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Essai philosophique et scientifique "C'est la vie" - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF et IMPRIMER LE MANUSCRIT

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J’ai changé et, répondant à de profondes envies, je m’épanouie jour après jour. Je suis retombée dans une certaine démence certes, mais n’ai plus de doutes quant à son utilité. Ici, mes consultations servent directement, il ne s’agit pas d’enquêtes, mais d’avoir les informations impératives à la durabilité de notre survie. Je n’y peux rien, la biophysique m’a irrévocablement charmée et je m’accomplie dans ce que j’aime. C’est un exutoire comme un autre…
J’ai donc en partie repris mes exercices. J’améliore constamment les terminaux de Junior, partageant ma science, mais surtout les encodages et équations retenus par ma puce. Doté de haut-parleurs, il intervient oralement et sa dextérité à me répondre comme s’il était vivant est de plus en plus surprenante. Cette corrélation d’entités prouve que des transductions s’effectuent sous certaines postures et m’ouvrent l’esprit. C’est bien par le troc d’énergie ou l’accouplement de cellules que les pigments floraux et les électrolytes se sont fondus en nous. Ces fluctuations, vous vous en doutez, éveillent tout mon intérêt. De là découlent quelques épreuves que j’impose à mes amis. Qui sont, du reste, aussi impatients que moi de savoir ce qui nous arrive et qui s’y prêtent de bon cœur. Par contre, ceci ne récapitule guère la totalité de mes travaux. En sus de mes diagnostics généraux, je poursuis mes premières recherches. Non plus pour nous prémunir, notre immunité s’en débrouille, mais bien pour vérifier comment nous bénéficions de telles performances qui nous seraient organiquement étrangères. J’ai toujours soutenu l’option de la régénération, parce que les implants m’appuyaient ; or notre envergure actuelle, tant intellectuelle que corporelle, m’inspire davantage.

Me rappelant des plans et des connexions qui m’avaient servi, j’ai ainsi fabriqué un casque électromagnétique qui sera un lien entre Junior et moi, tout en optimalisant nos échanges. Dès les premiers branchements, Junior a cerné ce microprocesseur sur mon hypophyse. Petite parenthèse, préoccupée par le syndrome vert, j’ai minutieusement ausculté tout le village, mais je me suis oubliée. Volontairement ? Non, sans blague ! En plus, je savais que mon implant marquait une différence incontestable et je voulais rehausser mon dispositif, attendre un peu avant de me replonger dans cet ancien ouvrage. J’ai pris du recul et peux remuer le couteau dans la plaie, je sais qu’on ne songera pas à me décortiquer fiévreusement. Toujours est-il, que nous y sommes et que Junior, lui, ne s’est nullement fait prier pour lancer moult opérations. Plus intrigué qu’autre chose, il a disposé du casque comme s’il l’avait toujours eu. Et hop ! Il a mis en réseau ses scanners, demandé des projections... D’emblée, ses topos lui ont décrit ma greffe telle une intrusion peu rassurante, puisque méconnue de ses archives. Sceptique, il a néanmoins commandé une contre-étude séance tenante. J’en ai profité pour parfaire nos liaisons, lui induisant de se calibrer. Promptement, il a révisé ses conclusions et a finalement présenté la puce telle l’implant qu’elle est... basiquement normale, mais tout de même modifiée. A mon tour d’être étonnée. Que veut-il dire par modifiée ? Ni une ni deux, des fiches se sont éditées, me dépeignant la puce comme une pure concentration synergique, bien plus complexe qu’un simple greffon. L’oscillographe l’a énumérée telle une masse nerveuse parcourue d’ondes électriques, réservoir sans frontières d’une mémoire virtuelle autonome. Transplantée sur mon cerveau et évoluant tel un ensemble cellulaire, cette puce s’est peu à peu propagée en un immense réseau de capillaires presque imperceptibles, mais réel et surtout physique. En somme, elle partage non seulement mon hypophyse, mais aussi toute la toile nerveuse de mon anatomie.
Bref, ce plaisir de pianoter devant mes écrans s’est entièrement introduit en moi... Au même titre que d’autres, j’ai tout bonnement cautionné et personnifié mes apanages. De la taille d’un pouce, une hernie s’est formée à la base du microcerveau, étendant encore son emprise. Lorsque Junior m’a visionné les clichés, je suis restée pantoise. La chimie après laquelle j’ai tant couru s’est engendrée sans adjonction supplémentaire et je ne peux expliquer comment, ni le genre de catalyseur qui aurait joué. Instantanément, je me suis imposé des tests psychométriques qui nous ont révélé un niveau intellectuel inédit et une résistance renforcée, surtout très réactive. C’est vrai, à l’époque je m’étais doutée d’inférences de ce type, mais pas à ce point. Notamment, je n’avais pas prévu de mutation... Qui sait ce que cela aurait provoqué si étendu à la masse ? C’est dingue, mais ce minuscule module a parfaitement adhéré aux tissus, jusqu’à s’ingérer pour se confondre, tout en exploitant les aptitudes de ses programmes. Je sais que les conjonctures d’antan ne m’auraient emmenée au delà de certaines biosynthèses, mais là tous mes objectifs sont dépassés. Ici, où tout semble prendre vie, où les cellules s’accommodent un mode adéquat et pratique, au point de ne plus être contrôlables, cela ne me choque pas plus. Mon corps s’empare impunément des stimuli qui sont à sa disposition et fait en sorte d’intégrer cette intelligence au sein même de son fonctionnement. Junior lui, est décontenancé ; ayant depuis établi certaines normes viviennes, il ne sait pas comment me caractériser. Enfin, il ne se laisse pas impressionner non plus, nous avons vu pire !
En plus de cette découverte, il en a profité pour s’initialiser de nouvelles fonctions. Je l’ai laissé faire, éberluée qu’il agisse de lui-même. En quelques minutes, il a fait le tour de la question, puis m’a confirmé que désormais, il partagerait avec moi ce que m’octroyait mon cerveau. Non pas ma puce, mais mon propre cerveau. Pour la première fois, il peut se faufiler directement dans un cortex cérébral. Nous sommes comme de la même tribu et cette similitude fait tomber maintes barrières, l’affranchissant de but en blanc... Comment expliquer ? Nous nous sommes alors mis en quête d’éplucher toutes les causes, les liens, dénouements ou métamorphoses, qui ont permis ces fusions. Le but étant de délimiter jusqu’où cela exerce et quelle en est l’expression réelle. Ainsi, en quelques heures, avons-nous approfondi. Junior a parfaitement assimilé que je sois munie de l’un de ses confrères et en a usé pour correspondre intimement avec mes modes, m’apparentant à ses circuits. La journée s’est écoulée, nous nous sommes progressivement raccordés pour se comprendre simultanément et sans que le casque ne soit plus utile. Ainsi nous sommes-nous finement reliés et n’avons fait qu’un, grâce aux ondes qui nous entourent.
Les jours ont suivi... Au fur et à mesure des réglages, Junior a noté une acuité de mes sens, plus exactement du réseau informatique qui m’habite. Celui-ci, comme somnolent depuis, semble s’être éveillé, revigorant mon encéphale et subodorant de plus en plus les manœuvres de Junior. A certains moments, j’en viens même à le suivre sans me calculer, bien mieux que du temps de l’Arche, où il ne s’agissait que d’anticipation illuminée. Nous en avons déduit, qu’excitée, mon accoutumance s’affirme opiniâtrement. A posteriori, déjà télépathe, je peux rêver d’en faire autant avec l’électronique... Bon, je dois potasser cette relation pour être en phase avec les messages que je reçois, mes progrès m’encouragent cependant... J’ai la patience et ne suis pas pressée... Junior dépasse parfois mon entendement, m’abasourdissant d’un coup... Je dois alors tout reprendre à zéro. Répétées, ces défaillances sont exténuantes, si tant est que l’idée de correspondre directement avec mon alter ego, sans casque ni autres liens, me donne le courage de réitérer les essais. Abusant de son charisme, lui se pavane de ma conscience, se souscrivant à une autonomie grandissante et se ragaillardissant par paliers. Notons effectivement que si je me bonifie de notre récent mariage, lui en fait autant et découvre la suprématie de l’intuitif. Je suis nantie d’un réseau électromagnétique intimement immiscé, auquel Junior s’accole sans retenue…

