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Essai philosophique et scientifique "C'est la vie" - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF et IMPRIMER LE MANUSCRIT

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Une fois auprès de Junior, nous leur avons sorti nos fameuses cartes et nos rapports peu probants ont promptement été épluchés, nous soulignant notre réel manque à ce niveau. Notre déception n’a toutefois pas duré... Igor a contacté sa base, l’hologramme s’est matérialisé et il a passé plusieurs ordres... Son interlocuteur a décrété que tout ceci était en cours. De leur côté leurs auxiliaires n’ont pas chômé, ont expédié des sondes et Igor trouvera leurs bilans en rentrant ce soir. Ils sont incomplets et risquent de retarder notre sortie, mais la suite ne sera pas longue à venir. Leur commandeur a pris sur lui. Bon, si ce n’est pas demain, ce sera après-demain... Mais c’est mieux d’élaguer notre parcours, l’expédition n’en sera que plus fructueuse. Visiblement il ne se doute pas une seconde de notre trépignement interne... Enfin, s’ils veulent parfaire leurs données avant de se lancer, comment les en dissuader. Après tout ce seront nos pilotes et cela leur réserve encore ce droit de veto. OK ! Nous avons assez attendu pour que quelques vingt quatre ou quarante huit heures supplémentaires ne nous achèvent... Retournons au village. Grégor et Tron ont ouvert le pas, décidés à cacher leur déception... Nous les avons imités...

