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ROMAN CONTEMPORAIN "REALITY SHOW " - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF, POUR S'IMPRIMER LE MANUSCRIT

Reality Show est déposé à la SDGL, et la couverture emareva© est déposée également. Une charte protège autant les auteurs que leurs lecteurs, Éditions emareva, Blogs d'auteurs et Promotion d'auteurs se voulant clair dans ses prérogatives.

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bêtises. Même les animaux ne sont pas libres. Sauvages ou domestiques, ils dépendent des mêmes règles que nous. Ils ont encore quelques savanes ou jungles où exercer leur instinct, mais celles-ci se réduisent si vite…
C’était très souvent que Patty partait ainsi dans de longues introspections. Pourtant, cela faisait longtemps qu’elle avait arrêté de mégoter. l’an dernier, quand son amie s’était embringuée dans la came et qu’elle s’y était noyée. Ce jour là et les suivants, elle ne les oublierait jamais. Une si jolie fille, étendue dans ce cercueil, les joues à peine creusées, les yeux clos… Et puis tous ces pleurs, ces gens… Sa famille… Que leur dire? Elle était rentrée exténuée, perdue, seule. Elle avait ensuite piquée une colère mémorable. Se tapant la tête contre les murs, se roulant par terre. Non, c’était pas possible, pas Marielle, son seul amour, sa raison de vivre, non, non…Oui, elle s’était tapé la tête dans le mur… au premier choc, elle ne savait pas que ça faisait si mal… au rebond, les yeux rivés aux murs, les étoiles dansant devant ses yeux… elle s’était finalement dit que ça ne valait pas sa douleur… et abrutie, entêtée, elle s’était refracassé la tête dans le mur, comme prise par une frénésie destructrice. Elle avait tapé et retapé, croyant s’ouvrir le crâne. Mais non, c’est plus solide que ça.
Après la tempête, le grand calme. Elle s’était assise, avait eu le réflexe de prendre sa boîte pour s’en rouler un… et le faisant, écœurée, elle s’était rabattue sur une clope, puis une autre. Peu à peu machinalement, elle était allée vers ce qui lui restait de Marielle. Elle avait alors passé la nuit à ranger et nettoyer sa chambre. Réunissant cérémonieusement tout ce qui avait appartenu à la défunte. Les quelques tenues qu’elle laissait là, pour se changer quand elle y passait la nuit. Son maquillage, sa brosse à cheveux. Jamais plus elle ne peignerait cette longue tignasse blonde qu’elle chérissait tant. Elle, avait une coupe à la garçonne, mais cela n’empêchait pas qu’elle interdise à Marielle d’en faire autant. En fermant les yeux, elle se rappela cette chevelure douce et épaisse, son doux parfum, et sa peau de pêche…cette bouche tendre et rosée. Quelle douleur quand elle avait voulu l’embrasser pour une dernière fois. Ses lèvres s’étaient écrasées sur un front tout dur et tout froid… Elle n’avait pas capté, c’était la première fois qu’elle voyait et touchait un mort… et c’était Marielle. Jamais auparavant elle n’avait pensé à ça, elle ne savait pas qu’on mettait les morts au frigo avant de les enterrer, même si c’est ce qu’on voit dans les films. Avant d’y être confronté, on n’y pense pas.
Elle avait tout réuni dans une grande boîte à chapeau, qu’elle avait rapporté quelques années plus tôt de la boutique de sa mère. Même la petite boîte à matos et la petite pipe qu’elles avaient rapportées d’Inde, les photos, et quelques autres souvenirs. Ensuite, elle avait fait la place sur la petite coiffeuse qu’elle lui avait offerte cet été. Le seul joli meuble qui embellisse la chambre. Elle l’avait vu un après-midi en rentrant de ses cours. C’était une coiffeuse vénitienne. Tout dans ces volutes, les petites fleurs, ces couleurs à peine soulignées, ces formes courbes, douces et généreuses à la fois lui avait plu. Elle avait craqué de suite. Fidèle à son métier, l’antiquaire avait accepté plusieurs mensualités et elle était repartie avec. Aujourd’hui, c’est un petit autel, toujours fleuri. Une photo de Marielle dans l’écrin d’une bague offerte, quelques objets… un bouquet. Cette nuit là, elle y avait fait brûler de l’encens et des cierges… Elle avait également brûlé le reste de hasch, les feuilles et tout le petit bric à brac dont elles se servaient, jurant de ne plus jamais retoucher à ces saloperies. Elle aurait même pu alerter ses voisins, tant ça avait fait de fumée dans la petite corbeille… Depuis, le rituel était resté. Souvent elle se recueillait assise à cette petite coiffeuse. Scrutant le miroir, espérant y apercevoir le reflet qui l’aurait réconfortée. Elle ne faisait plus que brûler de l’encens, espérant se replonger dans des effluves connues et savoureuses… mais mêmes si le temps était passé, l’amertume était intacte.
La mort libère peut-être… Même s’il n’y a plus rien après. Au moins il n’y a plus rien qui ne nous contraigne, ou qui ne nous fasse souffrir. Mais dans ce cas là elle libère surtout les morts.

