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Essai philosophique et scientifique "C'est la vie" - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF et IMPRIMER LE MANUSCRIT

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Chaque évènement est numériquement parrainé et une foule de gens peut donc virtuellement s’y accoler, devenant apprenti peintre, sculpteur tridimensionnel ou acteur interactif...
S’emparant de ces exaltations, tous s’octroient du temps pour leurs hobbies. Les écrans, les visualisations ou les fibres font de ces cités des réseaux d’exploitation hors commun, où le cyber s’étend à tout et à tous. Le son, l’odeur, la gestuelle ou le toucher escorte chaque variation, donnant une réelle dimension à bien des simulations. Nous y avons partiellement goûté et concédons que même s’ils perdent au change, leurs substituts les conjurent de cette vie morose qui leur pendait au nez. Par contre, cet automatisme et ce numérique omnipotents atrophient souverainement leur instinct. Même s’ils ont judicieusement déridé cette monotonie qu’imposaient leurs aléas structurels, ils ne se sont pas moins astreints à un vécu par procuration. Quand est-il de l’indépendance que tout être se doit de développer ? Rien, ils n’ont pas à réfléchir aux lendemains, identiques pour tous, tant les départements ont orienté les clivages sociaux. Certes, leur philosophie jugule les excès et autorise un civisme extrême. Toutefois, elle tue inéluctablement ce dont ils auraient besoin, la rage de vivre. Eux, n’ont qu’à remplir leur mission et s’accorder des exutoires au prorata de leurs ressources, ce n’est pas épanouissant en soi mais temporise tout de même.

Chez eux, il n’est pas question de préparer un petit festin à partager en famille auprès d’un feu de cheminée, puis de faire quelques parties de cartes, suivies d’harmonisations musicales. Non, le repas est prêt en moins de cinq minutes, ils n’ont qu’à le commander à leurs machines alimentaires. Celles-ci préparent non seulement un petit plateau qui n’allécherait aucun d’entre nous, décident du menu, évidemment parfaitement équilibré d’un point de vue diététique, mais pas plus original que celui de la veille. Ce ne serait pas grave si tout n’emboîtait pas le même pas... Idem pour s’accoutrer... Ce sont leurs ordinateurs qui leur présentent deux ou trois modèles, complètement branchés, d’accord ; mais pas moins dérivés des portraits types dont les stylistes achalandent leurs forums. Dépareiller une tenue, des couleurs ou je ne sais quoi d’autre qui passe par la tête lorsque l’on a envie de porter tel truc plutôt qu’un autre, ne les effleure pas même. Et puis rappelons aussi leur façon de se cultiver, de travailler... Même de procréer... L’ordinateur inexorablement ! Comme leurs jeux et loisirs... L’ordinateur ! Bref, Quoi qu’ils fassent, leur modem intervient et c’est presque navrant.
A quelque chose près, ils évoluent comme avant, avec leurs commerces, leurs divertissements et leurs indispensables urbains. Ils sont formés au regard des besoins sociétaires et rebutent toute occasion de chômage ou d’oisiveté dégradante. Nous avons sous les yeux une société de consommation incollable, qui travaille et produit suffisamment pour prendre le temps de sustenter ses engrenages. Petite remarque intéressante, absents sur Vivys, les points créditeurs régentent toujours leur intendance. Comme auparavant, ce sont les activités de chacun, répertoriées et valorisées, qui commandent les comptes. Pour les transactions, les usagers sont identifiés via leur puce. La criminalité et la délinquance ont presque été enrayées. A part quelques pirates, connus comme le loup blanc, qui s’évertuent à racketter quelques crédits... Ou ces gamins qui s’oublient à voler du matériel... La petite perfidie sournoise ou envieuse est aussi sauvegardée. Il n’est pas rare de voir des enfants manigancer pour rafler les jouets de leurs copains, ou quelques adultes se targuer de leurs acquisitions. Certes, l’esprit se fait puéril, mais le cœur y est et c’est drôle de jauger l’endurance qu’a la malice, même si peu accablante. Par l’ennui, ils auraient pu se gargariser bassement pour se laisser aller à une vie mécanique et peut-être vile. Non, ils ont et continuent de condamner l’abject, en avançant à l’unisson, au nom de la morale. Puissance, enrichissement et profit offrent bien des enchantements mais témoins et victimes de tels adages, ils prohibent l’individualisme égocentrique et gratuit. Mine de rien, cela les sauve, leur induisant l’avantage d’une vie saine et en collectivité.
Bien qu’ayant l’air dynamique, ces civils se contentent immanquablement en resserrant les étaux. Chacun s’est assouvi et vit sa petite destinée chez lui. Tout semble se répéter çà et là, dans ces biosphères jumelles, avec ces protagonistes égaux, aux normes méthodiquement respectées et profondément ancrées. Nous aurions pu penser visionner quelques plates-formes informatiques, aux décors et personnages recopiés un peu partout. Cette systématisation qui s’étend bel et bien, rentable tant au niveau national qu’international, apparaît regrettable.

