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Aussi estomaqués que nous, nos collègues ont immédiatement comparé ce syndrome aux sidas qui continuent de les décimer. A plus petite échelle grâce aux préventions, mais de façon toujours plus véhémente. En tout cas, concordant avec ces VIH, ces modes de prolifération jugulent, s’introduisent et prennent possession d’atomes, qu’ils sucent jusqu’à les vider. L’analogie est surprenante mais intéressante, puisque ramène au même : enrayer une affection assoiffée, autonome et progressive.
Dingue, l’homme a poursuivi sa quête de l’espace, espérant découvrir êtres vivants, Ailleurs, la vie existait, mais à l’état primaire. Il ne s’agit pas de plantes ni d’animaux ou autres espèces, mais d’entités infimes assujetties aux lois sidérales et à celles de leurs colonies. Nous sommes peut-être devant le genre d’organites qui ont engendré la vie, les fossiles vivants d’équations primitivement perpétrées dans l’Univers. Pour cela, il faudrait projeter une simulation de ce qu’étaient et de ce que peuvent devenir ces macromolécules transformées. Un thème sur lequel la plupart des savants se penchent déjà. Notre liaison avec le Net les laisse participer journellement et les constats de Junior en ont interpellé plus d’un. Depuis le temps qu’ils potassent sur les thèses de la cosmogonie et de l’évolutionnisme ! De nous avoir retrouvés, comme de décortiquer nos registres médicaux, les ont largement préoccupés, mais là c’est l’apothéose. Pour rien au monde ils ne laisseraient passer cette chance d’éplucher des matériaux si anciens, de surcroît dotés d’un système végétatif, pour le moment non-caractérisé mais tellement annonciateur. Depuis qu’ils nous ont découverts, leurs départements ont en permanence été secoués. Après tant d’années de piétinement sur tant d’incertitudes, les occasions qui émergent sont une aubaine incontournable pour les inconditionnels.
Ainsi ce combat emplit notre actualité et grâce à la pluralité des entreprises qui nous incombent, des liens se forgent franchement. Prochainement les uns et les autres auront l’impression de se connaître depuis un bail. Certainement, les circonstances desservent de tels rapprochements, mais seul l’amitié les consolide. A la longue, l’Arche a relégué la besogne à Irisé 3 et aux corporations qui les secondent. Amplement intéressés, pour le plaisir de nouveautés ou tout bonnement intimement engagés, tous ces praticiens ont obtenu les budgets et se décarcassent. C’est hallucinant, en quelques semaines nous avons rattrapé ces quelques années vécues sans technologie. L’arbre est une réelle centrale, Junior fait exploser ses performances et plusieurs viviens deviennent ingénieurs en herbe.
C’est drôle, s’ils ne nous avaient pas trouvés, nous n’aurions su et peut-être aurions-nous été engloutis sans savoir ce qu’il nous arrivait. Par la force des choses, ils nous sauvent de l’ignorance comme de la mort. Pour nous c’est une sacrée leçon. Respectueux de notre contexte et intimement liés à lui, nous avions pensé n’être en proie à rien. Nous dépendons de la survie innée et croyons y jouer un rôle à part entière, mais ne sommes rien de plus que quelques vivants bien remplaçables. Comme pour contrarier notre humilité, nous nous retrouvons victimes de notre écologie, donc en passe de nous identifier à ces terriens que nous n’avons parfois pas compris. La vie n’a aucune préférence quant à ses supports et sait perpétuellement se déployer. Tout n’est question que d’ajustages. Nous en revenons à la démonstration que seules les énergies sont immuables, mères de tout ce qui constitue le structurel. L’existentialisme et la petitesse, dans laquelle tout être pensant est renvoyé, incarnent tout ce paroxysme. Nous ne sommes que prétextes à animer les flux. Là est le contraste fondamental entre l’important et le subsidiaire. Dans le cas des espèces vivantes, celles-ci sont subsidiaires, l’important est que la vie se perpétue quelle qu’en soit la forme. Notre éthique même nous a placés comme maillon d’une chaîne et l’idée de sauter sans qu’elle ne se brise, fout quand même une claque fulgurante.