Elle et Marielle s’étaient connues au lycée. Sous une apparence sereine et sage, Marielle était, néanmoins, bien plus revendicatrice que son amie. l’une avait le look rebelle et se vantait d’idées anarchistes, alors qu’en réalité elle était plutôt fragile et pommée. De la seconde on aurait justement pensé qu’elle manquait de caractère, sans qu’il n’en soit rien. Bref, après un premier contact plutôt froid, vu leur manque d’affinités apparent, les choses s’étaient malgré tout précisées. Leur talent évident pour l’illustration les avaient mis en exergue par rapport au reste de la classe dès les premiers cours de dessin, le reste avait suivi tout naturellement. En fait, elles se complétaient, s’équilibraient. Leur style différent mais particulier avait fini de les rassembler. Une chose étaient sûre c’est qu’elles avaient ce goût identique pour la liberté et toute deux l’affichaient suffisamment pour être des personnages assez spéciaux… appréciés ou pas, peu importait… elles étaient ensemble et cela leur suffisait.
Marielle subjuguait Patty, ni plus ni moins. Elle était libre de faire et de penser ce qu’elle voulait, parce que justement elle s’était forgé une conscience qui le lui permettait. Les moyens de ses parents lui évitaient tout souci matériel, et le peu de temps qu’ils lui consacraient la délestait de toute surveillance. Elles s’aimaient d’un amour vrai, franc, entier. Si bien qu’il était resté secret que peu de temps. Evidemment, à quinze ans, leurs camarades avaient été durs et elles s’étaient vu bannies de quelques groupes. Mais elles s’en fichaient. Patty admirait précisément ce j’en foutisme extravagant, extrême et impitoyable. Au fil des trimestres, elle avait appris à faire de même. Si elle avait su l’espace d’un instant ce qui leur pendait au nez! Qu’aurait-elle fait? Rien… pas grand chose… du moins elle n’aurait certainement pas réussi à détourner Marielle de ce qui lui brûlerait les ailes… Marielle aimait jouer avec le feu et s’en targuer… Ses mythes : Jim Morrisson ou Janis Joplin en disaient assez. Si sa conscience subsistait, elle devait même être fière de sa mort… Qui avait en plus défrayé la chronique des faits divers, et fait par la même la nique à ses bourgeois de parents… désespérés de devoir camoufler ou expliquer une OD par d’autres mots que ces deux lettres terribles pour leur réputation.
Marielle avait vécu comme bon lui semblait. De toute façon, ça lui était égal, puisque son père lui avait déjà prévu une rente dès ses dix-huit ans. Si jeune et déjà rentière, comment ne pas tomber dans la déchéance? Inconscients? ses parents? Non, égoïstes! Ce qui pouvaient arriver à leur fille n’était qu’aventure, cela se tasserait avec le temps. Eux, leurs affaires et leurs relations, ça c’était important. Quand Marielle avait tenté quelques coups de gueule, ils avaient répondu par des séances de psychanalyse, ou des séjours dans quelques centres thermal… Les élucubrations de leurs fille ne pouvaient pas continuer éternellement. Au lieu de s’appliquer à comprendre la chair de leur chair… ils avaient simplement compté sur le destin. Ils avaient été servis. Ce n’est pas parce qu’on descend d’une lignée de renom, qu’on est intouchable!
Si Patty avait été aussi effrontée que son amie. Le jour de l’enterrement, elle le leur aurait crié en pleine face… A ces parents qui l’avaient poussé à petit feu, mais sûrement. Cette soif qu’elle avait eu et qui l’avait poussée à tout tester, cette légèreté qui l’incarnait et qui lui avait valu d’en avoir trop fait… Cette mort précoce, ce désastre, ne découlaient-ils pas de toutes ces facilités? Facilités dans tous les sens du terme. En l’occurrence, tout résoudre par l’argent avait bien été une solution de facilité, pour ces parents inaptes. En y repensant, Patty avait toujours les larmes aux yeux.
Elle qui justement résistait énergiquement à l’indolence d’un avenir tracé, même si providentiel. Non pas qu’elle soit particulièrement émérite. Non, c’était la haine qu’elle vouait à ses parents qui lui avait soufflé de toujours faire par elle-même. Et alors? Fallait-il qu’elle en soit fière? Elle n’avait pas su inculquer cette optique à l’être qui lui était le plus cher.
Dépendre de ses parents. Se détruire juste pour ne pas ressembler à ce qu’ils auraient attendu d’elle. Collectionner les flirts, hommes ou filles d’ailleurs. Goûter à tout produit, tant qu’il était illicite, boire, se piquer. Tout cela, Marielle s’en fichait. Même l’amour de Patty n’y faisait rien. Peut-être aurait-elle dû être moins transigeante, plus jalouse, enfin, plus visiblement? C’est vrai, elle lui avait toujours laissé le dernier mot. La crainte de la perdre, de la voir définitivement claquer la porte. Bien-sûr, elle ne s’était pas gênée de lui faire des scènes. Essayant de la blesser dans son amour-propre, de faire ressurgir quelques sentiments de culpabilité, d’éveiller une rage qui l’en aurait sorti, mais rien n’y faisait. Souvent Marielle le lui disait.
-Je suis là pour me brûler les ailes et goûter aux joies essentielles. Peu importe le temps que ça durera… Au moins nous nous serons aimées…
Elle ne savait pas comment elle avait tenu si longtemps, acceptant tout de cette fille qu’elle regardait comme un ange, et qui ne l’était pas complètement. Même maintenant, quand elle y songeait, seule la douceur de ce visage à qui l’on aurait donné le Bon Dieu s’en confession lui revenait. Tout le reste avait brûlé dans la corbeille. Les souffrances, les trahisons, l’indifférence… Tout, tout qui puisse salir le souvenir intact qu’elle voulait en conserver.

