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Essai philosophique et scientifique "C'est la vie" - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF et IMPRIMER LE MANUSCRIT

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De fil en aiguille, cela nous a surtout inspiré un jardin botanique. Nous avons classé les variétés et en chiffrons à ce jour presque quatre cents. Nutritives ou médicinales, leurs bienfaits améliorent notre style de vie. Herboristes et botanistes autodidactes, nous dégustons la jouissance des polycultures et nous nous appliquons à leur faire honneur. “Les cinq céréales et cent plantes utiles à l’homme”, qu’aimait déjà concocter le vénérable empereur chinois Chen Nong, 5000 ans avant J.C, nous mentionnent un vrac de mixtures. La thérapie par les plantes, l’une des plus anciennes et des plus répandues des médecines douces, rejaillit. Les multiples manières de préparer les racines, les tiges et les fleurs, de les broyer dans l’eau, l’alcool ou l’huile ou de les ébouillanter afin d’obtenir divers mélanges, n’ont plus de secrets pour nous. L’aubépine, les feuilles d’olivier contre les défaillances de circulation sanguine ou d’hypertension artérielle, la salsepareille contre les eczémas, les coquelicots pour calmer la toux, le bulbe de colchique pour les rhumatismes ou les feuilles de chou anti-douleur des lumbagos et bien d’autres nous épargnent bien des maux… Nous avons aussi recours à la phytothérapie en cuisine d’ailleurs. Il n’y a qu’un pas entre l’alimentation et le traitement. Enfin n’oublions pas l’aromathérapie et les huiles essentielles aux propriétés infinies. Nous avons effectué cette sélection d’essences curatives et les inhalant nous renchérissons notre pratique. L’huile de sauge apaise et cicatrise, celle d’onagre soigne les arthrites et différentes faiblesses, tandis que d’autres perpétuent les bienfaits des premières herbes. Médecine parallèle, alternative ou complémentaire, manquant de scienticificité pour certains, elle exhibe pourtant des succès indéniables.
Cet apprentissage s’affirmant jour après jour, presque radiesthésistes confirmés, nous avons su accroître cette sensibilité possédée par tous à divers degrés. Elle incite à trouver intuitivement le remède approprié à son mal, comme le font les bêtes. Dans notre cas, cet avantage est loin d’être utopique et l’amplification obtenue d’un pendule ou d’une baguette, pour valider nos choix, ne nous est guère nécessaire. Attestant nos acquis, nous diagnostiquons sans erreur, optimisant prévention ou guérison. La symbiose avec notre contexte nous inculque cette hygiène naturelle. D’ailleurs l’école a fabriqué de beaux herbiers, imitant les grimoires d’antan. Leurs épaisses couvertures de nattes et leurs feuilles de papyrus calligraphiées, renferment toute notre érudition, elle-même directement retransmise aux enfants qui les conçoivent. Ainsi nous commençons nos rayons de bibliothèque et en sommes fiers.

Notre épopée a définitivement perdu sa tournure transitoire, nous avons pris de l’aplomb et vaquons à nos occupations, oubliant nos déboires initiaux. Viviens dans la peau et rodés, nous nous sommes émancipés. Et justement, soucieux de transmettre notre culture, nos fascicules ne se soldent pas aux disciplines botaniques. Nous nous penchons également sur la transcription de notre rétrospective et de tout ce qui s’y inclut. L’ouvrage s’annonce de longue haleine puisque précis, mais demeure très ludique. Notre ordinateur principal participe à chaque étape. Chacun peut y accéder, proposant ses rubriques ou thématiques. Un groupe de professeurs et de littéraires se chargent de la syntaxe, de la grammaire ou de l’orthographe, alors qu’une fois satisfaits de nos corrections scrupuleuses, d’autres se relaient à la retranscription calligraphique. Nous voulons donner une âme à nos bouquins, ne pas froidement narrer des évènements, mais aussi y faire transfigurer l’état d’esprit qui nous anime.
Retraçant notre passé, remontant aussi loin que possible, nous redéfinissons nos ancêtres aborigènes, leurs parcours et tout le reste, relatant le vécu des nations qui ont précédé la nôtre. Honnêtes, nous stipulons les doutes qui nous chagrinent et optons parfois pour diverses options. Certainement, les viviens doivent se rappeler de leurs ascendances et des leçons variées qu’elles recèlent. Evidemment, quelques siècles ne se schématisent pas, d’où nos longues heures de concentration pour replacer les faits, les personnes, lieux et dates. Nous ne sommes pas dupes, nous ne mettrons nullement tout à jour, d’ailleurs là n’est pas notre but. Nous ne sommes pas des historiens.
Enfin, là ne plafonne pas l’intégralité de nos projets, nous abordons parallèlement le journal de bord de Vivys, qui raconte nos propres péripéties et qui est en quelques sortes interactif. Cela ne manque pas de tous nous intéresser et nos veillées se succèdent, insufflant à chacun d’émettre sa version. Cela remue forcément, obligeant certains flash-back, mais plaît davantage.

