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Ces expatriés vivent très bien, ne sont pas rejetés, juste à part, mais continuent de mourir trop jeunes. Certes, d’énormes progrès ont été faits et de plus en plus semblent surmonter les phases critiques, malheureusement ils sont insuffisants. Enfin, cela sustente l’illusion de s’adapter un jour. Clairement, IRIS regrette cette routine aseptisée et contrebalance avec ces ressortissants prêts à s’éprouver en site hasardeux.
Jetant un coup d’œil à leur médecin, Vénus a fait mine de vouloir parler. Elle ne s’est cependant pas lancée tant qu’Igor n’a pas acquiescé d’un hochement de tête. Alors, elle nous a conté que c’est dans ces groupes que le syndrome chlorophylle s’est déjà déclaré, hélas la plupart n’ont pas tenu plus de quelques mois. Les médecins ont compris la réciproque oxygène-carbone que la translation entraîne, n’empêche qu’ils n’ont pas déniché le moyen de faire avec. D’ailleurs, bien que cela puisse nous choquer, chez eux, ce mimétisme est le plus mortel qu’il soit. Bizarrement, ces collectivités essuient bien des maux mais dès que le virus vert entre en jeu, il semble que le décès soit le seul dessein envisageable. Ces morphologies asthéniques n’ont guère l’endurance de cohabiter. Les puces auraient pu minimiser en d’autres temps ; mais à ce jour, elles ne triomphent pas de l’apanage végétal, ni des agressions qui s’y ajoutent. Elle nous a narré tout ça d’un trait, sachant bien que nous n’en reviendrions pas de n’avoir été de cette confidence plus tôt... D’un signe de la main, elle nous a même dispensé de relever et a poursuivi sur un ton aussi sérieux et respectueux que possible.
La verdure robuste et assassine a envahi l’espace et offre terrain de prédilection à tous ces agents pathogènes en incubation. Elle supporte les ultraviolets et amasse inexorablement plus d’oligos grâce à ses philtres, mais donne aussi cette performance aux spores qui y élisent domicile. Autant que cela puisse déplaire, les microbes et parasites ont surmonté et se sont renforcés de cette inhérence des éléments entre-eux. Alors qu’après la sécheresse, puis la résurgence du naturel, l’humain en est venu à ces habitats hermétiques et transparents qui le protègent tout en le leurrant d’une liberté fictive. Grâce à cet air humide et poisseux, cette température réchauffée, ces bacilles ont inlassablement proliféré. Respirées, elles s’immiscent et optent souvent pour le cerveau, le cœur ou les poumons, y trouvant centre d’énergie et apport d’oxygène. Ces infections passent en fait par les capillaires et étouffent quasiment leurs victimes. L’être vivant est un nid parfait, malheureusement peu l’encaissent et se voient s’hébéter irrémédiablement, avant de mourir dans d’atroces douleurs, rongés et affaiblis. Ils s’agit en quelques sortes de sidas évolués, mais aucune certitude n’avalise ces rapprochements, sinon la manière dont les contaminés dépérissent. Une fois leur proie sucée jusque la moelle, les virus infestent un proche plus en forme, abandonnant leur premier hôte à une léthargie cérébrale ou nerveuse fatale, devançant la mort clinique, écourtant la souffrance de ceux devenus légumes, puis les tuant. C’est la première fois qu’Igor laisse le sujet s’envenimer. Jusqu’à présent il avait escamoté cet aspect. Pourquoi ? Nous l’avons su très vite.
Quelques-uns atteints du gène vert, fatigués de n’être que des matricules au service des Instituts ont fui pour s’installer ailleurs. C’est en fait eux qui ont ouvert ces exodes jusqu’à s’approprier ces citadelles dans lesquelles ils pourraient évoluer sans être lorgnés, mais cela ne leur a plus suffi. Comme habités par un sentiment indéfinissable, ils ont voulu aller au bout de leur tentative. Ils n’ont plus réprimé ces transformations, au contraire... Là sont les seuls cas extraordinaires qui détonent de tout ce qui nous a été relaté. Eux sont uniques dans leur genre, puisque se sentent mieux ainsi et c’est vérifiable tant physiquement que moralement. Ils ont eu la courage de relever tous les défis et de s’aventurer où nuls n’aurait passé plus d’une heure. Ce sont ces marginaux, cette fois parfaitement décidés, qui les interpellent le plus. Rapidement, leur facteur commun a été discerné. Ces derniers portent tous un pacemaker, une pompe ou un organe artificiel suppléant un fonctionnement vital. La chlorophylle passe par ce moteur et éconduit cette fois toute intrusion bactérienne, comme décidée à exploiter le rendement de ces corps spéciaux, qui lui offrent asile. Ces élus sont non seulement parés d’un allié bien surprenant, mais parviennent aussi à juguler ces proliférations qui en assassinent d'autres. Artificiellement maintenus, leurs rouages résistent jusqu’à se familiariser. Ainsi, après une courte période d’extrême fatigue, qui devrait les tuer, eux dépassent le cap. La chlorophylle parvenue à s’introduire les arme selon leurs facultés latentes et vient à bout d’affections pourtant mortelles. Rose nous a même spécifié que vu cette révélation, ils avaient tenté des greffons leurres sur certains volontaires, mais l’alchimie ne s’était pas produite. Ces mutants ont donc leurs infrastructures, sont respectés et aimés. Ils sont peut-être seule clé en puissance d’une prochaine vie libre et les gens admirent leur résistance un poil mystique. A l’instar des viviens, qui ont restructuré jusque leur chromosomes, certains connaissent une fortification, pas aussi entière bien que générale. D’ailleurs, petit détail supplémentaire, leurs taux hormonaux sont généralement augmentés et ils sont souvent de purs exemples de masculinité ou de féminité, loin de la morphologie neutre de leurs voisins. Là aussi, nos amis ont été surpris, pourquoi avons-nous viré vers ce physique singulier, alors qu’il n’en est rien pour les leurs.