Patty, n’avait jamais eu d’autres relations de ce type. Marielle était son seul Amour, son grand Amour, sa muse. Elle lui avait pardonné tous ses écarts, espérant secrètement qu’à la fin, lassée, sa bien-aimée lui reviendrait entière, aimante et soumise. Que d’illusions. Par ailleurs, Patty s’était bien laissée tenter par quelques amourettes. Plus par vengeance que par impulsion. Ses partenaires ponctuelles s’en étaient rapidement aperçues. Pas difficile! Patty n’avait de cesse de parler de Marielle.
-Et Marielle ceci… et Marielle cela…
-Et bien va donc la retrouver ta donzelle, tu m’fatigues…
Toutes l’avaient plantée de la sorte, à quelques détails près, et Patty s’était consolée en pensant que cette fatalité prouvait bien qu’elle avait raison. Elle avait trouvé la seule moitié qui puisse la combler. Son jugement était aveuglé, elle en convenait lors de quelques excès de clairvoyance. Mais très vite cette complaisance béate la regagnait et tout recommençait. Bref, elle était sous le charme et rien sinon la mort prématurée de son amie n’y aurait rien changé. Et encore… A l’heure actuelle, elle n’avait toujours pas réussi à tenir une liaison plus de deux jours. Toujours la même histoire. l’autre se renfrognait d’avoir une concurrence si déloyale, s’agaçait, puis la quittait. Ou parfois, c’était Patty qui d’un coup rembarrait sa nouvelle amie, ne prenant parfois aucune pincette pour la ménager. Il faut dire qu’avec Marielle, c’était platonique… et c’était bien comme ça… mais les autres n’étaient pas aussi compréhensives. Marielle avait compris de le départ que patty avait un problème avec le cul… elle n’avait pas insisté et ne lui avait jamais fait aucune remarque… Au contraire, elle se vantait d’avoir là la meilleure amante qu’elle n’eut jamais pu imaginer…

 

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