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ROMAN SCIENCE FICTON "C’EST LA VIE" - par Emmanuelle Mairet
“La poussière demeure poussière.”

LES INÉDITS

Les drogues chimiques du début vingt et unième sont loin des herbes fumées auparavant... Les ecstasy, crack, LSD et alcaloïdes de synthèse ont engendré bien plus tragique. Nous devons sévir au prorata de cette résurgence et étonnement c'est par la légalisation forcée des stupéfiants, esquissée dès 2044, que nous allons nous en donner l'occasion. A la longue, cela doit scléroser le marché dissident mais estimer aussi à quel point nos cités sont touchées.
Par dépit, nous avons donc homologué certaines gélules, des neurostimulants ou des simulacres moins nocifs. Notre vie orchestrée dès nos premiers pas ou nos métiers déjà inscrits sur les parchemins administratifs écorchent à vif les plus fragiles. Les masses ont besoin de s'évader, d'oublier, ce depuis les âges des temps et c'est toléré. Néanmoins, les injections frauduleuses concurrencent outrageusement ces marchés et sont délicates à rivaliser. Sournoisement, la contrebande rétorque par de redoutables produits, peut-être délirants mais qui engourdissent surtout les cellules du sommeil et soumettent à une léthargie progressive, souvent irréversible. Contrôle de l'éveil, réceptif au sensoriel et aux médicaments, le tronc cérébral est directement assiégé. Les messages qu'il envoie rituellement au cerveau sont irrémédiablement déformés et, dispensés du rêve naturel, de la relaxation nécessaire, les neurones atteints perturbent d'autant les victimes. Le jour et la nuit leur sont égaux, alors que leurs rêves, paradoxaux ou pas, ne s'alternent plus toutes les quatre-vingt-dix minutes et en dépassent souvent les quarante-cinq. Environ cinq rêves animent nos nuits, les toxicomanes eux, sont piégés et peuvent rallonger leurs songes tant qu'ils ont d'ampoules. Bien plus subordonnés que supposé, alors à fleur de peau, manquant de détente, nos consommateurs plongent dans l'infernal en reprenant chroniquement ces doses d'oubli, tétanisant par paliers mais irrévocablement leurs cellules. L'inconstance, l'extase ou la souffrance devance leur décès clinique, puis physique. Aux corporations d'essuyer autant d'échecs et de s'interposer. Ces substances prohibées plaisent trop et doivent être conjurées sans ambages. Dans cette société tout juste extraite du gouffre, ce combat s'annonce primordial.

Infiniment de thèses ont été insinuées, même tentées lorsque les CID ont obtenu l'autorisation... L'hypnose a failli faire espérer, mais en vain... Les candidats ont respecté les préceptes imposés par leurs hypnotiseurs et se sont effectivement restreints un long laps de temps, ce toutefois que sous conditionnement. Dès qu'ils se sont éveillés de leur état second, le manque s'est fait en proportion de leur sevrage. Pis encore, certains ont ensuite contracté de graves T.O.C., et ces Troubles Obsessionnels Convulsifs sont quelquefois plus difficiles à enrayer. Il y a eu maintes autres tentatives, parfois pertinentes, cependant toutes infructueuses... Heureusement, aucune ne nous a désarmés, c'est pourquoi nous nous passerons de ces tâtonnements parfois rébarbatifs...
Parlons plutôt des hypothèses qui ont émané de l'un des CID centraux et qui nous ont enfin sortis de ce labyrinthe. En coopérant avec leurs patients et en titillant autrement les cellules compromises, eux ont contrefait les manifestations des narcotiques. Celles-ci sont conditionnées par le biais anatomique et un vrac d'éléments extérieurs, nos bureaux ont quantité de dossiers à ce propos. De ce fait, ils ont perfectionné un casque, escorté d'une bande sonore frisant les ultrasons qui, à l'instar des défouloirs virtuels, emmène dans les délires les plus fous. Le casque imite le rêve paradoxal en apportant plus d'informations et en accélérant l'activité neuronale convoitée. Lors des essais, les encéphalogrammes l'ont certifié à chaque fois, les sujets sont bernés et hallucinés de sensations fantasmatiques, vraiment irremplaçables. Les ondes delta, alpha ou thêta sont stimulées dans le respect de leurs rythmes, attisées de subliminal pour plus d'évasion et de virtuel pour un trip total. Ce sont ni plus ni moins des simili baladeurs, mis à part leur projecteur miniature, un monocle qui visionne les images à défaut d'être directement branchés. Sinon un deuxième mode permet d'être transporté par les ondes, et les yeux fermés, la sensation se fait littéralement. Les flux artificiels se collent au magnétisme du porteur par réglages séquentiels et la puce se charge de restituer les émotions. L'intercession virtuelle, l'odorat, le toucher ou les perceptions fonctionnent parfaitement et encouragent les extravagances à qui mieux-mieux. C'est d'une pâle technicité par rapport aux futurs principes hologrammes. Hélas, ceux-ci sont pour l'instant réfrénés par les budgets et donc inopportuns. En attendant, les voyages subliminaux peuvent être éblouissants si désirés : coordonnés au feeling et à une base de données, ils concentrent les transes mémorisées sur les patients depuis 2045 et révèlent maintes évasions. Les plus créatifs sont évidemment les rois de ces étranges cocktails de pensées virtuelles et réelles. La qualité de ces appareils et surtout leur coût minimum, promettent d'autres consécrations que ceux des jeux, qui ne dépassent le stade d'agréments. Les casques eux, se font alter ego de l'individu... Ce plus qu'a l'utilisateur de moduler et d'individualiser les données, de façonner ses propres contextes ou ambiances, destitue les standardisations numériques. Il suffit de vouloir, penser, et le cerveau électronique conçoit l'inimaginable à la demande. Une sécurité prévient de l'état cardio-vasculaire et neurologique de l'usager, décelant toute anomalie, elle se court-circuite le temps nécessaire au rétablissement des cellules affaiblies. Les troubles de la vue, d'audition et une flopée de déraillements est aussi anticipée, parfois soignée séance tenante.

