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Essai philosophique et scientifique "C'est la vie" - par Emmanuelle Mairet

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CHAPITRE 16

Après cette matinée de rétrospectives, ils ont visité notre ville dont ils ont apprécié la beauté autant que l’aménagement. A leur tour, ils n’ont pas manqué de s’étonner de nos prouesses, bien moins contemporaines que celles vues ce matin, mais très rentables tout de même. Approchant la mi-journée, nous leur avons proposé de faire un stop pour déjeuner. Ils ont accepté et autour de l’une des plus grandes tables de l’esplanade, nous discutons en nous observant discrètement. Cependant, non sans nous surprendre, dès qu’ils ont été servis et avant de le siroter, ils ont transvasé leur boisson dans une gourde... Etant donné notre tête et pour ne pas nous offusquer, Isadora nous a expliqué qu’étant candidats aux contaminations, leurs voyages leur ont imposé des prévoyances auxquelles ils se sont hélas accoutumés, renforçant progressivement leurs traitements. Certes, ils ont ingurgité pas mal de comprimés avant de descendre, mais ils biaisent opiniâtrement les nuisances en filtrant ce qu’ils absorbent lorsque cela ne provient pas de leurs usines. D’ailleurs, ils ne feront pas honneur à notre repas, mais nous accompagneront avec plaisir, ayant apporté leurs rations. La suite n’en a été que plus ludique : les uns dégustant leurs petits mets savoureux, face aux autres croquant dans leurs tablettes, des sortes de barres vitaminées. Ils ont tout de même souligné que ces composites leur sont réservés, à eux qui n’ont pas le temps de cuisiner. L’aliment en tant que tel existe bel et bien, hormis qu’il soit fabriqué par synthèse, seule issue à l’insalubrité de leurs sols qui n’autorisent hélas de cultures. Le bio est devenu trop onéreux, le transgénique a été abandonné et les impératifs populaires ont amené à ce type de palliatifs. Ils synthétisent des matières premières obtenues en serres (tel le blé ou la pomme de terre) et leur donnent une consistance, puis un fumet grâce à des additifs aromatiques, gustatifs ou colorants. Sûr que ce ne sont de vrais produits, mais les diététiciens ont été contre le fait de passer à des denrées sans goût ni forme, ni couleur. Ils savent trop les bonnes répercussions qu’ont une pense bien remplie et une gourmandise respectée. Evitant la déprime qu’aurait entraîné une nourriture dépourvue de ses apparats de base, ils ont progressivement enhardi leurs substituts. A ce jour, nous trouvons de tout dans leurs rayons. Pour être plus clairs, ils nous ont sommairement dépeint ce que certains ont connu. Leurs ressources ont continué à se rectifier via maints intervenants pollueurs, tandis que le structurel n’a pas aidé. Bien-sûr, ils ont persévéré, continuant à corriger chaque segment et à défaut d’inhiber ces processus de tarissement ou de croissance bactériologique, à force ils ont surdéveloppé l’hygiène et y sont maintenant tenus. Les cabines, les portiques et autres méthodes sont courantes... Visiblement, ils n’ont pas envie de s’étendre, peut-être préfèrent-ils s’évader un peu et s’emparer de cette récréation qui leur est accordée. Nous n’avons pas tout saisi, mais avons respecté leur esquive, d’autant que les exemples donnés sont bien suffisants.
Heureusement amusés plus que désolés, depuis ils ont pris sur eux et assument parfaitement, ils ont ajouté que même factices, leurs carottes peuvent concurrencer les nôtres. Focalisant sur cette note d’humour, ils ont ironisé en comparant nos tenues aux leurs qui en font de vrais batraciens. Leurs combinaisons les couvrent effectivement jusqu’au bout des doigts, mais nous nous gardions d’en parler. Par contre, le sujet sur la table, nous avons renchéri et leur avons demandé pourquoi ils ne portent pas de casques ou de costumes vraiment intégraux. Pertinence, qu’ils n’ont pas hésité à charrier. Si chez eux c’est si contaminé, comment peuvent-ils s’aventurer sans plus de prudence ? Joueurs, ils ont fait durer le suspens, alors que leur réalité est toute cartésienne. Ils ne se sont aucunement hasardés promus par leurs prérogatives scientifiques. Non, des analyses probantes les ont épargnés. Bizarrement, bien que notre bloc ait encaissé autant de dérèglements et à tous les niveaux, aucune prolifération d’agents infectieux n’est relevée. Ils n’ignorent pas que notre atmosphère est carbone et attendent quelques attestations, si tant est que toute contamination écartée, leur accoutrement en est d’autant délesté. En outre, ils ne se morfondent et se complaisent à évoluer à l’air libre, regrettant que chez eux ce soit quasi inapplicable. Lors de leurs sorties, les casques y complètent systématiquement les tenues, c’est pourquoi ils ont tout de même des maillots imperméables. Pas habitués à un contexte non aseptisé, ils contracteraient des allergies ou dermatoses, telles que celles qui les guettent sur leur propre territoire. C’est le sort de tout être surprotégé, ses défenses s’amoindrissent et le rendent aussi vulnérable qu’un nourrisson. Non pas que sur Terre des hordes de microbes assaillent sauvagement... Seulement, les inflammations sont littéralement inévitables et les plus faibles en conservant de mauvaises séquelles, s’habiller des pieds à la tête entre dans les mœurs et ne dérange nullement... En revanche, au sein de leurs villes closes et purifiées, la mode fait des siennes et ils compensent, arborant un look plus léger.

