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A cette époque, loin dans le futur, les voyages dans l'espace sont au goût du jour et Maë, notre scientifique, se décide pour l'un d'eux. Un violent séisme viendra néanmoins contrecarrer ses projets…

Bon gré, mal gré; elle se retrouve plongée dans une nouvelle aventure, dans un contexte qui n'a plus rien à voir avec ce qu'elle a connu… Le séisme les a projetés, elle et quelques-uns de ses compatriotes, dans une autre "dimension" qui promet bien des rebondissements…

(.) Ailleurs pas d’ombre ni vie, sinon hybrides d’arachnides et de scorpions, seuls animaux de cette planète, sous 60-80°C. Trois dômes protègent ces trois oasis, refuges rêvés où les activités sont très estivales : oisiveté, bungalows exotiques, soleil, dunes, lac et cocotiers résument ces villégiatures censé avoir assez de sex-appeal... Songeuse, je continue ma prospection, Animalia, Mars ou Vénus me déroulent leurs formules.

Retrospectivement et si j’oublie les générations de clones que j’ai vu, je ne peux que féliciter IRIS et ses équipes. Et puis ils ont bon dos, je vais quand même être des premières à partir. Je cautionne donc leurs méthodes puisque j’en suis bon public, pire encore, utilisatrice !. C’est ce que je disais, un maillon parmi d’autres.

Je me suis finalement décidée pour Animalia qui m’a charmée. Ce site où la vie sauvage combine les nouvelles variétés aux plus anciennes, parfois péries depuis des millénaires, m’intrigue. Il résulte d’expériences paléontologiques exportées sur Deimos, le deuxième satellite de Mars. Certaines de ses données climatiques et géologiques ont induit que nous pourrions y reconstituer des conditions similaires au paléolithique. Deux biosphères y ont été testées, présageant la vie dans l’espace...

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Ayant la possibilité d’emprunter un véhicule réservé aux élites, je suis ravie de me dérober aux vols ordinaires et à leurs escales ou ravitaillements répétés. Je suis au cosmodrome, une large plaine bordée de bâtiments, à une centaine de kilomètres de l’Arche. Un long préau surplombe les rampes de lancement et alignés sur trois longueurs, les vaisseaux font miroiter leurs coques. Je suis fin prête à décoller... Néanmoins un malaise, un tressaillement indéfini me retient opiniâtrement. Consultant le tableau de bord sous le porche, j’y devine la même angoisse et sans imprimer pourquoi cette frayeur noue ma gorge, j’ai préféré descendre pour un ultime examen. Les mécaniciens ont eu beau se targuer du bon fonctionnement des appareillages, pourtant je flaire trop d’ondes négatives pour les écouter. Me dirigeant vers la passerelle, j’ai pensé y trouver réponse. Cependant, j’ai brutalement été projetée à terre... Sans prévenir, un choc hors normes suivi d’autres étourdissants ont secoué la base. Amorcer les sécurités est prioritaire mais le séisme est déjà là, j’ai couru comme les autres vers le SAS... Hélas, j’ai à peine eu le temps de voir le sol s’écarter sous mes pas, trébucher, puis plus rien... Le trou noir.

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Lorgnant cette désolation, nous avons imaginé avoir été au cœur d’une éruption. Peut-être même d’une explosion. Laquelle ? Comment le savoir ? N’empêche que la démarcation des sols occis est si nette qu’un vent violent, chaud et dévastateur ne peut qu’en être la cause. Provoqué par quoi ? Pfff ! Serait-ce un de ces continents doté de l’arme nucléaire ? L’un de ceux qui bravait obstinément le démantèlement ? Parce qu’autre qu’une telle bombe, nous ne voyons pas ce qui aurait engendré de telles déflagrations et ondes de choc. Mais pourquoi serions-nous encore là ? Bref, il y a eu un boum phénoménal, c’est sûr, excepté que nous n’y trouvons pas d’explication sensée.

Les mois se sont écoulés, cicatrisant peu à peu nos blessures tant physiques que morales. Notre environnement s’est de même rétabli et la végétation se fait carrément généreuse. Elle nous a donné un toit et une terre féconde où planter nos graines. Même si abrités sous de frêles huttes de palmes, accoutrés de ce que nous avons trouvé par-ci par-là et nourris de nos récoltes, nous nous sentons bien. Notre désarroi primitif nous a jetés dans une lutte si abrupte, que nos préjugés n’ont plus eu leur place... Et c’est tant mieux ! En outre, si verte et si accueillante, cette région nous a réservé bien des prises de conscience. Non seulement nous assumons mieux nos prédispositions, mais tirons étonnement partie de notre écosystème. Exemple de cette facilité que nous avons eu à nous métamorphoser et à nous en sortir.

En outre, comment aurions-nous fait ? Notre milieu est livré à lui-même et notre seule issue était d’en disposer. Nous marchons à l’air libre et ne sommes ni sclérosés ni infectés. C’est encore ce qui nous surprend le plus, car tout de même, avant nous n’aurions tenu que quelques jours, au plus quelques semaines. Avec cette restructuration globale, puis notre métabolisme lui-même rectifié, nous soupçonnons avoir été en proie à des phénomènes plus faramineux que la seule tragédie essuyée. Ces éléments bousculés, cette synergie et cette genèse inopinée encouragent de nouvelles distributions, tout en supposant nouveaux critères. Heureusement, nos premières craintes se sont taries. Bon, ces variations dans nos relevés sanguins et cette température corporelle moindre ont de quoi nous interpeller, mais ne nous dérangent guère. En réalité, n’ayant aucun moyen d’approfondir, nous avons lâché le morceau. Adviendra ce qu’il adviendra.  (.) 

