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Ceux des Instituts, mais aussi ceux des labos à huis clos. Ces molécules vivaient-elles ? Etaient-elles intactes ou dispersées, relâchées par la catastrophe ? Peut-être se développaient-elles, s’étaient-elles mêlées ? Cela aurait expliqué bien des choses... Devant la quantité d’alternatives, les plus fragiles s’excédaient. Des petits escadrons sillonneraient alors l’espace à l’affût d’un territoire propice. Que deviendrions-nous s’il s’avérait que nous soyons ce terrain de prédilection ? Et puis la réalité leur a indiqué qu’ils faisaient fausse route. Non ! Ils déliraient. Ces cauchemars n’ont pas entamé notre humeur globalement positive, nous avons gardé foi, avons persévéré envers et contre tout, et ne regrettons rien. Il n’en tient vraisemblablement qu’à nous pour que cela dure, car nous savons que nous sommes en parfaite santé et bien plus forts qu’auparavant. Les choses s’agencent entre elles et au mieux, nous faisons tout bonnement partie de ce tout... C’est assez d’arguments pour nous féliciter de notre sort.
Du temps de l’Arche, nous avons connu des cas de mimétisme, actuellement nous le vivons manifestement et pour le mieux. C’est une veine de respirer un air très carbone, d’encaisser certains écarts barométriques, en sus de pactiser avec soi. Notre pragmatisme l’a emporté sans nous tuer.
A force et avec le temps, qui lui ne s’est pas arrêté, tous se sont peu à peu fait une raison. Après tout, le principal n’est-il pas d’être heureux. Si, si, c’est même l’essentiel. Mais que voulez-vous ? Une minorité se veut marginale et je ne m’en plaindrai pas. C’est bien grâce à ces quelques férus ou têtus que, prochainement, j’attaquerai certaines expertises. D’ailleurs, ce matin Clovis nous a devancés et lorsque je suis entrée, il m’a dit avoir la clé à ce problème de compatibilité... J’ai voulu en savoir plus, mais il n’a rien rétorqué, pressé de vérifier s’il avait raison. Il s’est enfin levé et en me toisant d’un regard illuminé, il m’a invitée à lorgner dans l’optique. Puis royalement, il a allumé le scanner et des clichés se sont successivement affichés. Non content, il a ensuite commandé des coupes lasers et Junior lui a de nouveau répondu, sans plus de gêne. Carmélia, est elle-même estomaquée. Mince, c’est de la magie ! Comment a-t-il fait ? Enchanté, il nous a humblement expliqué que c’était grâce à Junior. Depuis quelques temps il travaillait sur un programme, afin que notre auxiliaire lui précise quels périphériques s’affilieraient à ses logiciels. Ensuite, il a simplement pris le problème à l’envers et a ainsi remonté la chaîne. Ces explications relatent ça comme si un enfant aurait su s’en dépêtrer, c’est tout Clovis ! L’art et la manière d’oublier les galères par lesquelles il passe…( et pour cause…) Nous nous sommes précipitées, passant au crible tout ce que nous avions sous la main.
Nous y sommes parvenus ! La preuve qu’il ne faut jamais se laisser abattre ! Nous pouvons tabler sur ce laboratoire et nous n’allons en abuser. Il serait idiot d’avoir perdu ce précieux temps, d’autant qu’avec ce matériel, nous nous vanterons enfin d’approches plus savantes. Encore émus, nous avons tout de même colporté la nouvelle, ce qui a enthousiasmé tout le village... Mine de rien, les années écoulées nous ont psychologiquement préparés et ayant survolé autant d’éventualités, nous sommes fins prêts à entendre tout diagnostic. Par contre, notre curiosité portée au summum, nous sommes pressés d’avoir des réponses ; aussi avons-nous conviés quelques bénévoles qui ne se sont d’ailleurs pas faits prier.
Le scanner n’a pas cessé de tourner, ils y sont tous passés et les programmes de Junior expédient déjà des abrégés. Cette fois, il ne s’agit pas de suppositions, mais d’authentiques cytodiagnostics et nous nous sommes réunis à l’entrepôt pour leur lecture. Je n’ai pas d’imprimante ni de dictaphone, mes amis comptent donc sur ma probité pour leur rapporter nos inductions le plus justement possible. Evidemment, j’ai mon fidèle petit calepin et tous mes canevas y figurent... J’ai une bonne mémoire, mais tout de même...
Pour démarrer par les phénomènes cellulaires fautifs, nous sommes à priori infestés de magnétites et d’électrolytes. Ces particules, qui fondues à une solution, sont décomposables sous l’action d’un courant électrique. Ainsi nous ne sommes pas tributaires d’une ionisation, mais notre sang réagirait plutôt à l’électricité ou au statique, et réciproquement. Ce magnétisme élevé coïncide avec celui du cortex, lui-même très dense, et nous propulse dans le jeu des ondes par l’influx typique de notre mode circulatoire. Notre biologie ainsi régie diminue son rythme et bannit tout risque d’électrocution. Si nous en croyons nos microscopes et lasers, la présence ferreuse antérieurement décelée est donc bien un apport hétérogène de dérivés silicieux. Le souffle du chaos peut être suspect, puisque ces spores hors communs se seraient introduits en nous lors d’une forte chaleur. Ces éléments s’accouplent à nous, se moulent à nos canaux pour couler dans nos veines et partager nos cellules tout en desservant la vie. Dès à présent nous discernons ces réseaux parallèles, mais avec des optiques rehaussées, nous visionnerions étroitement certaines coupes et serions à même de mieux définir ce phénomène...
