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Nous exaltant à ce genre de plénitude, d’autres attraits artistiques s’imposent et apposent leurs marques. La musique comme le chant sont omniprésents et chaque prétexte est bienvenu pour ces exutoires, nous confortant dans des manifestations orchestrales toujours plus excitantes. Les instruments ou les sons ont aisément été retrouvés et s’enrichissent journellement. Nos aspirations spirituelles s’abandonnent aux gammes, nous élevant vers la transparence des esprits et l’union des ondes. Nos dons télépathiques y trouvent matière à se préciser et à concrétiser certaines chimies, nous engageant aux accords les plus denses. Musiciens et sensuels à la fois, nous portons cet art en nous, parce qu’il étoffe notre communication. D’ailleurs, notre routine elle-même se ponctue de rythmes ou de refrains. Que ce soient les femmes au lavoir, leurs compagnons aux champs ou nos gamins sur le sentier de l’école, nous cadençons nos activités. C’est dynamisant mais surtout conforte ces liens qui nous fédèrent. Cet engouement est venu avec les difficultés du départ. La débâcle a fait de tels dommages, qu’il a bien fallu nous motiver pour venir à bout de notre dur emménagement... Un peu comme des marcheurs qui auraient décompté les kilomètres franchis sur un air enjoué, pour oublier les ampoules qui meurtrissent leurs pieds ; nous avons chanté pour nous rendre plus forts. Ensuite, la tendance est restée et les chants, anciens ou pas, continuent d’animer nos moments.
Semblablement la peinture et la décoration ont empli nos divertissements. Personnaliser son milieu pour s’y sentir chez soi est tout aussi légitime et nous n’y avons guère échappé. Après la menuiserie, l'ébénisterie ou la poterie, l’ornementation a pris place. Les pigments floraux étendent un large nuancier dont nous abusons et nos murs, nos ustensiles, bibelots, tentures sont finement peints. Tantôt d’inspiration abstraite, tantôt narrant nos aventures, mais toujours très verdoyants, fondant les volumes à l’environnement. Ces trompe-l’œil soulignent le savoir-faire de nos artistes ainsi que notre amour du cortex. Certains dessins mixent carrément les viviens à la flore, suggérant de réels hommes-plantes ou inversement. Avec ces tableaux, des visiteurs pourraient s’interroger aussi, mais peu nous importe. Nous exprimons simplement le bien-être ressenti.
En résumé, a posteriori d’un long épisode qui nous a astreint plutôt physiquement qu’intellectuellement, nous nous gargarisons d’y être parvenus et libérons volontiers nos esprits.
CHAPITRE 12
D’un point de vue plus cartésien, partiellement en fonction, l’arbre nous a concédé des auscultations moins laconiques qui authentifient que nous nous nourrissons, bougeons, vivons autrement. Notre habitus s’est doucement bouleversé, très doucement, mais sûrement. Spécifions qu’ayant bien piétiné avant de réamorcer cet attirail, lassés, nous avons parfois porté plus d’attention à l’essor du village, lui était vital. Bien-sûr, nous étions curieux, mais que de requinquer de tels instruments n’est pas élémentaire, et tout ingénieur saluerait nos prouesses, même si inachevées. En ce qui concerne les scanners et les outils lasers, la tâche est plus ardue et nous n’en profitons pas encore. Mais depuis, nous nous servons tout de même d’un tas d’appareillages, qui n’étaient pas si simples à réparer, et avec lesquels nous établissons quelques diagnostics.
Nous avons été en proie à certains processus et d’ailleurs il n’y a qu’à nous regarder pour s’en convaincre. En plus de notre refroidissement corporel, d’un ralentissement cardiaque ou de phases de régulations épidermiques, nous avons tous plus ou moins changés. Désormais viviens, nous sommes foncièrement parés pour accuser de nouveaux défis. En outre, plus intelligents et plus perspicaces qu’avant, nous ressentons ce qui est bon ou pas, instituant instinctivement notre art de vivre. Cela s’est immiscé dans nos mœurs par paliers et chacun n’a eu d’autre choix que de vivre avec. Aménagé, ce territoire volcanique, fertile et généreux, est un réel paradis et chaque jour s’improvise à nous prouver notre chance unique. Nos prises de conscience dépassées, nous vérifions les bienfaits de ces modifications. Entre autres, nous apprécions de voir notre peau se rafraîchir d’une sorte de rosée lors de grosses chaleurs, c’est bizarre mais génial contre la déshydratation. Et puis, nous pressentons la pluie, le vent ou les canicules et protégeons ainsi nos récoltes. N’oublions pas non plus cette facilité avec laquelle nous vivons en harmonie dans ce contexte loin de nos bâtisses d’antan. Nous ne contractons aucune infection, au contraire, cicatrisons plus vite qu’auparavant, grâce à notre épiderme mais aussi aux cataplasmes que nous préparons. Nous rebutons aussi les problèmes de digestion ou ceux intestinaux, anticipons sur les grippes et petits troubles… Tout ceci parfois involontairement, mais nos rouages eux, réagissent bel et bien et favorisent cet équilibre spontané. Même notre nutrition, certes allégée mais tellement plus essentielle, nous convient. Végétariens depuis toujours, nous nous régalons de ces produits frais qui font de nous de vrais gourmets. Pour nous acquitter, n’omettons pas nos vertus télépathiques aux propriétés encore occultes et nos autorégulations qui semblent nous rendre réceptifs aux inférences tant célestes qu’environnementales.