Au préalable, les patients ont enduré le manque, trouvant les temps de pauses bigrement longs. Puis, ils ont vite été séduits par cette manière atypique d'évacuer et avec laquelle ils reviennent à eux quand ils le veulent. Cette exorcisassion les incite aussi au contact, à échanger leurs idées, à les exploiter, à reprendre goût au réel et à faire quelque chose de leurs journées. Ils ne sont plus bannis mais peuvent se faire apprécier de leur entourage, parfois grâce à leurs différences. De nouveau dans le système, ils prennent conscience de sa fatalité pourtant positive. Ils ne sont plus en des temps privilégiés où l'affranchissement individuel n'entame en rien celui de la communauté. S'insérant dans un engrenage resserré, chacun doit y mettre du sien. S'abandonner n'avance à rien et a mené nos ancêtres vers une destruction récursive. Nous sommes trop peu et assez unis pour cohabiter. Cela exige le respect dans tous ses aspects, et seule la sensation d'exister motive.
Certes, de remplacer les stupéfiants par le chimérique n'est qu'un prélude. A l'usage, ces casques ont pour vraie finalité de neutraliser l'envie d'injections mortelles et d'ailleurs, un plan s'est automatiquement mis en place pour que l'on ait guère à souffrir d'une permutation de la part des usagers. Les casques sont une clé certaine pour démanteler la contrebande, n'empêche qu'ils doivent résolument devenir de simples divertissements. Cette étape est un passage pour sensibiliser chacun à honorer sa vie comme son être et cela semble plausible. Ceux tombés dans l'abîme ont mis un pied dans le cercueil, mais souffrant plus qu'autre chose de cette accoutumance assassine, ils acceptent d'être sous tutelle pour en sortir. La simulation donne le feu vert à l'abstinence sans prescriptions de substitution et c'est parfait au regard des patients. Beaucoup sont morts d'OD et ce depuis des siècles et pour la première fois dans l'histoire, la présomption de faire décliner les chiffres s'avère. Nos structures peuvent être fières de leurs civils dont la spiritualité réconciliée s'affirme doucement mais sûrement.

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Les stupéfiants n'offrent plus assez comparé au cinéma que l'individu peut provoquer via cette technologie. Il n'est plus question de s'autodétruire pour quelques extases aussi intermittentes que temporaires, mais question de conceptualisations directes et conscientes. Ce ne sont de rudimentaires machines envoyant des préenregistrements, mais de réels bijoux de stimulation qui ont également engendré bien d'autres révélations. Les psychiatres, thérapeutes ou éducateurs ont mieux deviné l'inconscient ou le subconscient de leurs patients, leur préconisant de meilleures ordonnances. La traumatologie a également fait un grand pas, puisqu'épaulée par ces techniques mais aussi par les malades qui ont parfois circonscrit leurs troubles et pondéré leurs psychoses. Exemple des autistes pour lesquels c'est une compensation évidente : ils s'expriment dans ce virtuel, oubliant les frustrations de leur réalité, conduisant les professeurs à cerner leurs jargons ou fonctionnements et à alléger leurs inhibitions, quelquefois jusque la guérison... Dès 2050, le bilan a approuvé la diffusion de ces dérivatifs et en trois ans, ils ont définitivement évincé les amphétamines, analgésiques ou euphorisants frauduleux. Au lieu de nous intoxiquer, nous devenons des cyber-yogis. Les casques codés sur chaque ADN et leurs consommateurs avertis, maîtrisent autant les distractions que cette santé qu'ils préservent. Officielles et à la portée de tous, ces méthodes dévalorisent le marché noir et défient les forums privés ou belliqueux, quoique certaines gélules homologuées demeurent pour ceux au cœur pas assez vivace (les nerfs sensitifs sont bien sollicités et de malencontreux accidents ont légitimé cette tendance). A longue échéance, les portes s'ouvriront à notre esprit, reléguant ces produits aux loisirs ou aux entraînements cérébraux. Cela allégera la fréquentation des centres et les trafiquants n'auront qu'à s'exercer à d'autres fastes.

