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Essai philosophique et scientifique "C'est la vie" - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF et IMPRIMER LE MANUSCRIT

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Les autres portent ces habits synthétiques, satinés, cintrés et accessoirisés de gadgets bien plus pointus que nos vieux ceinturons. Insistons enfin sur nos physiques et comportements respectifs qui soulignent autant de divergences... Semblant en lévitation ou n’éprouvant qu’une gravité minime, nous viviens nous déplaçons presque par glissements et chacun de nos gestes prolonge nos mouvements. A l’inverse, eux restent dépendants de leur enveloppe charnelle, aux amplitudes restreintes et à la stature rigide. Jusqu’alors nous ne nous en étions pas autant aperçus, nous pensions simplement avoir plus d’aisance... N’empêche que visiblement il n’est guère question que de sveltesse, les notions de magnétismes qui dominent notre planète doivent entrer en lice... Sans cette dose d’électrolytes qui nous prédispose, nous ne paraîtrions pas si légers. Ce ne sont pas les principes d’inertie même qui sont en cause, ce sont nos propres corps qui y répondent autrement. Enfin, tout ceci n’est qu’un préambule aux révélations que nous pressentons... Ces compatriotes d’une autre dimension nous en dévoileront d’autres bien plus impromptues... C’est comme si nous avions fait un bond, ni en avant ni en arrière, mais ailleurs...

Dès le petit déjeuner, cette journée a démarré dans la même courtoisie. Nous avons dressé la table de banquet et le buffet est ouvert à tous... Plusieurs se sont joints, tandis que d’autres, moins affriolés, ont vaqué à leurs occupations. Les enfants sont les plus curieux et scrutent ces étrangers sans complexe, allant parfois jusqu’à les toucher, même les pincer... Histoire de vérifier qu’ils soient fait de chair... Nous avons ouvert la discussion, leur demandant si leur nuit avait été bonne. Adélaïde s’est littéralement exclamée... Quel repos ! Elle a dormi comme un loir et a même tellement rêvé qu’elle n’en revient pas de ne pas être fatiguée... Rose a relevé, soulignant qu’elle aussi avait pas mal rêvé et que c’était même bizarre, d’habitude elle ne s’en souvient pas. Julien s’est alors gentiment moqué, c’est normal... Elle ne se couche que si épuisée, insomniaque, il lui arrive de ne dormir que deux ou trois heures sans que cela ne la perturbe... Pour une fois qu’elle a fermé les yeux plus d’un quart de cadran, son esprit s’en est gargarisé et s’est évadé en prévision des prochains jours d’éveil qu’il sait inévitables... Nous avons ri... C’est pourtant primordial de bien dormir et de rêver... Pour nous c’est naturel grâce à notre horloge interne si bien réglée. Isadora a relevé, précisant que notre atmosphère ou ambiance, comme nous voudrons, doit y être pour quelque chose... Car une certaine sérénité les a incontestablement envahis depuis qu’ils sont arrivés et cette nuit apparemment aussi bénéfique pour leurs corps que leurs esprits ajoute à cette corrélation qu’elle jugerait de structurelle. Ah non ! Pas tout de suite les élucubrations ! Bois ton thé ! C’est Igor qui a parlé, non en tant que commandeur mais en tant qu’époux :
- “C’est pas possible! Toujours dans tes pronostics, ne peux-tu pas te relâcher un peu ?”
Tous l’ont lorgné non sans surprise et Adélaïde ne s’est davantage abstenue :
- “C’est la charité qui se fout de l’hôpital ! Car plus sérieux et concentré que vous, Igor ? Nous ne connaissons pas... Que se passe-t-il ? Avez-vous si bien dormi, que vous regrettez déjà cette impression de cocon douillet ?
De nouveau nous avons pouffé... Décidément, il n’a pas fallu longtemps pour les dévergonder, un tout petit peu, mais assez pour que ce soit à noter... Nous ne nierons pas l’incidence qui émane évidemment de nos alentours... Nous-mêmes avons apprivoisé autant de disciplines, parfois on ne peut plus impalpables, que nous ne le mettrions pas sur le seul compte de notre sagacité.
En l’occurrence, nos amis nous donneront eux aussi de quoi nous interloquer. Après tout, ne sont-ils pas proches de ce que nous étions il y a une trentaine d’années ? Comment vont-ils réagir aux interférences qui se sont imposées à nous ? Certes, depuis elles se sont quelque peu taries, dans le sens que les éléments se sont stabilisés et qu’ils n’ont plus affaire au contexte changeant qui nous a d’abord dévoilé sa formidable adaptation. Non, à ce jour nos parages sont stables et les flux qui s’y distillent n’ont plus rien à voir avec les phénomènes de fissions que nous avons sans équivoque croisés. Toujours est-il qu’il s’en est dégagé un écosystème propre à Vivys, duquel nous nous sentons foncièrement dépendants et qui insuffle inéluctablement ses lois à tout ce qui foule ses sols... Bon, eux ont ingurgité suffisamment de préventions pour enrayer certaines équations, mais tout de même, nous sommes impatients de voir si la magie qui coule en nous va déteindre sur eux. Déjà, ce sommeil qui leur a semblé si réparateur, bien que très imagé, n’est-il pas une des expressions de ces processus que régissent les ondes, maîtresses de notre bloc, de l’univers ? Car n’est-ce pas en s’enfermant et en se soignant presque qu’à outrance qu’ils ne se dévient de leur voie ? Enfin, nous verrons...
Personnellement, je suis persuadée qu’ils ne jaugent pas le dixième de ce qui les guette... Le pire c’est que nous sommes leur principale attraction, alors qu’ils n’ont pas encore exploré notre région, qui est à la source de notre acclimatation si extraordinaire... Maintenant nous savons n’être que des entités au service d’un engrenage bien plus impressionnant que ce que nous pourrions concevoir... En tout cas, j’espère qu’ils penseront à prendre leurs capsules pour faire un tour, d’ailleurs je ne suis pas la seule à prier pour cette excursion incomparable. Mes camarades aussi aimeraient... Toutefois, nous ne demanderons rien. La crainte d’être redevables ou simplement de leur signifier notre échec... Et puis, ils viennent à peine de poser pied... Voilà quelles sont les réflexions dans lesquelles nous nous jetons depuis hier... Moi-même, mais tous les autres également... Nous ne les évoquons pas, il suffit de nous contacter mentalement pour entendre que nous sommes tous aussi préoccupés...