Désireux de marquer plus encore le contraste entre eux, scientifiques et leurs citoyens, ils ont obstinément insisté. Les tourments d’insertion et de survie non-artificielle restent propres aux congrès. Le reste évolue, attisant le quotidien de professions et d’occupations tout à fait saines et divertissantes. Les mentalités sont propres et tous partagent leur journalier dans un bien-être sincère. Eux, sont clairvoyants quant aux iniquités qui ont peu à peu entamé leur liberté, alors qu’éduqués dans le sens, leurs pairs n’en souffrent pas. Bien-sûr, nous étoufferions dans leurs enceintes, comme eux sont un peu saoulés ici... Tout n’est question que d’acclimatation. Bien que Vivys soit agréable et extrême à la fois, ce qui créé une douce béatitude dont ils se délectent, un retour chronique aux capsules leur sera de rigueur. Ils y prendront une douche reconstituante et désinfectante, des ampoules fortifiantes et se soumettront à des tests préventifs. C’est ainsi, fragilisés, ils doivent continuellement et ponctuellement s’examiner. Ils n’en sont guère affligés, au contraire s’ils oublient, ils se sentent sales, quelquefois mal... Ils ont marqué une pause pour confesser que tout de même notre cas est bien intéressant, et qu’ils essaieront d’en tirer quelques enseignements.

Une fois le repas terminé, nous sommes allés jusque l’arbre. Igor y a contacté leur base. Une courte discussion de principe pour confirmer que tout se passe à merveille puis un rapide come-back à l’essentiel. De l’autre côté, ils ont étayé leurs suppositions et cette fois de singulières suites de chiffres et d’évaluations ont été prononcées. Nous avons tout de suite compris que c’était une revue des conditions de Vivys, chose que nous tentons de parfaire depuis des mois.
Cet abrégé a mis fin à la plupart de nos incertitudes, nous invitant à prendre confiance. Non pas que nous ayons frôlé la dépression, mais une contre-expertise est la meilleure venue. Tout d’abord, nous sommes bien en 2164 et notre planète paraît stable. Ensuite, notre laboratoire est inconnu de leurs fichiers, nous aurions donc dégoté un abri pirate. Enfin, sachant que notre détachement date de 2133, il leur a été aisé de remonter jusqu’au jour fatidique. Ils ont récupéré ces registres qui leur ont confirmé qu’en fait d’un tremblement, nous avions vécu le choc atroce d’une pluie d’astéroïdes. Dès le départ, ils s’en étaient douté, sans pourtant y croire... Quelle utopie ! A l'époque les survivants avaient eux-mêmes été rares, alors comment imaginer qu’il y en ait eu ailleurs ? Les astéroïdes ont frappé la Russie et l’Afrique, les pulvérisant ou les immergeant funestement. La première, proscrite puisqu’inhabitable, n’a pas été une réelle perte, mais a laissé ses irradiations se dissoudre dans les océans, les contaminant irrémédiablement et obligeant à amplifier les épurations. Aspect supplémentaire des impondérables qui les ont condamnés... D’autres parcelles ont été extraites du chaos et entraînées dans les flux célestes, se stabilisant ou pas. En tous les cas, nous sommes les seuls qui puissent en témoigner. Certes, leurs savants ont émis plusieurs hypothèses que notre cas illustrerait enfin. Cela reste tout de même difficile à admettre, même si nous en sommes la meilleure démonstration.
Cette percussion aurait finalement été bien plus particulière que présumée : le faramineux souffle d’explosions aurait effectivement tout balayé, les zones auraient tremblé, les volcans grondé... sans quoi l’effet de serre de notre écosystème aurait néanmoins interféré davantage. En effet, ce bouclier d’atmosphères encrassées serait l’explication à autant de chimie... du moins c’est l’une des plus tangibles. En fait, d’immenses blocs ont éclaté ou se sont détachés, mais l’intérieur de certaines plaques continentales aurait ainsi été épargné par ce qui les étouffait jusqu’à ce jour et qui nous avait séquestrés dans nos citadelles hermétiques... Ce dôme asphyxiant a dès lors été providentiel et non pas seulement que pour nous. Les régions qui souffraient le plus de ces aléas ont finalement été les plus chanceuses et sont généralement celles qui ont essuyé le moins de pertes ; alors que certaines ont carrément été rasées, réduisant à jamais les continents au nombre de trois. A les écouter, d’autres parcelles extirpées de la croûte terrestre auraient dépassé le cap... ils ont notamment retrouvé quelques tronçons qui, à l’instar de ceux que nous connaissions, se sont régénérés... mais aucune vie humaine n’y a jamais été croisée. Notre survie est sans aucun doute fascinante, et autrement plus fabuleuse est notre adaptation. D’abord cette chance qu’une coupole atmosphérique ait conjuré notre désintégration, puis celle d’être inclus dans la biogenèse qui s’est enchaînée.

Décidément bien des coïncidences ont conflué pour que cet univers de symbiose qu’est Vivys naquisse. Cette contrée, incarnation de la toute puissance des éléments, l’est par sa création même qui a temporisé les pires paramètres pour le salut de ses valeurs.

 

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Essai philosophique et scientifique "C'est la vie" - par Emmanuelle Mairet -

 

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