En résumé, tout nous surprend mais rien ne nous effraie. Sans en être choqués, nous nous transmettons nos pensées, pénétrons les lois originelles, resserrons les liens imperceptibles qui nous unissent et forgeons de nouveau la magie des forces divinatrices. Subodorant le structurel et en tirant meilleur parti, comme si cela avait sempiternellement stagné en nous, nous semblons suivre l’essence même de la vie. La liste est longue et nous souscrit à cet état de fait : nous fonctionnons différemment, sommes libres, n’avons plus à esquiver le contact ni nos parages et ce sont les meilleures choses dont nous n’avons jamais joui. Nous avons retrouvé des activités primaires et panthéistes dans l’âme, nous dépassons obstinément l’extrême.
Cela dit, vous devinerez mon attachement à énumérer tous les intervenants inhérents à autant d’innovations. Depuis que nous sommes sur ce territoire, maints examens nous ont accrédité ces plus-values dont je vous parle, mais j’aimerais procéder à des biopsies bien plus rigoureuses et intégrer plus de données informatiques afin d’étayer mes bilans. J’ai programmé depuis longtemps mes fameux tableaux d’atomes et molécules, à force retenus par cœur et Junior, l’ordinateur de contrôle de l’arbre, peut ainsi conjuguer ses équations. Nous donnons un nom à tout, peut-être parce que nous personnifions notre contexte. Et pour le labo, c’est Junior, notre pote à tous... Le plus épineux a été de signifier virtuellement chaque élément pour que les calculs puissent s’entrecroiser et conclure. Peu à peu, les archives se sont achalandées et simulent des maniements comme sur de réels assortiments. Nous n’avons pas entièrement circonscrit les arrangements métaboliques qui nous ont touchés et si échanges d’énergies ou de cellules il y a franchement eu, mais informés malgré nous, nous pensons ne pas être si loin de la vérité en imaginant adhérer au biomagnétisme universel. Assurément, nous ne sommes pas au bout de nos déductions puisque le scanner et le laser encore défectueux nous astreignent à des expertises surtout manuelles. Nous avons tout tenté, mais leurs circuits sont grillés et bien que Clovis, Carmélia ou moi-même se soient acharnés, que de redéfinir ces cartes mères n’est pas aisé. C’est surtout d’être compatible au reste qui ne facilite rien…Tant que Junior ne participera pas à ces radiographies, quoique précis, nos aboutissements seront limités. OK ! C’est vexant, nous sommes tout de même des professionnels et ces misérables circuits nous font la nique. Mais, justement, nous avons notre fierté et même si nous devons y consacrer dix années supplémentaires, nous le ferons. En tout cas, je ne m’en tiendrai pas là, je veux élucider comment notre mutation, car c’en est bien une, s’est produite et si bioconversion il y a eu. Nous avons tout de même reéllement l’air d’être comme qui dirait “chlorophyllien” et je ne peux être qu’intriguée.
Nous survivons et sommes comblés par cette corrélation des évènements et des éléments. C’est génial d’avoir libéré nos pulsions, nous nous sommes toutefois singulièrement parés, jusqu’à devenir des princes de l’inné et ce n’est seul résultat d’illuminations circonstanciées ou même de facultés endormies.
Bien que parfaitement acclimatés et ayant assez de recul pour accepter le statu quo qui s’impose à nous, trop de questions fusent et nous narguent. C’est classique, de se voir transfigurés tant au niveau morphologique que moral, nous interloque... Même si ce n’est pas nouveau. Après l’état de choc, l’introspection s’est faite ponctuellement et nous avons gardé l’habitude de nous souvenir du passé, temps d’insouciance où les choses semblent un poil plus normales. Nous ergotons parfois, parlant des nuits entières, évoquant l’Arche, ses chartes et ses prérogatives... Nous revenons sur maints propos... Les puces électroniques intégrées de neurones, puis incrustées sur des êtres vivants, les cybos, les essais paranormaux, la biotechnologie, puis la conquête spatiale, tout cela dans l’unique but de juguler ce contexte nocif... Nous n’en sommes franchement plus là... Notre environnement est le plus viable qu’il soit... Et hop ! Retour à la case départ ! Quelle est donc cette alchimie dont nous sommes témoins ? Même acteurs et qui nous offre de tels privilèges ?
Tout au début certains s’étaient inquiétés. Se rappelant les syndromes précaires, les greffes, les fusions, les fissions, les polymérisations et autres. Ils s’étaient demandé si ces embryons dans ces millions d’éprouvettes avaient été anéantis.
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