p35 Page Précédente < > Page suivante
Enfin, nous l’avons laissé s’exprimer, elle saura bien assez tôt qu’elle n’a affaire à aucun malade et qu’au delà de mutants, nous sommes carrément une sous-espèce depuis longtemps mature.
Comme pour alléger ce qui vient d’être entendu, Adrien et Vénus ont poursuivi par une apologie de ce qu’ils vont observer. La richesse de nos sols, cette verdure épanouie, radieuse et parfaitement en harmonie avec nous, ont de quoi éveiller toute leur admiration. Ils sont loin de cette flore sauvage et impraticable qui chez eux les nargue et ils comptent se consoler en réalisant un formidable reportage glorificateur de notre Eden. Cela exigera également de scanner chaque spécimen et ils y pêcheront certainement quelques substances curatives et introuvables chez eux... Mais nous ne serons pas directement impliqués et cela ne peut que nous faire mieux connaître nos alentours. En plus, comme leurs homologues s’y intéresseront volontiers, nous pourrons nous immiscer dans leurs équipes... Il est évident que nous avons retrouvé les fonctions originelles des plantes et de les comparer aux produits de synthèses qu’eux utilisent sera plutôt utile, tant pour eux que pour nous d’ailleurs ! Nous n’en sommes pas si sûrs, néanmoins c’est vrai qu’élargir notre culture, dans tous la sémantique du terme, est bienvenu... Roméo et Juliette ont renchéri des études qu’ils pratiqueront au sujet de notre cosmos et qu’ils mettront en relation avec celles précitées. Les flux, les magnétismes ou les cycles ont leurs lois et pour Vivys qui défie les normes, les mettre en exergue ne peut être qu’instructif. Julien et Rose ont conclu, stipulant que parallèlement aux registres d’Isadora, ils voudraient parfaire notre profil psychologique et sociologique. Pour ce faire, ils devront s’entretenir longuement avec tous les viviens, écouter leurs récits et leur faire passer des épreuves escortées d’autant d’examens probatoires.
Vu leurs attributions réservées à la maintenance de leurs engins, Strauss et Adélaïde n’en ont pas rajouté, ils n’auront personne à ausculter. Ce qui ne les dispensera pas de fureter, tant ils sont intrigués par l’arbre et Junior... Ils ont pris le parti de détendre l’atmosphère en se vantant d’être les seuls petits veinards qui profiteront de la croisière.
A posteriori ce bilan nous a résolument déroutés, tandis qu’inébranlable Igor s’est enquis de nos impressions... Ils sont pour le moins directs. Tron ne s’est pas fait prier et a avoué que pour une simple visite cela prend des allures d’investigations astronomiques, desquelles il ne s’étonne même s’il les récrie. A part les projets botaniques d’Adrien et de Vénus, qui ne sont que continuité de nos recherches, il admet leurs intentions, mais les trouvent bien hardies et s’y oppose malheureusement dans la forme autant que dans la pratique. Quelques temps seront inévitables pour mieux nous jauger mutuellement. Condamnés à une course effrénée, subordonnés à un environnement versatile, eux ne peuvent être qu’en quête de nouveaux sites. Hélas, notre long désarroi et l’instinct de survie qui en a résulté nous induisent d’agir pas à pas. Si précipitée, l’implication des nôtres pourrait être mal vécue et surtout radicale pour la pérennité de notre lignée. Leur besoin de potasser notre contrée, à des fins légitimes certes, ne l’enivre pas autant qu’ils le sont. Irisé 3 n’en mesure que les bénéfices, puisqu'aveuglément pense nous desservir pareillement qu’eux... Or, ce n’est pas si élémentaire d’harmoniser deux mondes aux antipodes. Qu’ils veuillent examiner pourquoi nous nous en sommes si bien sortis, les réelles données de notre milieu ou tout ce qui s’y inclut, est logique et non sans intérêt ; pourtant, Tron n’approuve pas entièrement.
Nous autres partageons ses pensées, sommes parfaitement en phase et tenons à énumérer autrement plus les débouchés de telles entreprises avant de les laisser faire. Nous ne sommes pas au courant de leurs intimes spéculations et excluons d’y sacrifier notre éthique par inattention. Jugeons d’emblée des plausibles développements et conjurons tout regret. D’accord, les parallèles sont incontournables, mais agir par degrés aussi. Contents de rencontrer leurs ancêtres, nos pairs ne sont pourtant guère sensibilisés à ce qui justifierait de telles démarches et se renfermeraient plutôt que de leur venir en aide. Il ne faut pas oublier que plus des trois quarts sont nés ici et sont viviens dans l’âme. Intelligents, ils peuvent s’ouvrir à toute perspective sans tolérer pour autant d’être ballottés pour quelques exercices terriens. Tout a un temps... Nous vivons selon des bases naturelles, nos corps et esprits y sont accoutumés. Ces interminables consultations comme les moyens qu’elles requièrent peuvent irrémédiablement altérer notre vitalité. Gérés par un structurel loin des instruments et des produits qu’emploient couramment nos congénères, nous échelonnerons intelligemment les référendums auxquels ils pensent. Tron ne leur a pas si bien exposé nos préoccupations mais en a récapitulé les principaux axes. En conférencier expert, il a subtilement couronné sa réponse en inversant les priorités. La troupe d’Igor est si éloignée de nous, qu’eux-mêmes doivent délimiter leurs vraies urgences... Attendre un peu leur concédera de n’être victimes d’aucune mauvaise surprise ou d’aucun effet indésirable... Qui sait ? Mieux vaut ne pas se laisser aveugler... Rien est sûr...
