette pétasse y soit pour quelque chose dans sa vocation! Il aurait été capable d’abandonner s’il avait eu le doute un seul instant. Toujours est-il que son père l’avait prié de se munir de quelques diplômes conséquents, afin de se parer pour l’avenir et qu’il l’avait écouté. Cette dernière année le mènerait dans les plus grandes firmes sur tout le territoire outre-Atlantique. Son université préconisait ce genre de stages sur le tas, et toute sa promotion bénéficierait de cet atout majeur.
M.Wilson n’avait pas fait les choses à moitié. Il n’avait pas pour habitude de s’immiscer dans la vie de ses enfants, par contre s’il pouvait les prémunir, il le faisait de son mieux. Son épouse partageait cette conception. Pour eux, ils devaient guider leurs enfants. Il n’était pas question de leur dicter quoi que ce soit. Ainsi, Rick avait-il eu cet avantage d’une initiation optimale, découvrant la trame de ce métier d’abord dans son pays. Hollywood n’était-il pas le sanctuaire? Puis terminant par l’Europe. Sa formation se devait d’être complète.
Moscou, Vienne, Varsovie, Berlin, Milan, Francfort, Amsterdam, Barcelone puis Paris avaient jalonné son périple. Cela devait non seulement présenter aux étudiants la variété des moyens et des styles inhérents à ce secteur; mais ils devaient aussi retenir les fantastiques sites qu’ils visiteraient, les villes dans lesquelles ils siégeraient, les endroits, les gens… Tout, tout ce qui pourrait leur servir plus tard pour agrémenter un scénario.
Il avait commencé sa carrière à Paris, s’affiliant à diverses séries de renom. Il aurait pu retourner au ranch, où son père espérait encore qu’il prenne la relève. Mais Rick voulait tâter du monde et Dereck, son père, respectait ce choix. Rapidement, son talent avait été reconnu et aujourd’hui, à trente et un ans, il pouvait se targuer d’être indépendant.
Enfin, en ce moment, c’est vrai qu’il piétinait. Non pas pour placer ses toiles dans quelques salles, il n’avait jamais touché un pinceau hormis à l’école; ni parce qu’il manquait de sous, mais parce qu’il cherchait un producteur. Jusqu’à présent, il n’avait eu aucun mal à se placer et deux de ses œuvres passaient quotidiennement sur le petit écran.

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