Ceci dit, nous vivos ne relâchons pas notre étude, pendant que nos familles, lucides mais impuissantes, s’attardent à faire aboutir les plans envisagés pour Baby one. Et oui ! Au mépris de tout, l’existence continue et les villageois tiennent la route. Ils s’occupent des volontaires débarqués depuis peu. Pour eux, tout se passe parfaitement et les programmes prennent une tournure tout à fait respectueuse de leurs attentes. Ces répercussions réconfortent et ponctuent un journalier plus fructueux. Déjà, les recrues participent à tous les travaux de culture et de cueillette. Au départ, cela leur a valu de bonnes courbatures, mais nos onguents les ont soulagés tout autant que nous. Les plus robustes s’essayent au labeur de ces tâches physiques et bûchent, fabriquent ou bêchent ; tandis que d’autres s’adonnent à quelques ouvrages plus légers mais pas moins instructifs, tels la cuisine, la couture, mais encore la musique, la peinture... Ils se nourrissent de nos mets, sans exagération bien-sûr, mais aussi avec moins d’effets secondaires que pour leurs amis. Un certain nombre s’est également débarrassé des inhalateurs et leurs poumons paraissent trouver un intermédiaire pour se suffire de notre atmosphère. Pour comble, certains se sont même aventurés à troquer leurs costumes contre nos blouses et se laissent dorer au soleil sans que réaction autre qu’une peau halée ne se fasse. Les viviens ont de vraies affinités avec eux et se surprennent quelquefois à plaisanter sur ce qu’ils ont laissé passer depuis. Nos adolescents poussent exprès la raillerie jusqu’à flirter devant eux, pour leur insinuer de s’incliner face à leur libido... Ce dans toute la candeur du jeune âge... En résumé, ces individus découvrent des occupations toutes attrayantes et semblent y trouver une réelle exultation. Chaque veillée, qu’ils ne manqueraient pour rien, est une bonne opportunité d’exposer leurs sentiments et sensations. Ils extériorisent ainsi l’effervescence de leurs pulsions et confessent que de la sorte sollicités, cela leur fait du bien de partager. De fil en aiguille, les suspicions quant aux spécificités de ces élus s’affichent de moins en moins théoriques et cela nous met tous du baume au cœur.
Nous effectuons en outre des tests chroniques qui n’augurent rien d’anormal. Ces gosses exhibent une santé à la hauteur de ce qui les a déterminé tels des spécimens et s’acclimatent impunément.
De ce fait et décidément insatiable, Véra s’est énoncée sur des projets apparemment plus lucratifs que ceux déjà en marche. Un colloque a évidemment été préconisé pour que nos conseils respectifs puissent en juger. Cette fois, nous avons tous été moins cérémonieux. Véra nous contacte assez souvent pour que les règles de pure politesse s’estompent. Cependant, alors que nous allions l’écouter d’une oreille sereine, nous avons d’emblée ressenti un petit malaise, et pour cause ! Ne défaillant pas à sa droiture, elle nous a illico indiqué le pourquoi de cette entrevue : ils voudraient élargir leurs transferts au public. Leur ambition est non dénuée de logique ni de déférence et, avec courtoisie, elle nous a fait observer que nous pourrions acquiescer quelque options touristiques sans risquer plus ; puisqu’ils en sont venus à ces ébauches en ne pensant qu’au bien des leurs et en excluant tout mercantilisme.
C’est sûr qu’à priori, ce concept n’aurait pas dû nous emballer. Mais, nous nous sommes pris d’affection pour nos compatriotes et n’en craignons plus rien. Ils nous ont prouvé que nous pouvions faire confiance à leur modération et surtout qu’eux été aussi soucieux du devenir de Vivys que nous. Donc, les éventuelles colonisations que nous redoutions n’étant absolument plus envisageables, nous sommes moins réfractaires à leur débarquement, quel qu’il soit. Notre doyen a apprécié sa démarche et a même acquiescé. Nous consentons à jeter un œil sur leurs plans, parce que nous pensons qu’il y a effectivement quelque chose à faire. Notre morale est similaire à la leur et tout comme eux, qui nous ont secourus sans rechigner, nous les épaulerons. En outre, nous avons envie de donner à ces gens empreints de savoir-vivre la liberté de suivre le naturel et d’en tirer meilleur parti. Véra ne s’attendait pas à ce que ce soit aussi rapide… C’est la première fois que nous la voyons décontenancée, bien que ravie.
CHAPITRE 25
Ainsi chargée d’innovations, cette aventure se décide-t-elle à prendre un rythme plus sensé. Depuis assez longtemps parmi nous pour s’être imprégnée, Irisé 3 poursuit la mission amorcée. Chacun élabore et évolue indépendamment.
Strauss et Adélaïde n’en démordent pas de Junior et m’exposent tous les jours de nouveaux moyens de l’améliorer. Puisque la maintenance de leurs vaisseaux n’est pas si monopolisante et qu’ils n’ont pas grand chose à faire, ils s’évertuent à exploiter leur quotient comme ils le peuvent. D’ailleurs, nos informaticiens, Clovis et Carmélia, se sont joints et tous les quatre forment un groupe bien singulier. Incarnant peut-être l’exemple le plus flagrant et le plus loyal des amitiés qui se sont journellement formées. Ainsi, ont-ils peu à peu remplacé les pièces défectueuses ou usées de notre auxiliaire commun, allant jusqu’au moindre bitoniau. Mon petit alter ego se pare donc des meilleurs instruments et s’orne des gadgets les plus pointus, plus rien à voir avec ce QG qui nous avait valu tant d’huile de coude. Son écrin de bois conserve son allure de cocon ; par contre les écrans, hologrammes, scanners et ordinateurs, nullement disparates ou rétrogrades, y font briller une étincelle bien moderne. Et puis avec les graphes tridimensionnels, les touches sensitives ou lumineuses et tout le reste, un jeu incessant de faisceaux s’acquitte d’y rendre l’ambiance plus que délirante.
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