En bouclant, Rose a eu un rictus plus tendu... Cette minorité ne peut pas être imitée et ses atouts s’étendront difficilement à tous. Quoiqu’une génération de puces qui éluderait la dégradation et le dépérissement organiques, au même titre qu’un pacemaker ou qu’une pompe ait été amorcée. Greffées sur le cœur ou les poumons, elles en deviendraient l’alter ego et évinceraient ces éventuelles usures. En effet, c’est bien parce que la chlorophylle a une croissance au dessus de leurs capacités de restructuration, qu’ils ne passent pas le stade crucial et que seuls ceux secondés d’une sorte de moteur supplémentaire tiennent le coup. Evidemment, l’organe artificiel est un privilège que lorsqu’il supplée un élément vital. Nous en venons à notre différence capitale. Pour ces contaminés, il s’agit bien d’une altération et non d’une évolution en tant que telle, aux plus tenaces de triompher. Nos similitudes se font moins évidentes… Nos gosses incarnent bien une sous-espèce parfaitement identifiée puisque naissent viviens.
Igor a finit par conclure, inférant qu’il leur tardaient de confronter nos bilans à ceux de leurs mutants. Aussi les avons-nous conviés à jeter un œil sur nos topos... Je crois que nous avons assez fait durer le suspens... Nous sommes déjà en route vers l’arbre et certains pressent même le pas, au cas où nous changerions d’avis. Finalement, Junior se défend plutôt bien pour un ordinateur de sa génération et ils ne s’attendaient nullement à ce qu’il nous ait si finement auscultés. Peut-être flatté, mon acolyte leur a passé en revue nos fichiers, scanners, relevés sanguins et tout le tintouin. Brusquement rappelés au vif de leur intérêt, leur professionnalisme a dare-dare pris le dessus et les questions ont fusé. Tron a favorisé des réponses simples... Bien qu’évolutives journellement, nos transformations sont donc génétiquement achevées et la régénération qu’elles semblent régir apparaît nettement sur nos clichés. Ce sont nos aptitudes et notre tempérament qui nous permettent encore de progresser. L’assurance que nous nous soyons mutés jusqu’à moduler notre patrimoine s’avère, comme celle que nous ayons dépassé toute contamination, donc que nous soyons ni plus ni moins une nouvelle race, des hybrides plus que des mutants. Portés au grade éminent d’entité universelle, nous en aurions long à dire, mais ce n’est pas l’heure d’être philosophes, ne soyons pas farfelus non plus. Nous vivons de ce que nous sommes, la pétulance individuelle sert l’apogée de la pensée globale pour l’échafaudage du futur. Au delà de tout, nous avons acquis une morphologie typique à Vivys, qui en l’occurrence englobe tous les règnes. Animal, végétal ou minéral, nous sommes tous chlorophylliens.
Les sentant plutôt sceptiques, nous leur avons proposé de faire eux-mêmes quelques analyses. Isadora s’est enhardie, il est tôt et peut-être avons nous le temps de nous y mettre sur le champs. Pas de problème. Comme elle a insisté pour que nous procédions à ces examens dans sa capsule, nous avons rétorqué que nous prélèverions quelques spécimens en chemin. Ceux de son choix, comme ça aucun parti pris. C’est ce que nous avons fait en plus d’envoyer les enfants nous capturer quelques animaux. Ce sont vraiment leurs compagnons de jeux et ils ne sont aucunement effarouchés. Aussi, avons-nous commencé pas beaucoup plus tard. Electra a été sélectionnée et s’est docilement prêtée aux examens. Nos amis ont avoué n’en avoir jamais approché. Evidemment, chez eux il en ont des domestiques, surtout des chats. Mais des mangoustes, écureuils ou chiens de prairies... Pensez donc ! D’autant que ceux-ci sont des hybrides tout comme nous, ils n’ont donc rien à voir...
En somme, vu leurs outils, Isadora est vite allée en besogne et nous n’avons pas langui longtemps. Un faisceau a simplement concrétisé les coupes tissulaires en trois dimensions, pendant qu’une voix a nonchalamment commenté chaque phase de numérisation. Le syndrome vert leur a alors garanti son ubiquité. Eux, sont accoutumés à le traiter comme une maladie, à laquelle quelques chanceux s’habituent, ils ne peuvent que concéder qu’il n’en est rien dans notre cas. Nous ne contractons aucun traumatisme, ni n’avons essuyé d’épidémie, mais sommes profondément modifiés. Le temps a coulé et à la différence d’eux, nous avons suivi une réelle métamorphose et formons bien un genre inédit. Ils sont pantois, leurs historiens, sociologues, cytologistes, philosophes ou savants s’évertuent à démontrer que l’évolutionnisme n’est pas théorique. Là, ils en ont une démonstration on ne peut plus claire. Quoi de mieux que des résultats scientifiques ? Cela les déboussole car souligne que nous soyons antinomiques de ce qu’ils avaient imaginé. Quoiqu’ils puissent objecter, leurs mutants ne sont qu’un moyen terme et Igor s’est même interrogé.
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