Naturellement, les consultations se sont enchaînées, notifiant opiniâtrement d’autres rectifications et pas des moindres. Notre système pulmonaire s’est paré d’une fibreuse qui, sans étouffer nos poumons, les couvre d’une surface tisseuse directement reliée à nos capillaires sanguins, de sorte à se propager partout dans notre corps. Notre épatement a été à son comble lorsque nos plaquettes ont décrété que cet apanage était de source végétale. Non repu de nous avoir insufflé ses lois, le contexte s’est infiltré jusque là, au point d’unir chacun de nos gènes aux siens. Ceux qui ont orné leurs murs d’hommes-plantes étaient dans le vrai. Nous réalisons pourquoi nous nous sentions si en osmose... Recherchant le carbone que nous expirons, ce pigment nous a directement colonisés. Non pas que cela lui soit incontournable, mais il semble que de se déployer invariablement illustre ses récents critères d’expansion. Notre immunité ne s’en est pas offusquée puisqu’avec l’oxygène dégagé par cette complémentarité, nous produisons une partie de notre respiration en interne et supportons ainsi l’air ambiant pourtant appauvri. Cette transaction de cellules humaines et végétales s’est harmonisée et chacun y trouve son compte. L’atmosphère peut être en carence, nos poumons et notre sang s’en débrouilleront. En définitive, avec ce troc oxygène-carbone caractérisé, nous viviens sommes bien plus menacés par l’absence du rayonnement requis pour la photosynthèse, que le manque d’air.
Quelle sorte d’individus sommes-nous ? L’équivoque s’est aiguisée et au mépris de ces interférences positives qui ont résolument écarté l’éventualité de virus en cours d’incubation ; circonspects, nous ne manquerons de nous contrôler chroniquement, sans obsession bien-sûr... Rien est différent, sinon que nous pouvons nous décortiquer à notre guise. Loin de nous sentir à la merci de tout, nous admettons les atouts que cela nous procure. Il y a belle lurette que nous tolérons ces prédispositions et sans elles, il est parfaitement clair que nous ne serions pas du tout, alors au diable la peur de l’inconnu !
En outre, cette coordination tous azimuts est l’un des plus beaux spécimens de biosynthèse qu’il ne m’ait été donné de rencontrer. C’est flagrant, nous en récoltons des armes pour survivre et nous générer mieux. Exemple de l’atmosphère et du climat stables, tempérés, agréables et bons pour les champs, mais loin de nos impératifs initiaux, auxquels nous nous accommodons pourtant. Nos bronches comme le reste ne peuvent qu’être remerciés. Comme nos pores, qui à la tombée de la nuit se resserrent, escamotant les coups de froid ou réglant nos flux... Et ce soleil ardent, duquel nous puisons une fortification évidente... Ajusté de cette sorte de silicium, notre épiderme capte tout bonnement le rayonnement du jour comme pour répliquer à une réelle urgence. Tandis que les chloroplastes, cellules végétales réceptrices d’énergie solaire et siège de la photosynthèse, y trouvent bon usage, légitimant par la même cette emprise chlorophyllienne. Toujours est-il que celle-ci nous impose ses fonctions et nous régissons ces modes sans en disconvenir. L’idée d’être un peu végétal s’accuse doucement, mais reste incontestable.
J’ai devant moi ce qu’IRIS avait souhaité de mes puces : un remodelage nerveux ou pas, mais qui nous rende plus résistants. La Nature m’a devancée. Cela me renvoie à d’anciens doutes. Dès le départ aurions-nous dû dédaigner les périls que préludaient les nouveaux syndromes ? La sélection aurait été rude mais les survivants auraient été délivrés de bien des contraintes. Nous nous y sommes objectés et avons peut-être dévié l’évolution de notre race. Cette métamorphose ubiquiste reste malgré tout loin des traumatismes controversables vus sur Terre. Pour nous, les évènements ont été providentiels…Vivys est l’extraordinaire modèle d’une nature quasi autocratique, dans laquelle nous avons eu l’altruisme de nous incorporer à notre corps défendant. Convaincus par ces prépondérances, nous avons approfondi et sommes parvenus à démontrer que l’engrais, comme vivant, mute les molécules et les gènes, pour finir par se distiller en tout, de près ou de loin. C’est l’instinct de conservation dans toute sa splendeur. N’étant plus sous les mêmes conditions ambiantes ni géologiques, pas plus que biologiques, la vie s’est rebellée et la chlorophylle s’est promue salut de cette plaine. Ces pigmentations nous ont investis, tout en arrêtant là leur envahissement. Elles sont en nous, comme des cellules autonomes et ne semblent ni dévastatrices ni toxiques. Elles nous protègent, renforcent notre immunité et surtout notre anticipation, tout en évoluant au fil de leur croissance sans jamais nous envenimer. Ce serait plutôt une forme d’anticancer, puisqu’il s’oppose dans la forme comme dans l’action aux tumeurs anciennement combattues. Nous sommes porteurs d’atomes étrangers qui modulent nos molécules par le truchement de facteurs chimiques, physiologiques et surtout viraux, comme les cancers, sauf qu’à l’inverse cette structure n’est pas anarchique.
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