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Essai philosophique et scientifique "C'est la vie" - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF et IMPRIMER LE MANUSCRIT

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Nous avons hâtivement cerné l’épicentre de cette catastrophe qui ne serait pas entièrement naturel. Depuis 2070, nous déversons les magmas dans l’océan, par voies souterraines, pour alléger l’activité volcanique des principaux foyers menaçants. Le Vulcano, l’Etna, le Stromboli, le Vésuve et d’autres ont justifié ce type de rééquilibrage et le décret s’est appliqué par servitude. Ce sont aussi d’anciens territoires démunis où les puissances ont déchargé leurs déchets les plus toxiques, renchérissant les risques. Nous avons osé le recyclage par une répartition artificielle, et il a fonctionné. Une restriction cependant outrepassée, quelques containers de trop accordés par bienveillance, suffisent. Les quantités de magma et additifs sont étroitement dosées pour refroidir simultanément au contact de l’eau et devenir un terreau bénéfique pour les fonds. Avec ces déversements espacés, les dunes se fixent et l’eau emporte l’excédent vers les profondeurs. De la sorte, nous comptions restaurer ces richesses galvaudées. C’est une parade écologique, si minutieusement respectée, qui assainit les plaines et offre une cure profitable aux sols marins. En revanche, si surchargée, la masse pâteuse réchauffe les sous-sols des océans, aux pôles les glaces fondent, les plaques se détachent, s’entrechoquent jusqu’à remuer les noyaux périlleux. Un débordement, un seul, entraîne de fortes vibrations, donnant libre cours à la lave, éveillant les volcans alentours... L’effet boule de neige fait alors cracher leur jus aux suivants.
C’est chose faite, la projection est nette. Le magma a jailli, déployant son épaisse fournaise. Dans un tremblement fracassant, la planète s’est dégagée de ses terres déformées, les secousses ont emporté des blocs entiers, jusqu’à plus de 25km de relief, imaginez alors ce qu’il reste des monts tels l’Everest, le Kilimandjaro, le Mont blanc ou le Lhots... Les plaques ne se sont jamais tant déplacées, comme attirées par plusieurs pôles, elles ne se stabilisaient guère et viennent de s’ébranler jusqu’à s’effondrer ou s’arracher. C’en est fini des fissions moléculaires, nous constatons la destruction de régions entières ; ensevelies, elles ne sont plus que souvenirs. D’infernales trépidations ont chatouillé tout point sensible, défiant résolument l’échelle de Richter. Le sismographe indique une magnitude variable de neuf à plus selon les endroits, un plafond rarement atteint. Les édifices, les fondations et sous-sols se sont écroulés jusqu’à enfouissement ou affaissement. Notre sphère a fait peau neuve d’un souffle et réduite à 10 857 km de rayon, presque toute ronde comme à l'origine, elle continue sa révolution autour du soleil en toute quiétude.

Nous avons perdu la liaison avec le réseau international et préconisons des réparations. Quelques branchements afin de câbler tous les Instituts, leurs périphéries et lancer les unités de survie. La nuit s’en est suivie dans la même préoccupation, nous savons ce qui est à faire. Les décombres cachent l’envergure des dommages pourtant considérables et il n’y a pas de temps à perdre.
Au petit matin nous avons sorti les premiers inventaires. Paradoxalement, le pire a bien été esquivé et ce malgré des chiffres affolants. En effet, les répartitions auxquelles les inconstances générales nous avaient contraints, ont isolé les secteurs les plus traîtres. Certes, le réconfort est minime, mais les miraculés contrebalancent tout de même les chiffres... La catastrophe est internationale et partout les secouristes ont passé la veille comme la nuit à évacuer les survivants vers les Instituts et les bâtiments sur pieds. L’effet de panique est compréhensif, n’empêche qu’il doit prestement être atténuée. Diriger les sapeurs pompiers, régler le flot des brigades réceptrices, déterminer les impératifs des médecins, des chirurgiens, exporter, importer les matériaux, compenser les manques, examiner, lister la population prostrée, quand elle est en vie, est devenu quotidien des jours suivants. Nous tenons des assemblées extraordinaires à longueur de temps et échafaudons des renforts par degrés d’urgence.
Sur les continents, les victimes comme les pertes inestimables alourdissent nos cœurs de tristesse et de peur. Les nombreux blessés et morts rendent les décomptes douloureux. Un paysage sinistre se dépeint partout, sombre et étouffant. C’est l’hécatombe et elle se décline douloureusement. Environ 2000 millions de décès totalisés. Imaginez ! Notre réflexe se doit d’être professionnel et l’efficacité doit l’emporter. Nous sommes submergés, les gens affluent, nous avons besoin de sang et d’organes pour soigner et nous devons y parer avant tout. Les morts s’entassent et nous retardent aussi, nous ne pouvons pas tous les enterrer ni nous épancher plus. Aussi, les familles ont-elles été averties du choix de la crémation et recevront-elles des urnes honorables contenant leurs proches, s’ils sont identifiés. Cela frise l’insensibilité mais exhorte à sortir de la torpeur tout en invitant à une prompte reprise. Heureusement, la réalité de cette organisation est discrète au public. Ce sont les survivants qui priment, c’est dur à dire mais c’est ce que nous développons et ils bénéficient des meilleures soins, ce qui pardonne les moyens utilisés par ailleurs. Confessons que, malgré tout préjugé, notre tâche est ingrate. Les dépouilles sont souvent difficilement identifiables, nous les classons par autopsies laser automatiques, qui commandent les prélèvements praticables, incubent les tissus intrigants puis autorisent les incinérations. C’est morbide mais indispensable... La mort entre ainsi en lice avec impudence.

