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Essai philosophique et scientifique "C'est la vie" - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF et IMPRIMER LE MANUSCRIT

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Est-il concevable que les choses aient cette réflexion intuitive ? Que par dépit la planète bleue ait expatrié une région pour donner une alternative à quelques élus ? Et ce, en faisant perdurer le cycle de la vie, son essence ? Nous viviens, y croyons, le panthéisme admet la Nature comme Mère souveraine. Sauf que ce genre d’optique serait de la poésie au regard de nos confrères, c’est pourquoi nous ne la leur évoquerons pas... Enfin, notre interlocuteur a fait une trêve, comme pour nous laisser émerger.

En fait Igor a subitement réalisé l’âge de certains d’entre nous et n’en revenant pas, a lui-même besoin de reprendre son souffle. Emporté par cette révélation, il s’est tourné vers Tron et a demandé lesquels d’entre nous pouvaient bien avoir près de cent ans. Il n’a pas vu de dignes vieillards et aimerait pourtant les rencontrer. Enjoué, Tron s’est avancé, il ne voudrait pas le décevoir, mais il est notre doyen, sinon il ne se serait non plus présenté ainsi. Puis, il a pivoté vers nous et d’une accolade amicale s’est moqué, allons ce n’est pas tragique que d’être considérés comme d’honorables aïeuls ! Igor est resté bête. Quoi ? Nous sommes si vieux ? Au pardon ! Il ne voulait pas être impoli, mais comprenez, chez eux l’âge est généralement apparent ! Sitôt, les siens se sont passablement excités, sans exagération puisqu’ils semblent ne pas savoir se lâcher, mais avec animation tout de même. Comment est-ce pensable ? Non seulement nous avons surmonté l’expatriation, avons écrasé des syndromes perceptibles et optimisons de surcroît ? C’est dingue ! Ils nous ont demandé notre âge, ont voulu savoir si nous prenions quelques médecines, bref si nous avions une botte secrète qui nous inclinent à snober le temps... Aussi brusquement, l’ambiance s’est calmée... Igor leur a tacitement indiqué leur manque de tact, puis il nous a de nouveau présenté ses plates excuses, mais depuis qu’ils ont atterri, tellement de thèses se révisent, qu’ils en perdent leur latin... Enfin, il a terminé, déclarant que nous les épaterions certainement davantage. Nous sommes ainsi retournés à nos moutons... L’exposé de leurs collègues a continué et comme pour tourner la page, nous les avons attentivement écoutés.
Nous sommes les authentiques rescapés que nous avons cru être. La petite taille de Vivys et sa position n’ont pas éveillé les soupçons de l’Arche, qui a en outre retrouvé assez de blocs en dérive et calcinés pour ne plus espérer l’impossible... Quoique d’autres survivent dans les voies lactées, leur configuration transformant leurs modes au même titre que les nôtres. Surprenantes, les mutations de jadis nous en avaient déjà montré. Repensons justement à Paradys, Solia, Imagis ou Animalia qui existent donc toujours. Néanmoins, ces manifestations primitives de cortex évolutifs n’ont jamais répété de si belle osmose, ni n’incluent notre genre. Certes, elles incitent aux escapades interplanétaires, mais d’autres, peu viables et cramoisies, s’effritent lentement et contrebalancent lourdement. C’est même parfois délicat de définir la provenance exacte de tous ces astres. L’espace comme la Terre, qui n’en est qu’un élément, ont eux aussi connu d’alarmants remodelages. Certains phénomènes ont pu être analysés, cependant souvent à l'improviste, ils se sont révélés une fois passés. Les anticiper reste un défi. Bien des recherches ont tenté de remonter aux causes, mais la récurrence comme l’abondance de celles-ci n’ont pas autorisé mieux que ces frêles supputations. L’humain s’est dépassé techniquement, mais n’a pas percé les secrets structurels et reste l’entité qu’il a inexorablement été. Réduit à prévaloir ses prédispositions, immuablement conjuguées à des forces qu’il ne contingente pas. Et oui ! Ainsi soit-il. La vie n’est qu’une expression dont nous ne connaîtrons l’authentique finalité. Nous sommes sur la même longueur d’ondes, terriens ou viviens, nous ne sommes qu’habitants infimes de l’Univers, soustraits à un agencement qui n’a peut-être aucun motif, sinon celui de la vie.
A la fin du commentaire, un petit intermède a spécifié qu’en ce qui les concerne, notre air ambiant ne leur est pas approprié. Sans être conséquent, cela les convie à employer un inhalateur approprié, présentement en étude et qui arrivera très prochainement.

