p55 Page Précédente < > Page suivante
Il en potasse donc le clonage et forge d’ores et déjà une relation contextuelle entre ces globules blancs, verts et gris.
Nous pouvons nous reposer, il a besoin de temps pour réunir assez de matières premières et fabriquer les propulseurs. Il bûchera en cohésion avec IRIS, qui a d’ailleurs mobilisé nombre d’ingénieurs. Du reste, il veut garantir les portées de telles opérations, comme penser au reste du territoire et à son équilibre global. Bref, nous lui sommes inutiles et détendus nous serons bien plus efficients le moment venu.
CHAPITRE 28
Ainsi sommes nous contraints à attendre que Junior soit au point. Notre ami détient enfin la solution et c’est aussi lui qui la coucrétise. Nous sommes presque vexés de ne pas participer. Notre première offensive nous offre un canevas tout tracé, que nous n’aurons qu’à reprendre.
Voilà, voilà, hommes ou viviens, arrive un moment où le naturel revient au galop. Une fois de plus, que nous ne soyons qu’entités, outils ou médiateurs, notre impact est et sera sempiternellement ponctué par des frontières bien réelles. Nous concevons bien des choses, interférerons bien des éléments, inventons un vrac de trucs ; mais ne sommes que des vivants, au sort bien éphémère. La preuve en est : nous viviens sommes à l’apothéose d’une vie exemplaire, où tout trouve sa place et ce dans une irréprochable harmonie ; mais il a fallu la crête pour noircir le tableau, contrebalancer cette harmonie trop parfaite et ironiquement nous renvoyer à notre dépendance face au destin. Sans eux ni leur technologie, nous n’aurions rien su, rien vu et aurions été engloutis peu à peu, respectant les rudiments de la vie. Celle qui exige un roulement, un cycle, pour que la vie perdure et que l’évolution, quelle qu’elle soit, se fasse.
Que penser ? D’une part nous aurions pu être victimes et laisser éclore autre chose... D’autre part cette providence qui nous a donné le choix... à nous, mais aussi aux terriens. Cet épisode a malgré tout été salutaire, nous permettant de nous entraider, de nous comprendre pour enfin nous unir et juguler nos déboires respectifs, surtout notre aveuglement collectif. Nous avions foi en nous, sachant avoir surmonté une flopée d’aléas... Nous pensions respectivement avoir emprunté la Voie... Et bien, nous avions tous tort. Seule cette complémentarité nous l’a assuré. En quelques mois n’avons-nous pas chassé les pires démons ? L’Univers obéit-il à des préceptes qui lui soufflent de ménager ceci plutôt que cela ? Qui insuffle aux évènements telle ou telle coïncidence ? Pourquoi certains se croisent-ils en certains lieux et à certains instants assez précis pour être effectifs ? Comment ces forces peuvent-elles être absurdes lorsque nous ne snobons pas ce qu’elles dirigent ? Non, ce ne peut pas être qu’un hasard ! De même souche, peut-être promus à un dessein commun, les natifs de la Terre ne font qu’un. Comme tout le reste, nous sommes téléguidés et ce de façon ancestrale, vers une destinée toute écrite. Laquelle ? Comment répondre ?
En tout cas, c’est évident que nous appartenons à une enveloppe bien moins palpable que nos seuls corps. D’ailleurs l’analogie tombe à pic. Peut-être que nos cellules croient être seules et s’appliquent à leur devoir, pourtant notre fabuleux mécanisme interne est bien subordonné à cette coordination entre nos tissus, muscles, nerfs ou neurones. Nous ressemblons ni plus ni moins à ces petites cellules et sommes inhérents à d’invisibles rouages, qui sont hors de notre portée...
Au village, une atmosphère bien particulière les embrasse tous et nous avons même eu du mal à distinguer les visiteurs des aborigènes. Seules les deux sections, Irisé 3 et 7, nous ont paru égales à elles-mêmes. Pour le reste, viviens ou terriens, il semble qu’ils se soient autrement entendus, jusqu’à ressembler à une réelle tribu. Evidemment, les apparences nous concèdent de faire la part de choses, mais les attitudes et les affinités prêtent à confusion. Tous ont tiré partie de la situation et sont heureux d’avoir dépassé leurs préjugés.
Pour démarrer par Baby one, ces gosses se mêlent à la vie de la commune comme s’ils y étaient nés. Et Ixia nous a conviés pour une réunion toue particulière…Vivys sauvée, son projet pourra continuer longtemps et c’est sa plus grande exultation. Dès ses premiers mots, nous nous sommes tous demandé si cette Ixia était bien celle que nous avions quittée. Son air coincé, ses traits tirés, ses yeux noirs, ne sont plus que souvenirs... C’est une jeune femme épanouie qui nous reçoit. Souriante, le teint rose, les cheveux relevés en un chignon moins stricte... Une autre femme quoi ! Elle nous a installés dans le petit salon, nous expliquant que toute la décoration avait été conçue par ses petits protégés :
- “Peintures, tentures, vases, même certains meubles... les bouquets... et tout le reste... C’est beau non ? Quand on pense qu’ils ne savaient pas ce qu’était de la glaise, un métier à tisser, un clou ou un marteau... Oh ! Elle a tellement guetté cette réunion, qu’elle manque à tout ! Et vous ? Comment allez-vous ? Avez-vous soif ?”