Qu’ils vaquent à une existence ultra-moderne est indubitable. Hélas, qu’ils en soient les victimes l’est aussi. Le comble est que de s’enfermer ainsi dans un tel carcan est entré dans les mœurs. Ils se branchent sous leurs casques pour des évasions communes ou solitaires, mais factices... dînent, discutent ou se détendent à l’unisson via des images et s’en délectent plutôt que de regretter. Certes, c’est exceptionnel, la preuve en est des réunions menées par Véra, les sensations y sont parfaitement retransmises, nous sommes pourtant à des millions de kilomètres. Au mépris de la quantité d’arguments positifs, il n’en est pas moins que ces projections sont impalpables, immatérielles. Or, nous savons combien le contact ou le toucher est primordial. Nous ne nions pas l’utilité de cette technologie en particulier, mais déplorons l’envergure qu’elle a pris. Plutôt qu’un simple moyen de communication, elle s’est immiscée dans toute activité. Quoi qu’ils entreprennent, ce sera toujours en sus du médiateur numérique qui leur impose ses ambiances comme ses optiques. L’essence même qui fait aimer la réalité, qui fait que nous existons au gré de nos préférences, leur échappe. Les hommes ne sont que supports de leurs instruments. A ce stade, nous viviens nous demandons à quoi leur sert leur corps si peu sollicité. La cybernétique les retranche dans l’illusoire et c’est ce qui nous dérange. A quoi bon apprendre à bien vivre et tout et tout, si ce n’est que pour desservir le règne de la machine ?

Installés autour de la table lumineuse, nous en arrivons à ce genre de conclusions, passablement déconcertantes. Notre regret est réel. Car face à ce bilan, que pouvons-nous faire de ces terriens qui ne s’offusquent pas d’attitudes et d’habitudes que nous trouvons pourtant inconcevables ? Entendons-nous, inconcevables, car inconciliables avec le style d’épanouissement auquel Véra pensait.
Nous trouvant toutefois radicaux quant à nos impressions, Igor a immédiatement tenu à les contrebalancer. Nous pensons que ses pairs se complaisent, mais il n’en est rien... Simplement avisés, ils n’aiment pas se lamenter... Par contre, tous sont conscients du paroxysme atteint par leur civilisation, et tous seraient prêts à s’investir si solution leur été donnée. En plus, chacun a un quota à ne pas dépasser quant aux exutoires virtuels.
Après les chamboulements naturels, les reconstructions, puis avec ces villes hermétiques, cloisonnées ; que tous se soient repliés sur le virtuel, moyen d’évasion incomparable est logique. Le hic est de ne pas avoir estimé l’envergure de tels procédés.C’est exactement comme des enfants élevés dans leurs chambres, avec leurs poupées et peluches ; ils s’éveillent au prorata de ce qui les entoure et pas autant que s’ils avaient été envoyés en colonie ou familiarisés aux jeux d’équipes ou d’extérieur. Qu’est ce qui peut motiver, lorsqu’assis dans son fauteuil les choses viennent à soi ? Pourquoi s’acharner à se donner une autre réalité. Ils aiment ce que leur procure le modernisme, ne connaissent pas d’autres expédients et même, c’est un but en soi que de dépasser le seuil technique. Chaque temps a ses courants, ils en est à celui où l’homme s’accomplit en décuplant ce type de prouesses, entièrement dûes aux outils. Qu’est ce qu’un gosse peut faire d’une panoplie de cow-boy, si ses copains se projettent dans les meilleures tridimensions pour les pires aventures ? L’argument est rudimentaire, mais incarne bien le moment.

 

CHAPITRE 26

A posteriori de longues heures d’observation, truffées de surprises mais révélatrices, nous avons finalement indexé les grandes lignes de conduite qui nous auraient attendus si nous n’avions pas été détachés. Nous avons sillonné pas mal de documents depuis que nous sommes connectés, estimons le volte-face radical que vivront nos prochains convives et pourquoi il faut agir progressivement tant au regard de leur santé corporelle que psychique.
Le portrait type des terriens est clair, signifiant tout de même leur soumission à la technologie, la machine ou même les cybos, tout particulièrement chargés de faire tourner le gros de leurs rouages. Ils n’utilisent plus que leur intellectuel et encore, tant ils ont progressé dans l’automatisme des appareils. Seules leurs récentes stations d’oscillation déclinent des rémissions plus actives, mais les métiers et activités se modèrent à la logistique, selon les degrés sociaux. Certes, ils sortent et profitent de leurs territoires pendant leurs temps libres, mais pour ce qui est de leur routine, elle l’est et semble bien assise. Les professions se résument au conseil ou au pronostic et l’électronique concrétise les procédures ou opérations. En fait, les domaines du loisir et de la création restent les seuls pour lesquels ils aient conservé une prédominance certaine... Ce qui ne satisfait pas notre optique quant à une existence comblée. Certes l’industrialisation avec l’avènement de la mécanisation se chargent royalement de la réalisation des projets, ce qui n’empêche qu’au delà de ce point de vue matérialiste, leurs idéaux mêmes s’en voient guidés.

 

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