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ROMAN CONTEMPORAIN "REALITY SHOW " - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF, POUR S'IMPRIMER LE MANUSCRIT

Reality Show est déposé à la SDGL, et la couverture emareva© est déposée également. Une charte protège autant les auteurs que leurs lecteurs, Éditions emareva, Blogs d'auteurs et Promotion d'auteurs se voulant clair dans ses prérogatives.

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CHAPITRE 1

-Hello Leo
-Salut Piquick.
-Comment-va aujourd’hui, Leo?
-Bof, foutue journée à la recherche d’une galerie pour mes tableaux, comme d hab.
Rien de nouveau - galeristes toujours aussi méfiants.
-Ouaips, au moins t’es pas devant une caisse à biper des articles à longueur de temps. 1 kg de pattes - bip - du beurre - bip - des tampax - bi-ii-ip - Merde! Putain de caisse! Elle bloque au minimum dix fois par jour. Le stress. Et v’là l’autre qui prend son temps, sur ses rollers. Mince, on est pas au troca! Pas pressée la minette, et que je dandine d’un côté, puis de l’autre. Ma caisse, elle va pas s’débloquer toute seule!
-Tu devrais prendre les choses autrement. Au moins t’es payé. Moi, à la fin de l’année, je passe au RMI. Les boules! Balancer des couleurs, ça créé une émotion, ça libère, mais ça nourrit pas son homme. J’me suis lancé corps et âme dans cette passion, mais j’entame ma troisième année sabbatique, et mes revenus se font de plus en plus piteux.
-Hum, t’as raison. A choisir, j’préfère ma galère (sans jeu de mots.) Même si elles se pointent toutes à ma caisse avec leurs énormes caddies et énormes c.. C’est tellement trognon un minet qui fait la caisse!
-Tu m’éclates...
-Moi, je m’éclate qu’à moitié… Sinon, pourquoi tu te trouves pas un job? Même si c’est caissier. Tu vas pas rester dans cet état!
-J’y pense, j’y pense. T’inquiète Piquick. J’en ai marre de ramer. J’entasse les toiles, mes délires quoi; mais à force j’peux plus les encadrer... Alors, ‘faut que j’me bouge.
-Mais, qu’est-ce qu’ils ont tous. C’est pourtant pas mal... Bon d’ac, à l’écran, on se rend pas vraiment compte... Mais bon, t’es loin d’être con... si t’avais aucun talent, t’aurais arrêté...
-Ben oui! Et puis à l’Académie, ils ne m’auraient pas encouragé. Ce sont les seuls à m’avoir exposé, trois jours. Sur soixante toiles, j’en ai vendu quinze. Pas mal pour un débutant!
-Pff! J’comprends pas.
-A chaque fois c’est la même... Typique! Tu rentres, tu vas voir le gérant, le directeur, le conservateur ou n’importe quel autre abruti, du moment que c’est le responsable. Déjà, ‘faut le convaincre de jeter un œil, alors qu’il n’y a pas un chat qui rode. Quand enfin tu trouves celui qui te laisse ouvrir ton book, v’là les questions qu’il t’pose. Où j’ai déjà exposé? Quand? Qu’ai-je vendu? Nulle part - Jamais - Rien ou presque. Et voilà, à chaque fois je m’auto-assassine.
-Dégueu
-Le gars part dans des excuses confuses, sa galerie à une réputation à honorer. Il ne peut pas se risquer. En plus ses locaux sont réservés jusque mars prochain. Il veut bien me revoir à ce moment. Il sera en train de faire son planning, et pourra m’y intégrer. Un jour, ou deux, p’têt plus. Tu parles, si j’ai accroché quelques trucs pendant l’année, OK... Sinon bye, bye gamin… Ouais, dégoûté.
-J’te comprends…
Il faudrait quand même que j’apprenne une autre réplique;o)
En vrai, c’est plutôt pour te dérider un chouïa…
-Je te remercie, t’es trop cool.
Parfois, y’en a qui insistent: vraiment, vous n’avez rien? Un article? Une parution? Un passage TV? Non, rien… Dommage, vraiment, dommage. Et voilà, en quelques secondes, j’ai cru, j’ai espéré, et hop, une grosse claque, au cas où il me prendrait l’envie de rêver.
-Je suis vraiment désolé. Ce sont des c… Excuse, mais c’est vrai! S’ils te prenaient une journée, même une demi-journée, tu commencerais à les avoir tes références!
-Laisse tomber va. Parlons d’autre chose…
-Wouaw! Grosse déprime, ça va cousin, tu vas trouver. T’as fait des études toi! Y’a pas de raison! Moi, j’ai ni l’un, ni l’autre. Pas artiste pour un sou. Je sais même pas m’extérioriser… Donc, j’ai tout le temps la haine. Et en plus, niveau d’étude zéro, alors petits boulots et SMIC pour toujours… Tu la veux ma place? Au moins quand ce sera ton jour, p’tain ce sera vraiment bon!
-Foutaises. Comment veux-tu développer quand tu ne connais personne, que t’es rien et qu’en plus tu as une gueule de métèque?
-OK! OK! Zappons…