OK ! L'éradication de ces pratiques est utopique. Il y aura inexorablement des sordides pour coincer les plus vulnérables dans l'univers des substances oniriques. Tout de même, nos référendums ont étendu cette vigilance à se méfier de telles dépravations et à entraver l'action des receleurs. Poussée à la discrétion et à des manigances démesurées avant de livrer une dose, une minorité ont bien tenté de résister en improvisant des lieux clos, espérant imiter les premiers fumoirs d'opium. Or, loin d'en être, leurs caves sombres ou tripots pouilleux n'ont pas l'envergure souhaitée. Quasiment tous se ruinent peu à peu dans ces parties de cache-cache, se condamnant irréfutablement.
Notre succès est donc indéniable. Non seulement par la victoire remportée sur tout un créneau et sa sous-traitance, par la renaissance de tous ces erres primitivement condamnés, mais surtout par l'inauguration de secteurs, l'embauche d'inactifs ou l'affirmation de bien des vocations. Exemple de moult indépendants qui se sont enfin débrouillés grâce à leurs talents pourtant peu conformes : avalisant l'exil de ces démons, les musiciens, acteurs et metteurs en scène ont explosé les ventes avec leurs puces et prestations sublimées. Respectés, admirés, opiniâtrement empreints de compassion et de mille facettes touchantes, ces artistes sont d'incoercibles inspirations. D'une certaine façon libres, ils cautionnent l'oubli et offrent matière aux pires extrapolations. Les métropolitains adorent matérialiser leurs propres essais, faire des compiles avec leurs stars et réaliser bien des fantasmes et c'était bien notre point de mire. Les salles communes, cabines ou cocons ont pullulé et les points crédits flambent. Les nouvelles lignées marquent le coup, l'heure est à la rectitude et les commerces suivent scrupuleusement, biaisant tout projet malsain. Aux uns de s'en gargariser pour fonder leurs entreprises, se spécialiser et clore un long épisode d'oisiveté destructrice, aux autres d'en tirer quelques exutoires bien dépaysants et plus distrayants.

Les pharmacies ont ainsi stoppé certaines ventes, les CID se sont vidés et ont progressivement pactisé pour des Centres Généraux d'Auscultation, les CGA. Ramifications d'IRIS, ils se sont spécialisés et sophistiqués, jouissant des récentes prouesses. Liés à tout dispositif, ayant accès à toute information, régentant intégralement les continents et secondés d'une multitude de comités, leurs attributions s'avèrent.

Parallèlement à cette formidable organisation, tous les segments de la consommation se sont bonifiés, arborant ce type de révision sur tous leurs panoramas. Déjà, les terres contaminées, l'eau non potable et les environs aussi endommagés avaient obligé à des champs artificiels, protégés des pluies acides et écoulements nocifs. Le je-m'en-foutisme, l'impassibilité à se débarrasser des détritus dans les fonds océaniques, l'invasion de bactéries et d'algues mutantes n'avaient non plus épargné les sites marins et avaient proscrit la pêche, même les baignades. Là aussi, des bassins factices avaient cru pallier, mais les quantités d'eau traitée requises nous ont dare-dare handicapés. Quelques ersatz rappellent les saveurs séculaires mais ce sont radicalement les végétariens qui l'emportent avec leurs mets aromatiques, composés uniquement de céréales, soja, racines et diverses autres substituts. La viande était dédaignée depuis la maladie de Creutzfeldt-Jakob, les clones ou les fragmentations moléculaires, les ultimes usines ont déposé le bilan. La faune vit dans des réserves ou au dehors. Seigneur des déserts, elle n'atterrit pas en steak dans nos assiettes. Selon une morale efficace, l'aliment se veut nutritif ou thérapeutique, et les articles jugés intolérables sont supprimés. Nos mentalités portent le bio au grade de denrées de luxe, tandis que ceux industriels, moins délectables et moins variés, achalandent la grande distribution. Nous emplissons nos paniers de bonnes choses fraîches, même si tout est emballé, congelé ou en boîte. L'essor tant humain que matériel n'a guère contribué à valoriser les richesses naturelles largement esquintées.
L'alcool et le tabac ont aussi été rectifiés mais conservent leurs rayons. Les distilleries ou séchoirs ne reçoivent qu'eucalyptus, blé ou sauge et autres variations curatives. Les boissons ne menacent donc plus de leurs cirrhoses et les cigarettes au volume respecté, ne sont qu'inhalateurs, qui confèrent matière à apaiser leurs nerfs aux inconditionnels, tout en ménageant leurs poumons.
Les exemples faciles, il serait fastidieux d'en continuer l'énumération. La règle rappelle simplement de bons plaisirs, selon de tangibles indications.

LA SUITE DANS :
C'est la vie
roman c'est la vie
Science Fiction
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