Pour retourner auprès de nos convives, je dois donc inlassablement calmer mes ardeurs et rappeler mes esprits. Et justement, cela doit faire un moment que j’ai décollé, car la table se débarrasse et je n’est pas même bu mon bol. J’ai donc été plus attentive. Adrien et Vénus se félicitent d’avoir posé pied sur ce site qui leur prélude de fructueuses rétrospectives. Strauss et Adélaïde s’attarderont sur nos inventions et fricoteront avec des bases si élémentaires qu’elles ne figurent plus dans leurs encyclopédies. Tandis que Roméo, Juliette, Julien, Rose ainsi qu’Isadora dictent déjà certains thèmes à leurs micros, attisés par l’inconnu que nous leur offrons déjà... Igor supervise de sa prestance de commandeur et méticuleux, planifie leurs ébauches ultérieures. Nous les avons laissés et ce n’est qu’au cours de l’après-midi que nous nous sommes réunis de nouveau, sur la place du village. Ainsi après s’être désaltérés, avoir palabré quelque peu avec les uns ou les autres, ils nous ont déballé leurs projets point par point...
Tout d’abord, tel le diplomate qu’est l’officier de son grade, Igor s’est attardé en congratulations pour notre chaleureux accueil. L’aventure leur étant inédite, ils avaient eu du mal à se figurer qui ils rencontreraient. C’est surtout notre SOS magnétisé, puis cette connexion satellite efficace, qui les avaient inquiétés : si nous étions dotés de tels moyens, nous pouvions en posséder d’autres moins anodins, d’où leur empressement lors du feu d’artifice. Pacifiques aussi, ils craignent assurément toute peuplade armée... Bien-sûr, ils pourraient lancer des représailles, mais bien que parfaitement achalandés, n’ayant pas mené de guerre depuis perpette, ils seraient mauvais stratèges. Surtout cette technologie que leurs rares centres d’armement entretiennent, les effraie car elle peut être fatale pour eux autant que pour leurs adversaires. Aussi surpris que quelques-uns d’entre nous, Tron l’a interrompu. Qu’en est-il du programme de désarmement qu’il a connu et auquel il participait encore avant le détachement ? N’était-ce pourtant pas une entreprise louable ? Qui de surcroît semblait bien engagée ? Igor l’a regardé, toujours surpris d’entendre quelqu’un si alerte parler d’un passé si lointain. Lui, a appris cela au collège et en voilà un qui, en sus d’être expatrié, se souvient comme si c’était hier... Il a poussé un gros soupir... C’est une longue histoire ! Le vague à l’âme et les yeux subitement attristés, il nous simplement résumé que la paix n’était pas bonne pour tous. Décidément les malfrats seront bien les seuls à ne jamais connaître l’extinction... Voilà, la dissuasion prime et semble, conférant aux continents d’arborer leurs idéologies de paix.

Cet aspect éclairci et ces appréhensions réciproquement calmées, notre ami ne s’est guère caché d’être ravi d’abandonner autant d’anxiétés. Ils foulent ce qu’ils peuvent qualifier de paradisiaque et vu la formidable débrouillardise dont nous faisons preuve, nous devenons une découverte presque salutaire. Evidemment, vis à vis de leur envolée, nous ne leur apporterons d’innovations techniques ; alors que nos choix, notre discernement ostensiblement aiguisé, comme nos rouages indubitablement modifiés, sont d’excellentes raisons de prolonger leur séjour.
N’accaparant davantage son auditoire, il a ensuite renvoyé la parole aux suivants qui nous ont fait un bref rapport. Isadora est intervenue la première, schématisant ce qu’elle a consigné de nos dissemblances. Ses remarques, à propos de notre habitus qui se confond trop avec notre structurel pour ne pas avoir de réelles incidences, sont particulièrement judicieuses. Elle voudrait scanner chacun de nous afin d’en dériver un portrait virtuel, tant interne, qu’externe. Elle édifiera ensuite des indexes et aboutira à une nomenclature parfaitement détaillée. Ce médecin aguerri pense que chacun peut être tributaire de divers traumatismes et veut tous les répertorier. Respectueux de sa franchise et de son professionnalisme, nous n’en avons pas moins été secoués. En dépit de toute sa politesse, elle nous traite tels des mutants à éplucher et ses yeux brillent d’une lueur que nous n’aimons pas.

 

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