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Essai philosophique et scientifique "C'est la vie" - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF et IMPRIMER LE MANUSCRIT

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A part une navette passant par là et le détectant, nous aurions langui des lustres. Pour nos correspondants, c’est une configuration de plus qui ne semble pas soulever de dilemmes. Ces années de sursis ne les préoccupent pas non plus. Ils y viendront plus tôt qu’on ne le croit…
Cette confirmation d’avoir survécu à des circonstances surprenantes nous a instantanément titillés : comment avons-nous tenu le choc d’un détachement sans que désintégration il y ait eu ? Par souci de réalisme et ayant préféré penser que nous n’avions pas quitté notre sol natal, nous nous sommes jusqu’alors dérobés à ce genre d’aberrations, incontournables à cette heure… Mi-figue, mi-raisin, nous prenons sur nous, il n’est pas encore l’heure des réponses. Nous avons envoyé un message auquel des terriens répondent et nous devons l’assumer. Evidemment, nous n’ignorons pas ce qui doit les motiver, mais n’en saurons le fin mot qu’en les rencontrant. Aussi, la sagesse nous commande-t-elle la patience, se biler gratuitement n’est que faiblesse et gênera toute lucidité.

Tout s’est enchaîné dare-dare... Nous leur avons fourni tous les renseignements impératifs pour un accostage et n’avons pas osé retarder leurs préparatifs par nos questions. D’autant qu’un peu pris au dépourvu, nous préférons les recevoir avant de leur faire part des équivoques qui nous tracassent. De loin, ils paraissent pratiquement inchangés, surtout leurs formalités, mais faut-il encore en être sûr. Peut-être aurons-nous la surprise de découvrir une espèce tout aussi modifiée ? Et leurs préceptes, ont-ils tenu la route vers une civilisation dénuée de vice ? Si oui, c’est de bonne augure. Sinon, que sont-ils devenus ? Des conquérants flegmatiques, en quête de colonies, à l’insu et envers tout résistant ? C’est énervant, nous ne pouvons décemment nous exprimer et serons rencardés bien assez tôt, mais également trop tard si nous avons quoi que ce soit à redouter. Cela prendra certainement plusieurs semaines et dès lors, nous avons eu de fréquentes relations, au cours desquelles nous nous sommes réciproquement dévoilés, mais ce avec la retenue qu’inspire un tel éloignement, tant temporel que réel. Notre méconnaissance respective nous rend certainement tous méfiants et ce au mépris des opérations déclenchées. Eux aussi doivent supposer maintes alternatives et se préparer à toute éventualité. De l’eau a coulé sous les ponts, nous rendant aussi gauches les uns que les autres... Toutefois, seulement dans nos conversations... Pour ce qui est du reste, ils sont extrêmement organisés et concrétisent prestement leurs démarches.
De notre côté, nous n'avons pas eu grand chose à faire. L’ambiance du village s’est cependant animée de veillées, attisées d’immenses feux de joie, autour desquels nos adolescents jouent de la musique, chantent, dansent, tels des orphelins retrouvés. Pour eux c’est la consécration d’un mythe. Ce qui nous retient, nous doyens avertis, ne leur traverse pas même l’esprit. Le plaisir de rencontrer prochainement leurs ancêtres, tels qu’ils les qualifient, les embrasse d’une impatience presque impromptue à nos yeux. Qu’y faire ? Nous leur avons parlé de leurs racines, en avons fait des manuscrits, des contes, alors comment revenir sur ce que nous avons cristallisé. Cette exubérance est vraiment bon enfant et nous ne négligeons pas qu’ils sauront se ressaisir le cas échéant. En outre, c’est pas plus mal qu’ils détendent un peu l’atmosphère. Notre âge nous joue peut-être des tours et c’est apaisant d’être emportés par l’allégresse des jeunes. L’Arche a échappé à un destin pitoyable et nous serons sans doute atterrés de son évolution. Quelle histoire ! Partageant l’intensité du moment, je m’étonne car depuis belle lurette j’ai su calmer mes pulsions. Mais là, bien que mitigée, l’exultation est si vraie qu’elle en devient contagieuse et confessons que c’est bon. En quelques jours, je me suis souvenu que j’étais humaine et comme une enfant, ai laissé l’insouciance me bercer(...)