Et hop, la voilà partie derrière le bar, nous sifflant qu’elle aussi avait appris des choses, entre autres l’art des cocktails. Sans tarder, la voici qui coupe des rondelles, mélange des jus et nous sert, décrivant à chacun le contenu de son verre...
- “Mais, passons plutôt à mes topos.” Nous a-t-elle joyeusement lancé, rangeant son bric-à-brac et nous rejoignant un verre à la main.
Elle s’est assise... Comme s’étant fatiguée des ses propres trépidations. Reprenant son calme, elle a de suite saisi sa télécommande et proposé un tour d’horizon. Les moyens holographiques ont cet avantage de prendre forme où l’on veut ; aussi n’avons-nous pas bougé. Elle a esquissé une rétrospective et peut-être plus expressive, mais pas moins professionnelle, elle a habilement survolé l’ensemble, attaquant par Baby one. Certains ont eu plus de mal quant aux problèmes d’ordre métabolique, mais tous les ont résorbés avec le temps. Elle ne relâche évidemment pas son suivi, mais ce n’est pas un point qu’elle juge nécessaire de développer. Sinon, ces jouvenceaux s’y sont faits graduellement, se rodant à notre journalier et partageant notre quotidien au fur et à mesure. Pour sûr, seul le zèle de leurs chaperons a tant émoussé leur instruction. Si si, les viviens ont ardemment relevé le défi et leur ont patiemment montré comment s’y prendre. Que ce soit la culture, la cuisine, le bricolage ou autre ; chaque discipline a eu son heure et étant directement utile, chacune a également eu ses adeptes. En plus, l’ultime décision d’abandonner l’entrepôt et de vivre en famille s’est acquittée de mêler les uns aux autres, sans plus de discrimination. Voilà pour ce qui est du panoramique. Mais passons au cas par cas qui nous en réserve de plus belles.
Ostensiblement comblée par ces élus qui ont prouvé leurs prédispositions supérieures, elle confesse s’être emportée et personnellement apprécier chacun d’eux. En outre, certains ont outrepassé toutes ses statistiques et c’est de ces cas singuliers dont elle veut nous entretenir. Méthodiquement, elle a débuté par ordre alphabétique, nous faisant intelligemment partager son labeur... Nous sommes suspendus à ses lèvres et languissons après la suite qui insinue quelques détails croustillants. Ses yeux malins attisent d’autant notre impatience et bien qu’absorbés par son art évident de narratrice, nous respectons ses trêves, sirotant son succulent cocktail.
Elle en est venue à Eros. C’était l’élément le plus prometteur et il a dépassé toutes les prévisions. Elle ne reviendra pas sur les indices évidents de son anatomie ou de son QI éminents. Non, ce qui l’intéresse, c’est sa récente liaison avec Isabelle. L’une des plus performantes jeunes femmes de Baby one et ce à plusieurs niveaux. La providence a fait que ces deux adolescents au dessus des normes, baignés par ce structurel où l’instinct prédomine, se soient mutuellement attirés, jusqu’à capituler devant l’Amour, le vrai. Celui qui fait que nous ne nous passons pas de l’autre, qu’il faut que nous lui devenions vital, que nous soyons son héros ou sa muse et que nous le connaissions toujours plus, jusqu’à ne faire qu’un.
Puis les pulsions prennent le dessus... Un soir, au clair de lune, alors qu’ils se comptaient fleurette, c’est venu. Impunément, sans plus d’artifice, ils sont allés au bout de leur passion. Ils ont aimé, même adoré et n’ayant aucun scrupule quant à leur relation, Ixia n’a pu que s’interroger. Au cours des consultations suivantes, elle a souhaité savoir et a su. Ils sont amoureux, veulent poursuivre leur route ensemble et sur Vivys, cette contrée qui les a délivrés. Et voilà, nous y sommes.
Eros et Isabelle veulent s’épouser pour éternellement légitimer leur union. Bien-sûr Ixia les a complimentés, heureuse de leur idylle, elle n’a cependant pas pu s’abstenir de les prévenir... La nature a ses lois... Et peut-être voudraient-ils attendre un peu ? Sont-ils conscients d’être des pionniers ? Ayant passé le cap avant même qu’elle n’y pense, ne sont-ils pas tracassés par l’éventualité d’être parents ? Car même si chez eux cela n’avait pas court pour les motifs qu’ils connaissent, ils peuvent procréer. Le veulent-ils ? Ou faut-il prévoir des précautions ? Nous relatant cet épisode, Ixia n’a pas ménagé son émotion : devant ce couple enlacé, elle a porté le message que toute femme voudrait porter. Prévenir des conséquences de l’amour ! N’est-ce pas fameux ? En outre, l’attitude de nos tourtereaux a fini de la transporter. Rien ne leur a été caché et ils assument pleinement leur rôle précurseur.
p55 Page Précédente < > Page suivante |