Se lancer à chaud ne donnera rien de franchement construit et nous usera sottement. Autant peaufiner nos affinités et frayer notre sentier en se donnant plus de chances d’aboutir. Sa rétorque a été posée, et ayant ainsi contrebalancé leurs échafaudages par d’honnêtes arguments, il les a convaincus d’avancer prudemment. La précipitation n’apporte que fourvoiement et rien n’oblige à brûler les étapes. Nous, avons su nous ingénier un style de vie, le défendons avec probité, sans animosité, plutôt avec sagesse. Par bonheur ces principes leur ont paru justifiés... Après cette conversation, plus exactement cette mise au diapason, l’idée de temporiser a été agréée, pour bûcher conjointement, en vue de verdicts collectifs.
Déjà, nous profitons, puisqu’avons parallèlement insinué en quoi les uns serviraient aux autres et vice versa. Nous entamerons une initiation de nos races respectives et étofferons le canevas de notre élaboration respective. Après cette rubrique un peu branlante qui aurait pu envenimer la situation, nous sommes heureux d’avoir atteint un intermédiaire gratifiant pour tous.
CHAPITRE 18
Cette troisième journée s’annonce très instructive et suite à notre discussion d’hier, Igor a fait imprimer plusieurs documents retraçant leur histoire Nous nous sommes installés sous le préau de l’entrepôt et c’est Isadora qui a commencé, nous distribuant quelques feuillets. Etant donné ses attributions, elle nous a préparé un condensé de leur évolution. Médecin-biologiste, elle débutera par ce qui a influé sur l’humain en tant que tel, notamment le structurel et ses impondérables.
Ni une ni deux, elle n’a pas fait plus de détours et a attaqué à propos des diverses persécutions que la résurgence de maints syndromes leur a infligé... Sur Terre, les virus se sont répandus et ont pris le dessus quasiment sur tous les continents. Engendrés dans des zones à forte croissance pathogène, les fléaux contagieux ont tout envahi. Naguère, nous puisions nos matières premières dans ces régions abondantes, il n’en est plus rien et le constat est amer. A part certains cas circonstanciés, seules la flore et la faune ont épousé ces transformations moléculaires, se déployant au détriment des villes, survivant à tout et perpétrant une nature sauvage, aux paramètres variables. La démence connue lorsqu’IRIS s’était paré de son sobriquet d’Arche n’était qu’un timide prélude. Rapidement, les mimétismes se sont décuplés et, quoique non prouvées, les théories évolutionnistes ou celles du biomagnétisme ont pris raisonnance. Ces thèses ne définissent toutefois aucune déformation anarchique, au contraire elles défendent une bonification génétique optimale. Or, rien d’une telle discipline biotique n’a jamais été fichée et c’est bien ce qui a décontenancé. Il s’est avéré que tout un autre monde moléculaire prenait forme et qu’il serait impossible d’en déterminer les intervenants comme leurs seuils. En plein dilemme, les têtes ont alors tranché et plutôt que de mettre en péril leurs ressortissants, ils ont opté pour une prévention accrue. Ne croyez pas que cela ait été si simple. Isadora a poursuivi, précisant qu’IRIS a parfois eu le mauvais rôle. Pourquoi ne seraient-ils pas les investigateurs de ces proliférations ? Alors que leur souci était justement d’en venir à bout, quelques-uns en doutaient. Quelle ambiance ! Tous se méfiant de tous... A ce moment, les Instituts avaient même publié de quoi démontrer que ces mimétismes leur étaient antérieurs. Hélas, la confiance des civils n’était pas toujours au rendez-vous. Ballottés par tant d’aléas, ils perdaient parfois pied. Isadora a visiblement été un protagoniste actif, son amertume en dit assez, aussi elle a écourté. Elle s’est adressée à Rose, lui demandant de boucler, puisque le chapitre qui suit est de son ressort. La sociologue s’est donc levée, nous a situés dans leurs polycopiés et a repris.
Les terriens ont définitivement fugué les zones de fragmentations moléculaires pour se réfugier dans des verrières closes, gigantesques serres où la race a continué son évolution. Des années de labeur ont alors émoussé un tel réassort... Les trois continents ont conflué vers des structures identiques de charpentes cubiques, en fibre de verre, multifonctions et encastrables entre elles. Celles que j’avais connues subsistent dans quelques régions mais sont inhabitables et ont été remplacées jour après jour... Elles ont cependant été anticipatoires. Utiles aux ménages et antisismiques, leurs armatures ont été révisées et constituent toujours les squelettes des derniers bâtiments. Tous les circuits énergétiques requis pour les besoins domestiques sont conduits par des câbles parallèles à ces carcasses, réceptrices et conductrices de l’électricité suscitée par leurs fameuses photopiles.
p35 Page Précédente < > Page suivante |