En fin de compte, les terriens ont mis près d’un mois pour amorcer leur envol, dont deux semaines de trajet. Nous avons suivi leurs périples, mais Junior ne les a matériellement détectés que les douze dernières heures. Immédiatement, du moins dès qu’ils ont été visibles, son télescope s’est cadré sur cette gigantesque architecture. L’Arche détient une technologie vraisemblablement supérieure à ce que nous imaginions. D’ailleurs nous ne tarderons pas à en apprécier tous les aspects. A leur approche, Junior a parfait ses projections et bien plus spectaculaire, nous avons vu cet immense astronef voguer vers nous. Hallucinant, il se forme de sortes de capsules ovoïdes, opaques et lumineuses... Magnifique dans ces constellations déjà belles.
L’atterrissage est imminent, nous sommes tous allés devant l’entrepôt où nous avons unanimement décidé que c’était la meilleure piste. Béats, les yeux rivés au ciel, nous l’avons scruté comme dans l’attente d’un mirage. La stupeur a été entière quant au dessus de nous ce vaisseau a stagné et que son ombre a présumé de sa taille disproportionnée. Sans que nous ayons encore expiré notre ahurissement, ovoïdes également, cinq vaisseaux se sont détachés et sont descendus d’un trait. Identiques aux capsules vues à l’écran, ils se sont posés d’un souffle, sans ronflement de turbine, ni bruit de moteur. Doucement, les pontons se sont ouverts, abattant leurs rampes. Les cœurs ont palpité la chamade, tandis que les respirations se sont ralenties, rythmant l’instant presque trop long. Cinq couples sont sortis, l’énervement est à son summum, mais nul n’a bougé, hébété.
Electra s’est avancée la première, reniflant sans vergogne ces visiteurs d’ailleurs. Se rappelle-t-elle ou au contraire découvre-t-elle ? En tous les cas, son poil hérissé et son regard noir montrent une méfiance évidente. L’un d’eux a fait mine de la caresser et retrouvant là le contact rituel ou plus convivial, elle a doucement remué la queue, puis a tendu le museau. Notre mascotte accepte ces nouveaux venus, l’ambiance soudainement détendue, les poignées de mains se sont échangées... Leur chef s’est présenté presque cérémonieusement : Igor, matricule 129 646 450, commandeur de la section Irisé 3 et ingénieur-informaticien. Puis, se tournant vers celle qui porte une combinaison bleue, comme la sienne ; il a nommé sa femme, Isadora, matricule 129 647 451, médecin-biologiste. Ensuite, il a décliné l’identité des tuniques roses, Adrien et Vénus, aux matricules aussi longs et tous deux botanistes, mariés également. Le couple suivant, les verts, sont fiancés, Roméo et Juliette, amateurs des virées spatiales, cosmographes et cosmologistes à la fois. Les rouges eux, Strauss et Adélaïde, sont les mécaniciens-techniciens-informaticiens, chargés de la maintenance de leurs appareils. Tandis que les blancs, Julien et Rose, sont respectivement le psychologue et la sociologue du groupe... Tous sont des astronautes mandatés. Pilotes aguerris, ils ont été sélectionnés grâce à leur curriculum bien achalandé. Par la même, j’ai eu une pensée pour mes parents…
Pour nous, c’est plus court : Tron, le doyen, vu son âge et baptisé le Prof pour son omniscience inégalée. Grégor, son bras droit et notre grand frère à tous. Erika, Katy, Chris et Raoul, nos docteurs attitrés ; puis Maë, Clovis et Carmélia, techniciens-informaticiens. Enfin les autres, les maîtres, les herboristes, les boulangers ou les bûcherons...

Nous ne sommes plus les mêmes, un coup d’œil suffit. Eux sont similaires aux êtres d’antan, si tant est qu’ils soient vraiment proches des normes ciblées par les fédérations. Beaux, blonds, la peau laiteuse, les yeux clairs, sveltes, ils frisent la perfection. Les corporations auront persisté à unifier et à bonifier la race, ces charmants stéréotypes nous le garantissent. Pendant cette intervalle de salutations, eux ont certainement consigné aussi nos dissemblances. Nos visages ont perdu de leurs traits, plus lisses et moins caractérisés, ils ne nous démunissent pourtant pas de notre personnalité. Etonnement et à l’inverse d’eux qui se ressemblent à s’y m’éprendre, loin d’être tous du même genre, nous semblons plus différenciables les uns des autres. Peut-être se font ils les mêmes remarques. En plus de ces options, notre peau translucide teintée de pigments floraux, nos attitudes comme nos déplacements légers, des glissements comparés aux leurs, finissent de marquer nos écarts apparents. Ils n’ont aucunement l’air surpris, n’empêche qu’ils ne manquent d’annoter leurs impressions, les dictant aux micros que tous portent. Ces oreillettes doivent également les relier car ils s’échangent leurs points de vue de loin. Bien pardonnable, notre perplexité les a fait sourire sans les freiner dans leurs observations. En dépit du détachement qu’ils s’efforcent d’afficher, ils nous dévisagent, tout comme nous le faisons réciproquement. Ces préliminaires se passent donc merveilleusement et allègent nos peurs primitives. En somme, cela s’annonce sympathiquement, comme si nous n’étions que des voisins territoriaux. Le reste de la flotte est en stationnement dans la mesosphère et attend leurs instructions. Ils doivent suivre l’évènement grâce aux écouteurs et micros de chacun... Peut-être portent-ils même des caméras miniatures.

Une fois les présentations faites, certains des nôtres n’ont pu se contenir et ont tout de suite voulu savoir comment ils nous avaient rejoints si rapidement. Deux semaines à peine… L’empressement de ces derniers est tout excusable et décontractés ou certainement flattés, nos explorateurs ont répliqué en toute simplicité. Leurs explications nous ont rondement démontré leur maîtrise technologique et nous les avons écoutés, soufflés par de tels avènements. Sans s’encombrer, le commandeur Igor nous a relaté qu’ils ont parsemé le ciel galactique d’une trentaine de stations d’oscillation. Celles-ci jalonnent de longs sillons pour des traversées rapides et les rapprochent de leurs destinations finales. Il a continué, indiquant que proche de la téléportation, cette méthode a l’avantage d’éviter les dilatations de temps entre le réel et le sidéral. Non content de nous éberluer, il a ajouté que ce moyen ne sert qu’aux troupes et petits instruments.

 

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