A la fin de cette journée enrichissante mais harassante, nous sommes allés siroter une infusion au réfectoire, histoire de se relaxer un peu... Nous y avons eu l’aimable surprise d’être reçus par un bataillon de gosses, tous déguisés et prêts à faire la fête. L’école ne nous a pas prévenus, mais les maîtres, leurs chérubins et les mamans ont organisé une soirée de bienvenue et les festivités s’annoncent joyeuses. Surexcitée, la ribambelle de gamins nous a emmenés vers le banquet, majestueusement dressé, avec ces belles nappes brodées et ces suprêmes bouquets acidulés. Ravis, nous nous sommes installés sous les feux des lampadaires qui ont évidemment étonné nos invités, nous flattant indirectement... Sans égaler leurs techniques ultra-modernes, l’électricité n’est pas une discipline compliquée et nous avons su nous en prémunir...
Aussi, prenant le prétexte de ce dernier détail, Tron et Grégor ont-ils narré comment notre emménagement a peu à peu pris forme. D’abord les premières années archaïques et laborieuses, les huttes et les heures de labours. Puis l’agrandissement des cultures, leur irrigation, les charrues, la fortification de nos demeures et le déploiement de tous ces métiers qui sustentent notre train-train. Enfin, la consolidation de nos traditions avec l’école, la pluralité de nos recueils et l’affirmation d’autant de distractions telles le chant, la musique, la danse, ou la peinture, la poterie et la décoration. Nous n’avons omis nos vadrouilles et la formidable période qu’a agrémenté l’arbre, Junior et tous les instruments réinventés. Le laboratoire, notre liaison satellite, mais aussi notre capteur solaire, essentiel pour nos installations et une flopée d’autres trucs que nous aurons le temps de voir.

Pendant ces palabres, les enfants se sont mis en place pour nous interpréter un petit ballet de leur cru. Ils y incarneront des fleurs, arbres, papillons, chenilles et autres petits végétaux ou animaux charmants. S’étant disposés consciencieusement, nous avons vu se matérialiser un décor enchanteur et suggestif de nos parages. Des roulements de tambours ont retenti et une file indienne de petites coccinelles musiciennes ont préludé le spectacle. La lumière s’est tamisée et toutes les bouches se sont tues. Les coccinelles ont rejoint les abeilles et les papillons, commençant leur symphonie. Une, deux, trois, puis toutes les marguerites ont éclos sur une mélodie douce à l’oreille. La chorégraphie s’est ainsi déroulée, éblouissant les spectateurs de rythmes et gestuelles euphorisants. Ce spectacle a été très réussi et les applaudissements comme les rappels ont dignement remercié nos petits artistes.
Pendant ce temps, leurs copains ont servi les cocktails de fruits les plus originaux, tant par leur présentation que par leurs saveurs. Nos camarades sont transportés, non seulement par notre sollicitude, mais surtout par l’exultation d’être au dehors, de sentir la brise et d’admirer le ciel étoilé.
Ils font aussi ce genre de fête, mais leurs hologrammes, trompe-l’œil et ajouts olfactifs y tiennent un rôle capital. Là, leurs sens sont impunément stimulés et les réjouissent à profusion. De plus, la candeur et la simplicité de nos enfants changent de leurs défouloirs sophistiqués. Nous devinons qu’avec leur essor, leurs passe-temps ne sont si simplets, comparés aux nôtres, qui ne tablent que sur les pulsions pour leur succès. Au final, l’animation s’est achevée par un feu d’artifice magnifique, miroir des généreuses palettes de nos champs. Oui ! Oui ! Nous avons aussi redécouvert la pyrotechnie dont nous modérons l’usage à ce type d’occasions. Nous ne sommes pas fous et n’avons fabriqué non plus d’armes ou de quelconques objets de la sorte, puisque sommes pacifistes... En outre, au cas échéant, de fabriquer des défenses ne sera pas si ardu. C’est une parenthèse, si tant est que les terriens se sont informés dès les premières fusées et ont été rassérénés de notre réponse...
Ouf ! Après ce tourbillon d’émotions, nous avons tous le rose aux joues et bien qu’Igor comme ses troupes se soient suffi de leurs rations, le repas s’est délicieusement passé. Excepté que déçus de se priver, ils nous ont garanti que dès le lendemain ils parleraient de ce problème d’alimentation et que leurs docteurs leur enverraient de quoi stériliser autre chose que du liquide. Ils n’ont pas songé au culinaire et ne se sont pas munis en conséquence, ce qui les frustre et comme cet aspect n’est pas à dédaigner, ils n’en resteront pas là.
La veillée s’est finie autour d’un feu, puis tranquillement nous sommes allés nous coucher, fatigués et rassasiés. La nuit sera belle et nous ferons certainement tous de beaux rêves.

 

CHAPITRE 17

Le lendemain, par discrétion, la section a déplacé ses capsules pour les ancrer de l’autre côté du lac. Ainsi, accentuent-ils littéralement nos diversités, confrontant deux sociétés plus que distinctes. Notre rive, qui décline une cité de pierres et de terre, se confond au paysage et affiche une certaine créativité au travers des touches colorées que ponctuent nos jardins, ou tout bonnement nos peintures murales. En face, la modernité scintille de ses mille feux, avec ces vaisseaux aux formes douces et pures, ces matériaux translucides et ces éclats métalliques. Les uns sont vêtus de cotonnades artisanales, fluides, teintées de pigments naturels, sans carrure ni structure moulante.

 

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