Les journées se sont enchaînées sans que nous ne les ayons vues s’écouler. Les Instituts avertissent déjà de consultations d’aptitude. A juste titre, ils stipulent qu’aucune entreprise n’est relancée par magie, que l’attente ne restituera pas leurs biens aux sinistrés et que les villes ont besoin de maçons. Ils ont tenu conseil et des postes temporaires, providentiels pour l’édification, vont être attribués aux volontaires. Ces derniers auront leurs dossiers intégralement revus, seront logés puis reconvertis une fois cette mauvaise posture surmontée. En attendant, de corrects cantines et dortoirs sont à disposition. Les peuples réduits, démunis et déprimés ont pris ces annonces comme une prophétie. IRIS reste ainsi fidèle à son image de toujours…presque notre mère ou notre père à tous.
2108 s’est illustrée d’exodes uniques, durant lesquelles les Instituts ont parcimonieusement canalisé les évolutions des populations, des principaux foyers d’énergie, de matières premières, de distributions territoriales et économiques. Cela s’est étalé en longueur mais a été incontestable. Nous avons opté pour une rénovation durable et réfléchie, en tenant compte de notre historique. Les continents ont mené une stratégie de front, imposant des tractations sans élucubrations ni politiques ni mercantiles ; parce que devant ce désastre, tout doit se mouvoir selon les besoins sociaux et avec pour seule motivation la pérennité des cités. Nos conglomérats se sont renforcés, pendant que tous ont prêté main forte, comme pressés d’effacer à jamais ce terrible jour d’octobre. Conscients d’être miraculeusement en vie, rescapés in-extremis, nous sommes dignes ambassadeurs de cette compassion qui nous unis. De frôler l’anéantissement a émoussé nos folies, dorénavant fier de sa terre, de son espèce et surtout content de ne pas être isolé, chacun partagera avec son voisin. Une tribu planétaire prend forme... A l’exemple des fourmis ouvrières, travailleuses et acharnées, tous se démènent. Tout se réitère mathématiquement, çà et là, faisant de la reconstruction un rouleau massif de personnes impatientes de retrouver vie normale. Autour de chaque IRIS, une ville s’installe bel et bien. Seuls édifices à avoir résisté, ils deviennent foncièrement les nombrils de nos agglomérations. Ainsi, la vie reprend-t-elle doucement, nous délestant de nos expectatives.

Quelques années se sont écoulées, que je survolerai, le résultat étant plus intéressant. Nos nouvelles bâtisses sont faites d’un composite expansé et isolant. Assez hautes, elles sont également soutenues par des câbles très résistants et souples à la fois. Ce sont de réelles architectures antisismiques qui, raccordées entre elles, à leurs bases mais aussi à d’autres niveaux, épousent les vibrations. Les roulis souterrains, quotidiens depuis, passent comme un frisson. Ces tours, pourvues de passerelles communiquantes, de systèmes d’alimentation très sophistiqués, effleurent tout bonnement l’apothéose futuriste et c’est très beau. En gros, de vraies villes closes, écrins de notre sécurité présumée. Avisés depuis longtemps de ce que nous endurons à l’air libre, et de ce que nous endurerons encore, nous assumons ces immeubles hermétiques qui nous protègent. Cette fois, IRIS s’est paré en rasant quasiment tous les sols, pour y ériger ces villes closes et adaptées. Nous narguons ainsi l’extérieur et bien des dangers....
Les logis varient du studio au trois pièces et même si moins spacieux, ils sont aménagés dans un pur souci de confort. L’ingéniosité qui fait oublier la surface moyenne de 30 m2 réside dans la mobilité des murs coulissants qui figurent une certaine liberté. Appartements classiques, lofts ou cuisines américaines s’y déclinent donc selon les goûts. Aux commodités extrêmement modernes, ces maisonnées s’assimilent à de véritables cocons entièrement automatisés. Jusqu’alors typiques des clubs cybers, moult gadgets ont aujourd’hui trouvé leur place dans le marché de la consommation et servent à profusion. Cette exubérance technologique plaît infiniment et redonne de l’attrait à notre train-train. Nous nous amusons d’allumer nos halogènes, d’ouvrir les portes ou de lancer nos appareils par de simples paroles ou claps. La robotique rebondit, s’accaparant de cet entichement renouvelé, tandis que nous nous approprions tous ces automates dont les films de science-fiction regorgeaient. Evidemment, ils existaient depuis une éternité, mais leur commercialisation n’était pas si facile à vulgariser. Quand tout est à refaire, maintes données changent aussi…

 

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