C’est ainsi que reprenant le rôle de mécènes, nous donnons une cohérence à nos origines mais surtout saisissons d’où l’écriture et les sociétés sont nées. Les écrits dépassent bien des générations, évoquant les époques les plus lointaines. Pourtant, œuvres d’êtres pensants, comme nous, ils n’en sont pas plus rationnels. Nous supposons la pétulance que certains ont su en déployer et la subjectivité de laquelle ils ne se détachent guère. Dans le passé bien des testaments, des cultes ou des mythes avaient subsisté et auraient occasionnellement pu guider, mais tellement ont trompé...L’Histoire se doit de respecter la réalité des périples et des acteurs, pour un portrait fidèle. D’être impartial n’est pas de toute commodité, surtout pour des protagonistes et cela justifie entre autres les variations de style des rédactions. Le roman, la poésie, le réalisme, mais encore le législatif ou le politique, ne sont qu’extrapolations. Empreinte d’une énergie toute particulière, cette forme d’expression s’imbibe de dignité, de durabilité et même d’amour, selon le talent littéraire qui s’y place. L’influence des premiers parchemins, l’emprise des apologies religieuses, la magie des anthologies romantiques avalisent alors toute leur primauté. Provoquant des sensations propices, parfois tout à leur gloire, les écrits n’en sont pas moins le premier outil de la manœuvre de l’homme sur l’homme. Les privilèges qu’en ont eu les législateurs, les intellectuels ou les apanages qu’en ont soutiré les tyrans, en sont de minces tours d’horizon. Les populations impressionnées se sont laissées chapeauter pendant que l’écriture a continué de promettre l’immortalité aux civilisations... Voyez ce qu’il en est aujourd’hui…
Que le nucléaire ait suscité trois millions de morts ou trente, en 1945 ou en 2037, a autant d’importance dans les chiffres que dans leurs répercussions. Nous avons la sagesse de séparer les effets des causes et assimilons autrement la morale de la vie. La philosophie d’or est d’observer la nature qui assortit de fascinants florilèges. D’ailleurs c’est loin d’être futile. Le microscope met en évidence cette complexe inhérence des éléments, à nous d’en déduire l’impalpable. Nos ancêtres se sont attachés à certaines valeurs, or c’est l’essence même du destin qu’ils ont loupé. Contourner les faits ou détourner les matières et les cycles les a éparpillés, alors que leur quête de domination les a largement conforté dans la petitesse. Finalement, dès qu’il s’est civilisé, l’homme a perdu le Nord. Là pour se procréer, comme tout animal, il a cru en de grands desseins et s’est enfermé, multiplié puis détruit. Victime de ses croyances et de ses fiertés, il n’a combattu en vainqueur que peu de temps, sacrifiant jusque son existentialisme. Alors que ses leçons préconisaient la compassion, l’amour et le respect d’autrui, il s’est incliné devant les pires assouvissements. Se masquant d’institutions et de mots, il s’est prétendu compétent pour juger le bon du mal, alors qu’il n’en discernait pas même les nuances. Seule cette vie saine nous induit une telle approche et nous sommes heureux. Nous n’ignorons pas avoir rechapé à quelque chose de sordide et savourons d’être des fondateurs, mêmes si moins modernes. Il fallait peut-être en passer pas là…

Repartant de rien et édifiant graduellement notre communauté, l’apprentissage individuel est devenu incontestable et seul critère. Il nous arrive à tous de nous sentir profondément seul, comme accroché au bout d’un fil au milieu de tout. D’observer, recroquevillé au bout de ce cordon, n’incarne ni la faiblesse ni la lâcheté, ce serait plutôt une méthode pour s’y retrouver. En suspens, nous prenons ce recul qui aide à temporiser. Nous viviens, sommes naturels dans la force de l’âme et le traduisons avec autant de ferveur que les égyptiens lorsqu’ils ont gravé leurs pyramides... Même si les tablettes disparues, qui nous ont dispensé de leur message, n’étaient que légende. Que ce soit Thot l’inventeur de l’écriture, ou les sumériens il y a des milliers d’années, tout langage reste unique, il suffit d’en saisir la symbolique. Notre chronologie, à l’instar de toutes les autres sera surtout le fruit de notre interprétation, comme ceux qui la liront y porteront leur propre opinion. Quelque part nous y apparaissons tels des hybrides, mélangeant notre patrimoine à celui qui nous imprègne ici. Peut-être des étrangers nous imagineraient-ils rustiques avec nos objets, meubles, habits, nourritures, médecines qui ne sont que bois, plantes, fibres, nattes ou composite. Cela ne nous tracasse pas, nous écrivons pour nous et pour perpétuer nos valeurs, ne serons lus que par nos gosses, qui sauront se situer et ont besoin de vérités. Ne broder que de jolies fables ne servirait qu’à polluer nos lignes fondamentales. Ainsi après l’état de robinsons, de colons, puis de viviens, nous prenons le chemin de toute nation établie, celui de se caractériser par ses traditions. C’est bien humain que de s’appliquer à matérialiser son passage existentiel, comme pour dépasser le stade de poussière universelle...
Nous composons aussi de la poésie. Cette volonté d’instruire nos descendants et d’inscrire la mémoire de notre peuple ne nous refroidit pas au point de nous prendre trop au sérieux. Nous agençons également nos contes qui ne s’interdisent pas d’être féeriques et d’exagérer la réalité. Nos chérubins en réclament et nous avons de quoi éditer de beaux récits tous plus enchanteurs les uns que les autres, il serait stupide de s’en priver.

 

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