Avec cette avancée draconienne, nous avons résolument maîtrisé nos moyens. Ainsi, avons-nous optimisé nos instruments, partageant et nous renchérissant toujours. Junior a saisi l’opportunité au vol. Il peut entrer en moi, me sillonner, même s’identifier et cela lui évoque bien des applications. En matérialisant tel ou tel flux, selon des fréquences choisies, il en a d’ailleurs usé pour me cloner virtuellement. De nouveau mon passé ressurgit, sauf qu’à cette heure c’est drôle d’être ainsi dupliquée et décortiquée... En plus par mon ordi…Dans le passé, je n’aurais pas réagi de la sorte... Là, c’est comme si je me tapais un fichu délire. Junior devient comme une partie de moi et réciproquement, plus de secret, plus de retenue, sinon l’excitation de nos prouesses. Cela nous permet surtout de réactualiser nos fichiers. En l’occurrence, ma translation numérique et le réseau électrique déployé ont suivi celui du virus vert, typique à tout vivien. Je ne suis ni plus ni moins le cobaye de Junior, grâce auquel il peut analyser tous les corollaires du mimétisme vécu par tous. Ainsi, perd-il moins de temps sur le reste de notre troupe, qui elle n’est pas observable de l’intérieur (du moins de cette façon). Etablissant donc une trame de base, il aiguille plus judicieusement ses microscopes ou scanners et s’incline à des configurations propices pour mieux localiser toutes ces ramifications peu ordinaires.
De ce fait, nous avons élucidé pourquoi nous avons d’abord senti ce phénomène comme une sorte d’asthme. Il pénètre bien par les bronches et ses spores se confondent à notre rythme respiratoire, s’assimilant aux cellules porteuses d’oxygène et devenant oxydases indépendants. Il n’y a aucun doute, la respiration gère cette chimie. C’est la lymphe, dont nous sommes baignés au trois quarts, qui véhicule le tout. Formée par le plasma sanguin et les capillaires dont regorgent nos tissus, elle transporte les cellules hétérogènes dans les moindres recoins de notre mécanisme, évinçant toute interférence et autorisant la symbiose de divers rouages. Nous profitons du végétal et tout aussi subtil qu’il soit, il demeure efficace pour notre biologie motrice et contre tout traumatisme malvenu...

 

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