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Essai philosophique et scientifique "C'est la vie" - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF et IMPRIMER LE MANUSCRIT

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Il faut bien le bousculer cet humain qui ne ressemble plus du tout à celui qu’il a connu. Et là, il n’a pu se retenir davantage. Pensez que ce commandeur est le premier de sa promotion, pour sa rigueur et sa sagesse... Depuis tout à l’heure, il le voit rire, parler, s’émoustiller... Que lui est-il arrivé ? Il compte sur nous pour lui réserver le même sort. A ces mots, nous sommes arrivés à l’entrepôt où nos camarades ne nous ont effectivement pas attendus pour s’amuser.
Kaen comme ses subordonnés sont restés muets... Les uns s’amusent autour du feu, suivant les rythmes musicaux de leurs copains, d’autres discutent, certains flirtent... Tout cela dans cette atmosphère chaude, tamisée par l’éclairage bleuté de nos lampadaires... Au tour d’Igor de se défouler :
-“Alors, il en faut si peu pour que ton gosier s’assèche... Viens donc te désaltérer avec l’un de leurs breuvages si savoureux...
Nous avons pouffé... Décidément ça promet ! Nos nouveaux confrères n’ont pas manqué d’éloges à notre égard. L’enchantement des premières brigades leur était bien parvenu, mais jusqu’à imaginer une telle apothéose... La nuit s’est donc achevée dans cette complaisance unilatérale.

Le lendemain, à l’aube, nous nous sommes réunis, les estivants vont débarquer et les cabines d’oscillation annoncent déjà la première vague. Au final, une trentaine a été déposée. A l’inverse de leurs prédécesseurs, eux sont arrivés hagards et abrutis, pressés de se requinquer plutôt que quoi que ce soit d’autre. Ils se sont donc détendus avant le déjeuner, qui a du reste été tranquille, la plupart étant restés dans leur chambre, épuisés. Premier contraste flagrant entre des individus entraînés et d’autres habitués à une sédentarité réelle. Ce n’est que dans la soirée que tous se sont sentis mieux. Ils se sont donc rendus au grand salon où Kaen, pareillement à la veille, a décoincé tout le monde. Puis, le dîner a suivi, a régalé chacun et délayé toutes les langues. La prise de contact s’est faite spontanément, l’excitation de tous l’emportant sur le reste.
Deux journées supplémentaires ont fini de les installer et ils ont suivi les conférences de planning dans une discipline toute indiquée. Nos prévisions se sont justifiées et clairement emballés par nos perspectives inédites, ils les ont simplement assimilées. En plus, un rapport sur Irisé 3 et 7 leur a été distribué. A cette lecture, certains ont même énoncé la déception de ne pas être aussi performants que Baby one, ni de ne pouvoir se passer des inhalateurs, des philtres ou de leurs comprimés. Comme le spécifient nos fascicules, tout se conjuguera selon leurs examens chroniques. En tout cas, l'intention de les faire réagir grâce à des activités primaires leur paraît de bonne augure, même s’il est évident que pour qu’il y ait répercussions organiques, leurs corps doivent aussi être éprouvés.

 

CHAPITRE 27

Tout ce remue-ménage n’a en rien ralenti nos recherches quant à la dévastation qui dévore nos vallées. Chacun y a mis du sien, étudiant de probables antivirus ou s’acheminant vers d’autres voies. Les internautes eux-mêmes nous ont surpris tant leur réaction s’est faite en masse. Les Instituts regorgent de stagiaires et à l’instar de leurs professeurs, beaucoup ont suivi notre croisade. Nous ne pensions d’ailleurs pas qu’IRIS retransmettait si bien nos excursions. Là bas, tous sont au courant de nos malheurs. Il faut dire qu’avec les vacanciers débarqués ces jours-ci, personne ne se lasse de ces images venues d’ailleurs. Pensez bien que certains ont apporté leurs caméras et qu’ils n’hésitent pas à dévoiler leurs films sur le Net. En plus, trois quatre journalistes sont aussi du voyage, si bien que les téléspectateurs n’ont pas à se plaindre du genre, ni des quantités des vidéos qui leur parviennent. Ainsi, nous connaissent-ils de mieux en mieux et, comme préludé, éprouvent-ils une admiration, du moins une grande sympathie à notre égard.