Allongée les yeux grands ouverts, rivés au plafond de son 16m2, Patty repensait à cette dernière discussion. Voilà trois mois qu’elle avait rencontré Leodivinci... Un homme dont elle appréciait la simplicité. Sans le connaître, elle se doutait de sa gentillesse et de son intégrité. Souvent, elle s’en voulait franchement de lui mentir avec autant de désinvolture. C’était son pseudo qui l’avait d’abord attirée. “Leodivinci”, quelque chose d’artistique s’y cachait finalement bien… Puis, au fil des discussions, c’était devenu son pote… Son amant secret du net, à l’insu même du concerné. C’était la première fois qu’elle éprouvait un tel sentiment envers un individu de la gent masculine. C’était peut-être justement pour cette raison qu’elle ne lui avait jamais avoué qui elle était vraiment. Au début, l’idée partait plutôt d’un enfantillage. Il lui avait parlé comme si c’était un mec, persuadé que c’en était un. Elle l’avait laissé croire. Par la suite, elle avait préféré rester le jeune caissier de grande surface qu’elle avait créé presque de toutes pièces. Persuadée qu’il en raconterait plus à un camarade qu’à une fille. Après, c’était de toute façon trop tard.
Cela dit, elle n’avait pas menti sur toute la ligne. Elle était effectivement caissière, mais dans une station-service sur St. Antoine. Juste à deux pâtés de maisons de sa chambre. Un peu plus loin, son école d’arts plastiques. Même ça, elle l’avait tu. Pourtant, cela aurait motivé leurs affinités. Mais non, trop tordue dans sa tête, même anonyme, il fallait qu’elle se monte un cinéma. Et puis il était vraiment doué… elle n’aurait pas osé lui montrer ses graffitis. Ou aurait tout bonnement eu peur de paraître inculte s’ils s’étaient embarqués dans des discussions d’artistes. Bref, ce qu’il faisait l’avait impressionnée, elle n’en avait pas autant à montrer… pensait-elle.
Elle travaillait tous les soirs de 7h à minuit, et parfois le week-end, en plus de baby-sittings réguliers, les mercredi après-midi et occasionnels, les samedi soirs. De cette façon, elle payait son école et sa piaule. Ses parents l’auraient bien épaulée. Mais elle se refusait l’aide de quiconque, surtout la leur. Elle les détestait.

