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Mylène Duthilleux - Extraits de "Confidences d'un lit d'hôpital"

Extraits de " Confidences d'un lit d'hôpital " de Mylène Duthilleux

Comme Malik ne me voyait pas arriver, il a commencé à rentrer à pied. Lorsqu'il a vu l'ambulance, la voiture de police et l'attroupement autour de moi, il s'est mis à courir. Il a alors poussé un policier en lui disant que j'étais sa femme. Tu te rends compte, il a ramassé mes morceaux de chair par terre, sur le goudron. Il m'a vue là, étendue sur le sol, me vidant de mon sang.

L'ambulance m'a tout d'abord emmenée au Pôle de Santé de Gassin, puis à l'hôpital de Hyères, faisant tous les hôpitaux sur la route, pour finalement attérir à Sainte Anne. Seulement, lorsque je suis arrivée, j'étais morte, mon coeur ne battait plus. J'ai passé vingt-deux heures au bloc opératoire. Finalement, ils m'ont emmenée en réanimation, avant de se rendre compte, une heure plus tard, que je faisais une hémorragie cérébrale. Ils ont alors dû me raser la tête, et ils m'ont enlevé un gros morceau de la calotte crânienne, qu'ils ne m'ont toujours pas remis.

***

Il faut bien avouer qu'au début, j'avais énormément mal aux jambes. D'ailleurs, on me passait de la morphine en permanence. Mais j'avais la sensation de membres fantômes, comme lorsque l'on se fait amputer. En parlant d'amputation, j'ai failli perdre mes deux jambes. Mais c'est madame Orson qui m'a sauvéa. En effet, c'est elle qui a décidé de faire des greffes de peau sur mes jambes : l'opération de la dernière chance ! Heureusement pour moi, les greffes ont pris, une à une. Même s'il y a eu quelques problèmes d'infections à cause de mon artère fémorale qui a été sectionnée durant l'accident.

Cependant les médecins ne comprenenaient pas pourquoi cela s'infectait ainsi. Ils se sont mis à gratter à l'intérieur de la blessure de l'artère, et il ont trouvé des kystes.

Et encore là, je ne te parle même pas de toutes les douleurs ressenties ainsi que des camions de comprimés que je dois avaler depuis déjà huit mois. Je me souviens qu'à un moment, j'avais jusqu'à qinze comprimés par repas. Et je ne te parle même pas des toilettes au lit, qui me faisaient ressentir une douleur difficilement supportable. D'ailleurs, à un moment, les infirmiers devaient m'injecter de la morphine pure dans le sang.

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Tu sais, tous les jours on disait à mes parents : "Attendez-vous au pire". Les médecins leur répétaient sans cesse que je ne passerais pas la nuit. Et puis chacun s'attendait au pire lorsque je sortirais de mon coma. Ils avaient peur que j'ai des séquelles au niveau cérébral et au niveau de ma motricité.

Il faut également que je tavoue quelque chose qui m'a énormément touchée. Il y a deux jours, ma mère m'a confié que mon père se mettait souvent devant son ordinateur pendant mon coma, il y faisait défiler les photographies de mes fiançailles avec Malik, et là il pleurait toutes les larmes des son corps, en répétant qu'il avait sauvé la vie d'une petite fille, mais qu'il n'était pas capable de sauver sa propre fille. En effet, en avril dernier, une camionnette est tombée à l'eau sur son lieu de travail. Seulement, il y avait une petite fille de dix-huit mois à l'intérieur, et c'est mon père qui a sauté à l'eau pour la sortir de la voiture qui s'enfonçait de plus en plus.

***

En relisant ces pages, je me suis aperçue que je ne t'avais pas vraiment parlé de ma douleur. La douleur était là, toujours présente, à un point tel que j'imaginais qu'elle ne partirait jamais ! C'était une douleur difficilement explicable. C'est comme si on te lacérait les jambes en permanence avec un poignard. Des douleurs, il y en a bien évidement d'autres. On appelle cela des douleurs neurologiques, et celles-ci sont beaucoup plus difficiles à calmer que les autres. En fait, elle apparaissent sous différentes formes. On peut ressentir des décharges électriques ou des brûlures très intenses, pour l'essentiel.

De ce dont je me souviens, c'est l'essentiel de mes douleurs. Ah, non! Il y avait aussi les migraines abominables que rien ne pouvait calmer. Et là, je ne te parle même pas de la douleur psychologique, car être enfermée dans une chambre, sans avoir le moyen de bouger, en ayant du mal à lire, en regardant la télévision, voyant tout en double (heureusement qu'il y avait le câble !).

***

Il y a une chose dont je ne t'ai pas encore parlé et que je ressens de plus en plus chaque jour. C'est la solitude. La solitude, je la perçois comme une maladie, qui te rends triste, tu te sens seul, perdu, abandonné. Si ce n'est pas ton cas, en tout cas c'est mon quotidien. Cela fait maintenant huit mois que je suis enfermée dans des hôpitaux. Bien-sûr, j'ai des visites, mais ce n'est pas tous les jours, et c'est assez rare que cela excède plus deux heures. La solitude, on apprend à vivre avec. Je ne veux pas dire par là que l'on arrive à la dompter. Non! Elle est comme un cheval sauvage qui va et vient au gré du vent ! Elle disparaît lorsque quelqu'un, un membre de ta famille, en général, vient te rendre visite. Et brutalement, elle te percute de plein fouet dès que cette personne s'en va. Bien évidement, des souvenirs du bon vieux temps te submerges. Ce qui a pour unique effet de te faire encore plus de mal. Bien sûre, ils ne le souhaitent pas, ils ne sont peut-être même pas conscient de cela. Parfois, je me surprends à penser que si je ne recevais aucune visite, cela serait peut-être mieux pour mon état. Et alors, je me souviens de ces jours où j'attends en vain, où personne ne vient. Ces jours-là, j'ai l'impression d'être une charge, une gêne, un poids mort sur les épaules de mes proches. Et alors, je me souviens que même si ma vie s'est arrêtée, la leur continue. Ils doivent travailler pour gagner leur vie, et le seul moment où ils pourraient se reposer, ils viennent le passer avec moi, à l'hôpital. J'ai d'ailleurs une énorme pensée pour ma mère, qui essaye au maximumde se déplacer quatre jours dans la semaine, dont deux le soir. Et pour tout cela, je la remercie infiniment, et je sais que je ne pourrais jamais lui rendre ce temps qu'elle perd pour moi, mais j'espère un jour arriver à lui rendre tout l'amour qu'elle m'apporte, et bien plu encore !

Pour son anniversaire, je me suis excusée de ne pas avoir pû lui offrir de cadeau. Et tu sais ce qu'elle m'a répondu ? Elle a dit: " Mon plus beau cadeau c'est que tu sois en vie, que tu sois encore avec moi. Ma vie se serait arrêtée si je t'avais perdue."

***

C'était un après-midi génial! Malik me serrait fort dans ses bras. Je me sentais tellement bien, j'aurais pu rester là pendant des heures. Et il sentait tellement bon! Et je l'aime énormément. Je sais, ou plutôt je suis sûre que c'est l'Homme de ma vie ! Si on te le demande, c'est au fond de mon coeur que je suis allée chercher cette information. Et ses baisers! Je t'ai déjà parlé de ses baisers ? En fait, lorsqu'il m'embrasse, je me sens partir. Si le Paradis existe, j'ai l'intime conviction qu'il ressemblerait à cela! Dès qu'il est là, je ressens, comme qui dirait, du bonheur ! Un bonheur tel que je le ressentais avant mon accident.

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