Au passage, nous notons l’homogénéité de cette civilisation, qui nous prouve à chaque fois qu’elle n’est pas si aveugle. Nous avons la télépathie, eux ont la télématique... A nous également de tolérer leurs plus-values, qui auraient presque plus de mérite que les nôtres. Après tout, ne sont-ils pas mis à l’épreuve et ce depuis des lustres ? Et n’ont-ils justement pas surmonté le pire au profit d’une société saine ? Et bien si ! D’ailleurs, plus les exemples nous attestent leur altruisme comme leur bon sens, plus nous nous demandons si leur morale ne nous en apportera pas autant que la nôtre leur en donne... C’est vrai... N’est-ce pas prétentieux que de croire que nous détenons le secret du bon-vivre ? Oui, je vous l’accorde, en disant ça, je remets en question pas mal de mes convictions... Mais que voulez-vous ? L’habit ne fait pas le moine. Et derrière cette façade toute moderne, que nous trouvons souvent stérile, des gens se battent pour continuer d’exister... Certes, ils portent une puce, obéissent à une systématique parfois contestable, ont des loisirs très particuliers... et tout... et tout... Néanmoins et quoi que l’on en dise, ils sont restés eux-mêmes, défendant le genre humain, bien mieux que nous autres. En gros, chacun s’est démené comme il l’a pu et aujourd’hui, je suis beaucoup moins intransigeante. Je ne les toise plus, mais à l’inverse les observe et prend expérience. Par la même, je me réconcilie avec mon ego, qui s’était, il y a fort longtemps, détaché du lot. Souvenez-vous, terrienne, j’avais déjà cette rancoeur vis à vis des miens. Lorsqu’Irisé est arrivée, leurs exposés n’ont fait que raviver cette amertume... Finalement, j’étais bien bête. C’est beau que de rêver d’utopie et c’est encore mieux de le vivre... Vivys me l’a octroyé... Toutefois, je n’ai à aucun moment été un intervenant décisif. Ballottée, j’ai tout simplement eu la chance d’être en cohésion avec le sort que me réservait mon destin. Nous interférons sur notre existence, mais pas sur tout. De ce fait, il est plutôt bienvenu de mesurer l’envergure de la fatalité, avant de juger ceux qu’elle a piégés. C’est après que l’intervention individuelle peut être estimée, appréciée ou pas. Ce en considérant toute la subjectivité dans laquelle notre esprit nous renvoie indéfiniment.
Bref, nous sommes tout bonnement en train de réaliser que les apparences sont vraiment trompeuses. Je ne suis pas seule à réviser mon approche, mes confrères en font autant. En fait, nous vivos avons été les plus injustes. Nos enfants ou nos amis n’ont pas cherché midi à quatorze heure et ont accueilli nos invités sans préjugés, laissant le relationnel mener la danse. Nous autres sommes influencés par nos acquis, alors que rien n’est jamais acquis. Enfin, tant mieux, nous avions peut-être besoin d’être méchamment recadrés, afin d’admettre une fois pour toutes nos faiblesses. Au final, nous trouvons de plus en plus de similitudes entre nos deux planète…

Bon, voilà pour ce qui est des quelques introspections qui nous chahutent... Revenons en cependant à nos moutons. Je me confine plus que jamais dans l’arbre. Etayant les configurations de Junior et mâchouillant tige après tige, je cherche un moyen d’anéantir et non de ralentir la crête. Pour gangrener ce processus, tout n’est question que d’une contamination qui l’enraye directement, le hic est de trouver ces composants inhibiteurs... La plus infime erreur peut être funeste, il ne s’agit pas de se tromper et d’y injecter un agent vitamine. C’est pourquoi nous aiguisons nos vérifications. Perdue dans mes pensées, je ne me suis pas même vue labourer le sol de mes contrariétés. Rageuse, j’ai retrouvé le pas lourd d’une enveloppe solide, tournant comme une bête en cage. Lorgnant les commandes de Junior, je le questionne à tout va. Nous n’avons cependant pas dégoté quoi que ce soit de bien transcendant et cherchons vainement ces sacrées molécules susceptibles de triompher où nous échouons invariablement. Junior n’imprime que les nouvelles pistes et continue de supprimer les valeurs stériles. Comme nous n’avons pas le moindre indice éloquent, nous passons au peigne fin tous les registres institutionnels, jaugeant chacune des substances enregistrées et la classant dans notre propre listing. Nous ne perdons pas de temps à les identifier ou autre, nous les répertorions bêtement, selon leur ordre chronologique d’inscription et leur taux de réactivité face à notre fléau. Imaginez alors ! Les catalogues d’IRIS sont plutôt achalandés et avant d’en voir le bout nous aurons peut-être disjoncté. Enfin, ne désespérons pas car aussi bizarre que cela puisse paraître, le polymorphisme de certains corps ne les prive guère de fonctionner à peu près semblablement, ce qui nous laisse parfois négliger tout un rayon. Agir par catégorie est de toute façon incontournable. En outre, avec cette chlorophylle omniprésente, les manipulations s’égalisent aussi et réduisent les calculs, mettant en exergue les fluides les plus rebelles. A chaque fois qu’un doute surgit, nous approfondissons et les chiffres nous l’octroyant, nous envoyons parfois quelques sondes. En une dizaine de jours, nous avons déjà pratiqué près d’une centaine de tests, or aucun n’a vraiment abouti. Quelques-uns nous ont bien leurrés, handicapant momentanément cette effervescence, mais aucun n’a finalement surpassé l’effet de nos premières cargaisons concentrées.
Nous touchons là le paroxysme de notre développement. Rappelons-nous... Nous n’avons vu le flux de la crête évoluer vers d’autres cellules que lorsqu’il s’est senti piégé par nos concentrations chlorophylliennes. Il a alors délaissé ses molécules porteuses mais presqu’inertes pour en infester d’autres... Au labo, nous avons alors débouché sur le rôle que tiendrait un virus... C’est bien beau, mais théorique. Or, nous avons fait le tour de la question et n’étofferons notre discours qu’en allant sur le tas. Aucun de nos logiciels n’est en mesure de s’identifier à ce phénomène versatile qui mue la crête et la rend incontrôlable. D’éplucher ce syndrome directement dans son contexte est ce que nous aurions du faire depuis longtemps et devient notre unique opportunité.

 

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