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Ainsi, notre histoire s’est-elle esquissée. Nous avons assisté à une cohésion incontournable des choses. S’ajustant, se partageant, se modifiant, les éléments ont trouvé leur équilibre. Nous appartenons à un panorama homogène, insectes de l’espace, nous en sommes tributaires mais forgeons aussi notre devenir. Cela fait bien une dizaine d’années qui sont passées et le savoir-faire de chacun s’est spécialisé au service de tous, cela ne s’est pas fait en sept jours mais fonctionne parfaitement. Quel que soit le sort de notre bloc, détaché ou pas, ce n’est plus pareil et nous non plus. Les viviens ont pris leurs marques spontanément, mettant en exergue leurs compétences et permettant la pérennité du vital. Chaque maisonnée remplit une fonction et l’instruction de certains s'est avérée capitale. Ingénieurs, profs, mais aussi boulangers, cuisiniers, menuisiers ou autres, nous nous sommes décarcassés et notre village ne ressemble plus au bivouac qu’il était. Inculquer aux jeunes une éducation théorique comme pratique a été primordial. Nous n’avons pas voulu nous embourber dans une pédagogie stérile ; nos gamins doivent connaître les thèses exactes mais aussi leur application.

(.)

Bref, ni plantes ni hommes, nous avons répondu affirmativement à ce qui aurait tout de même pu nous tuer. Nous arborons une régénération qui, calculée par Junior, devient utopique puisque arbitraire. Il ne peut pas juger de notre espérance de vie, puisque nous n’essuyons pas d’usure. Le biomagnétisme révèle toute sa réalité : les cellules ou génomes de notre ADN émettent un rayonnement ultraviolet qui entre en raisonnance avec l’environnement et c’est pour maintenir cette incidence que notre mutisme transige si bien... Tout n’est qu’atomes et cortex ajustés. La récurrence des causes à effets a simplement manipulé ces distributions, auxquelles nous n’avons pas échappé. Chamboulements organiques, exubérance de dons ou jeunesse prolongée, ne sont que les contrecoups qui nous ont ponctuellement blindés... Notre métabolisme s’y est prêté, parce que certainement profondément en carence. Comme le présageaient nos symptômes initiaux, notre lignée cherchait une nouvelle voie... Seulement, nos cabines et hygiène nous en déviaient... Nos confédérations craignaient pour notre patrimoine génétique et elles n’avaient pas tort, leurs protégés étaient bien en cours d’adaptation. La genèse connue sur Vivys nous a épargnés, tandis que là bas l’environnement semblait tout de même prêt à tout engloutir...
Je repense souvent aux évènements antérieurs. C’est loin, je suis toujours là et ne suis pas une exception. Dans le groupe, Tron et Grégor me distancent allègrement. Notre âge pourrait passer, n’empêche que le non-vieillissement de nos cellules lui, est tout à fait inopiné. Bien-sûr, nous n’avons pas la sveltesse de nos compatriotes moins âgés, mais ne semblons pas si vieux pour autant, alors que c’est le cas. Cela ne valide en rien une existence prolongée pour tous. Evidemment, nous omettons de le préciser, nous verrons bien quand le glas sonnera. En outre, Junior ne prétend rien puisque élaguer des marges, même des limites lui reste inenvisageable. Le temps garantira nos conjectures. En tous les cas, nous obéissons à des phénomènes qui nous conservent et n’en tirons que bénéfices. Je suis heureuse de ce détail et me rappelle les craintes que j'avais eues gamine... Les rides ne sont pas venues, j’évolue avec plaisir et agilité, me mêlant à nos jouvenceaux sans remords. A quatre vingt dix ans, j’en parais trente de moins, et à cent dix ou cent trente mes collègues n’en paraissent pas bien plus. Pour les autres, la moyenne frise la quarantaine et encore ; ce hormis les chérubins de moins de six ans, ce qui fait de nous une communauté fraîche. D’autant qu’il semblerait que la trentaine soit un stade auquel nous stagnerions, comme voués à ne pas vieillir davantage.

Si nous prenons dès aujourd’hui du recul, il faut nous mettre au diapason. Bien-sûr, globalement tout roule. Mais avec cette espérance de vie rallongée et cette jeunesse apparemment inaltérable, nous devons anticiper un temps soit peu. D’accord, même si notre heure est reportée, nous ne tablerons pas dessus, puisque sommes évidemment des mortels. Or, cela ne nous régule plus comme lorsque nous étions terriens. Itou pour les contaminations qui modéraient les naissances, sur Vivys, il n’en est rien. Nos adolescents s’aiment et procréent Avec ces constats, le dépeuplement est vraisemblablement impensable. En ce sens, nous devrions prévoir des cours de sexologie, penser à une contraception et parer à toute surpopulation. C’est prématuré, mais dans de telles conditions cela peut devenir dramatique. Avec mes auxiliaires, nous comptons donc rapidement évaluer la fécondité de nos gosses et leur inculquer l’art d’enfanter sans risquer le surnombre...

Nous ne l’avons su qu’avec les examens suivants, mais cette pensée a failli nous faire passer pour aigris, car la chlorophylle a joué jusqu’à nous devancer dans la structuration même de notre règne. (.) L’avenir passera cette rectification génétique à maturité. Nous appartenons à un nouveau tableau de reproduction avec lequel la nature se protège de toute domination ou surnombre, nous obligeant à une démographie équilibrée. Nous saurons bien plus tard que nous sommes davantage régentées et que nous ne pouvons enfanter que trois fois dans une vie. Après la cinquantaine, l’entière quiétude... L’expérience mentionnera que toute entité suit des rudiments auxquels nous n’échappons pas. La nature prend une revanche à laquelle nous n’avions décidément guère pensé.

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