Qu’elle était moche cette piaule, avec ses murs pisseux, ce lavabo déglingué, cette fenêtre pas plus grande qu’une lucarne et ces chiottes puants qu’il fallait partager avec tout l’étage. Non, y’en avait marre, elle ne pouvait pas continuer ainsi. Qu’est-ce qui lui pendait au nez à elle? Qu’allait-elle faire dans un an, quand ses études seraient finies? Elle avait déjà commencé à postuler pour des postes d’illustrateurs, de maquettistes… Mais jamais rien n’avait abouti… Pas d’expérience, pas de boulot. Pourtant avec tous les concours qu’elle avait gagnés, elle était sûre d’avoir opté pour la bonne voie. Là, plus le temps s’écoulait, plus le doute s’installait. En plus, il fallait avouer que le labeur de Leo (qui avait l’air de s’y connaître) n’était pas fait pour la rassurer. Et puis au bahut c’était pareil, tous ses potes ramaient. Evidemment, il y avait quelques anciens qui revenaient et qui se pavanaient des jobs dégotés… Mais, ils omettaient bien les galères qui avaient précédé. Et, crois-tu qu’il y en ait eu d’assez sympas pour donner quelques tuyaux. Penses-tu! Même si embryonnaire, tu restes un concurrent en puissance. S’ils pouvaient, ils t’élimineraient avant même que tu ne frôles le sol professionnel. Non, au contraire, te dégoûter avant même le diplôme, là semblait être leur vrai but. Pourquoi reviendraient-ils tout pimpants, mais pas moins inutiles, sinon? Juste pour la fierté de se montrer, de se faire valoir auprès de leurs anciens profs.Qui, bêtas, les recevaient comme des princes, les citant comme exemple à qui mieux mieux. Quelle école de merde!
Les profs essayaient bien de refourguer quelques stages, mais c’étaient invariablement leurs favoris qui en profitaient ou c’étaient des stages bidons où tu apprends surtout à faire le café et les photocopies. D’accord, faut en passer par là; mais faut apprendre aussi. Patty avait fait un stage durant lequel elle n’avait pas posé ses fesses une seule fois derrière une table à dessin… stage de quoi? stage d’apprenti lèche-bottes, oui! Patty était loin d’être de ces élèves qui flattaient leurs enseignants. De plus, étant en privé, le fric avait déjà son importance. Quelques parents n’hésitaient guère, dès l’inscription de leurs gamins, à faire quelques investissements. l’école se parait de quelques ordinateurs et autres nouveaux trucs, tandis que les gosses chéris étaient assurés d’être les mieux servis. Et oui, de nos jours, la sélection sociale revêt nombre de facettes et pas toujours pour nous servir.
Enfin, elle avait encore une petite année devant elle. Ce qu’il faudrait déjà, c’est qu’elle déménage et qu’elle change de job. En gros, qu’elle se donne les moyens d’évoluer en changeant de relations, de contexte… De tout. En changeant carrément de plaque. P’tain, si elle pouvait carrément changer de planète! En y pensant, Patty se promit de se mettre au boulot dès le lendemain. Chercher une collocation, pour avoir plus de confort, à un prix pas trop dingue. Elle voulait au moins avoir la douche, le coin salle de bains à l’intérieur. Marre de ce local dans le couloir, tout le temps dégueulasse et suintant. C’était comme les toilettes, son cauchemar. Elle bouffait presque plus… à savoir si ce n’était pas inconsciemment pour ne plus avoir besoin de ce détours. Elle rêvait vraiment d’une intimité outre. A midi, elle achèterait le journal, ainsi jetterait-elle un œil sur les offres d’emploi aussi. Si elle ne trouvait rien, elle visiterait quelques sites une fois rentrée.

La vie est vraiment bête se dit-elle. Tu attends toute ton enfance pour devenir grand et être libre. Adulte, tu te rends compte qu’il fallait profiter avant, que l’heure n’est plus du tout à ça. C’est vrai finalement, qui mieux que les gosses peut se vanter de quelques libertés. Au moins, eux, goûtent à celle d’être spontané, de vivre au jour, le jour; de frôler parfois La Vérité. Après, pff, tout s’envole. De toute manière la liberté en tant que telle n’existe pas. Dès que société et communauté il y a eu, elle s’est vue balayée par de grands principes de civisme, de modernisme et autres

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