Comme de coutume, nos familles ont préparé le souper. Un grand feu brûle, les réverbères sont allumés et Grégor nous a menés vers la grande table. Là, Igor a repris la conversation de ce matin. Ce qu’ils ont vu est exceptionnel et tout terrien serait positivement animé par une telle visite. Reprenant sur un ton plus sérieux, il a comparé de façon peu gratifiante avec eux. Ils contrôlent à longueur de temps leur immunité déboussolée, qui s’amenuise de lignée en lignée et qui ne leur augure rien de meilleur. Ils se sont rendu compte trop tard des conséquences génétiques d’une société sous verre, désormais trop sensibles, ils continuent à s’aseptiser, améliorant cabines, SAS, vaccins, injections et autres parades. Ironique et aussi ridicule, même dérisoire que cela puisse paraître, ils doivent cependant affronter les terrains bannis pour s’approvisionner en éléments indispensables aux traitements viraux qui stimulent leurs anticorps. Rien à voir avec une promenade dans nos cultures. Non, là les sentiers sont souvent impraticables, les insectes et acariens abondants, les animaux furtifs et sauvages... Sommairement, un vrai calvaire. Evidemment les cybos y trouvent un rôle sûr, mais l’intervention sur le vif est incontournable et quelques-uns doivent s’y aventurer tout de même. Nous verrons que les paradoxes sont plus que récursifs et impardonnables pour cette planète initialement pourvue des plus belles aptitudes, alors parons-nous pour que notre indulgence ne se lasse pas. C’est ainsi que leur chef a choisi de nous présenter la chose... Il déplorerait de nous mentir ou de nous brusquer, alors autant nous prévenir par quelques sous-entendus plutôt explicites.
A l’opposé de notre communauté qui met en exergue une civilisation dotée des meilleurs atouts, eux n’en ont plus vraiment à revendre. Les ethnies se sont éclipsées au profit de leurs conglomérats unifiés d’une neutralité désarmante. Des premiers siècles, aux tendances primitives incarnées par la loi de la jungle, aux suivants avec leurs stratagèmes sournois, l’évolution a été bien aléatoire. Les civilisations se sont d’abord décimées pour mieux dominer, puis pour survivre, mais n’ont légué qu’un piètre patrimoine. C’est cette peur de l’inconnu, de n’être qu’un élément parmi tant d’autres qui a tout manigancé dès le départ, il y a plusieurs millions d’années. L’animal a eu pour lui la sélection naturelle et ses cycles ont respecté les bases fondamentales. En revanche, l’être éminent se retrouve destitué de ses biens et de son environnement, comme poussé de son nid par un oisillon coucou, nulle autre que la nature, qui se gargarise inéluctablement de son adoption par les gènes. Sachez que le coucou est un oiseau qui élève son petit par procuration. La maman tue et éjecte le petit d’un nid parfaitement étranger pour y placer le sien. Lui sera nourri et logé par des parents adoptifs qui ne se douteront pas de la substitution. Pour l’homme c’est similaire, la nature lui préfère ces armadas d’agents microscopiques, pourtant porteurs de vie mais incompatibles avec lui.
Isadora a poursuivi, aussi émue que son compagnon. De nous voir évoluer ainsi, délivrés et maîtres de notre habitus frôle l’utopie. Chez eux, la particularité de ces minuscules assaillants que sont les microbes alourdi leurs manques. Comment savoir si politique erronée il y a eu, ou s’ils y étaient voués ? En tout cas, la maestria avec laquelle leurs virologues manipulent la génétique ne leur a pas fait acquérir cette ardeur tant convoitée. Bien au contraire, peut-être plus saine parce que constamment astreinte à une salubrité irréprochable, leur espèce n’en est pas moins affaiblie. A leur tour Roméo et Juliette sont intervenus. Ils ont évoqué l’exemple de la E140, pour ses cent quarante équations, une injection dérivée d’un fluide initialement testé dans l’aérospatial... Non ! le fluide ? Les écoutant, j’ai cerné le sujet en cinq sec et pour cause... J’ai été touchée... Une pensée pour le Tri, s’il est toujours en vigueur, j’irai y faire un tour, cela amusera et enrichira autant Junior que moi. En attendant, nos deux cosmologistes nous ont relaté que les essais ont été éloquents et qu’utile aux élites en mission, la E140 sert amplement. Elle renvoie à une acuité rehaussée le temps des vols et remédie surtout aux troubles physiologiques encourus pendant un long voyage et une apesanteur prolongée. L’injection régule l’afflux au cerveau, la fonction rénale et les globules rouges, leur évitant ce dont leurs ancêtres souffraient : les gonflements de têtes, l’assèchement, l’anémie, l’affaiblissement musculaire ou la friabilité des os. Ainsi voguent-ils plus longtemps dans cet espace dont ils rêvent de percer les secrets. Juliette a tout de même tenu à spécifier que l’usage de ce genre d’amphétamines, commun pour les scientifiques et encouragé par leur impératif de performances, leur est cependant réservé.
Pas moins intriguée que quelques-unes de mes thèses ne soient désuètes, je me suis hasardée à parler de la transplantation et du brevet des puces électromagnétiques, anges-gardiens chouchoutés des Instituts. Plutôt surpris, mes interlocuteurs m’ont immédiatement demandé comment j’étais au courant, sans quoi ma réponse que j’ai voulue aussi modeste que souhaitable les a transportés :
- “Quoi ! Que diable ne m’étais-je pas identifiée plus tôt. Mais oui, Maë !”
Ils n’avaient pas fait le rapprochement. Bien-sûr que l’idée a été reprise, même concrétisée. Enhardies depuis mes prototypes, qui présentaient certaines anomalies, ces puces ont poursuivi leur chemin et tous en sont aujourd’hui porteurs. Paf ! La claque ! Comment ça tous en portent ? Bêtement, j’ai senti mon visage s’empourprer. Non, non, aucune satisfaction, bien au contraire ! Que d’invraisemblances passent le cap sans nous enchanter. Adélaïde a alors ébauché une rétrospective un peu rébarbative des dysfonctionnements décelés sur mes prototypes et son insistance m’a quand même passablement énervée. Après tout, je suis nantie du modèle initial et ne souffre pas de ce dont elle parle. Enfin, me reprenant en omettant de lui mentionner qu’ils sont face au premier cobaye bipède, je l’ai écoutée. Tron et les autres ont suivi avec le même stoïcisme, ils savent ce que j’en pense et ne veulent pas mettre le pied dans le plat. Nous avons su que sans donner la solution, les microprocesseurs parviennent à endiguer pas mal de perturbations de l’esprit comme du corps. Comme prédiqué, les globules blancs ou centres nerveux sont stimulés et certaines défaillances sont étroitement réprimées. Averties de toutes ces mutations et floraisons bactériologiques, d’amont en aval, les peuplades ont facilement adopté cette protection pourtant peu banale. Les Instituts ont patronné ce phénomène pour tous les influencer à se faire greffer, accroissant obstinément leur emprise. Ainsi parqués, inventoriés, dirigés jusqu’au moindre de leurs gestes, presque endoctrinés, ils se sont pliés à l’immatriculation sans maugréer, ni même sourciller... Loin est le temps où ils se seraient battus pour ne pas être des numéros !
Ne s’éparpillant pas, Strauss a pris la suite, insensible à nos impressions et voulant certainement en finir avec ce chapitre. Donc, ces puces accréditent une inspection continue mais discrète et sont secondées de portiques aux fonctions toutes aussi médicales. Ces derniers, fondus dans les architectures des villes, se chargent de repérer tout malade. Les passants sont contrôlés lors de leur va-et-vient, ne sentant nullement les faisceaux ou infrarouges qui les inspectent sur leur chemin. Ils sont identifiables grâce aux implants, plus de cartes ou autres. Continuité des cabines, ces portes lumineuses affichent irréfutablement la technologie acquise, mais surtout leur prévention surdéveloppée. En outre, les cabines existent toujours, recevant et soignant ceux bipés par les portiques. Grâce aux puces, les cardiaques, épileptiques ou autres se voient soulagés de leurs crises d’adrénaline et ne contractent plus les mêmes maux... Tandis que les handicapés mentaux ou physiques y trouvent aussi matière à bousculer des sens pourtant franchement endormis... Bref, c’est le triomphe de l’Intelligence Artificielle dans toute sa splendeur. A les entendre, “ils ne sont jamais malades”, ces moyens les blindant continuellement.. Ce qui est moins drôle c’est que ces implants ne sont valables que dans certains cas bien spécifiques. Ils réagissent par rapport à une banque de données définie par leurs bureaux et sont parfois décontenancés face à des agents pathogènes inconnus. Certes, c’est rare et touche essentiellement les équipes externes, mais tout de même... Quelques intrusions bactériologiques ont parfois bravé leurs formidables forteresses et ils leur est arrivé d’essuyer d’effrayantes épidémies. Dans ce cas précis, rien ne va plus... tant qu’antidote ne les sauve pas... Ensuite chacun se rend aux Instituts mettre à jour sa puce, histoire de ne pas succomber de nouveau. Le virus cerné est décortiqué, ses éventuelles sous-familles sont également mis à l’épreuve et tous rentrent chez eux, nantis de ce transcodage inédit qui aurait pu leur coûté la vie. Pire encore, une seule coupure, une plaie mal soignée peut dévoiler des déficiences insoupçonnées... De quoi donner des frissons... Enfin ce dernier exemple est de mieux en mieux résorbé, surtout pour les civils qui ne quittent pas leurs citadelles, finalement nid douillet et abri de prédilection.
Isadora s’est soudainement immiscée :
- “Ne nous formalisons pas... Tout ceci est largement entré dans nos mœurs... En revanche, il y a une autre tranche de notre saga qui risque de vous appâter autrement plus.”

 

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