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Essai philosophique et scientifique "C'est la vie" - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF et IMPRIMER LE MANUSCRIT

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Pour en revenir à nos moutons, nous avons hélas été maladroits et la louve nous a devancés, ne nous laissant pas aviser. Ni chasseurs dans l’âme, ni campeurs invétérés, nous nous sommes laissés trahir par notre odeur. Elle a contourné une souche et s’est postée devant nous, les yeux hagards, semblant néanmoins en bonne santé. Nous sommes allés vers elle, mais gauches, l’avons finalement effrayée et elle s’est enfuie, s’engouffrant dans une tanière. Excités, nous nous sommes précipités et sous le lierre sauvage avons vu le trou où elle s’était terrée. Celui-ci, plutôt grand et large, nous a incité a y aller. Méfiants tout de même, nous nous y sommes glissés, les uns suivant les autres, puisque décidément cette petite louve s’est déniché plus une caverne qu’un terrier. Pénétrant donc derrière elle, ceinturons allumés, avançant opiniâtrement, nous sommes restés pantois... La surprise a été entière... Très vite nous nous sommes aperçus que nous étions dans ce qui était une base. Les machines, les ordinateurs, les tabulateurs, tout y est. Et encore ! Cet endroit circulaire décline le long de ses murs un nombre invraisemblable de consoles poussiéreuses. Au milieu, trône une table lumineuse où cartographies devaient se projeter jadis. Cela n’a pas été visité depuis belle lurette, l’humidité et l’odeur nous l’induisent. Aucune trace de passage non plus, dans ce capharnaüm nous les aurions repérées. Par contre, la louve ne s’est pas montrée. Sans voix, nous avons alors scruté ce trésor dont nous n’osions guère rêver. Chacun est parti tous azimuts, observant, sondant, farfouillant... En vain nous avons même recherché le générateur…

Le soir autour du feu, nous avons relaté notre aventure et sorti nos trouvailles. Les yeux se sont éclairés d’une étincelle perdue, pendant que les objets sont passés de main en main. La veillée s’est attisée de projets et de maintes suggestions. Les uns voulant participer à la sortie du lendemain, persuadés qu’eux allumeraient cet attirail. Alors que sceptiques de l’utilité propre de cette démarche, d’autres n’ont soufflé mot, préférant largement leur récent train-train et ne s’inclinant pas à le mettre en péril. Ames de prophètes, ils misent infiniment sur cette terre et la prennent comme un échappatoire à la démence que nous avons quittée. Résignés, ils trouvent de bons motifs pour se sentir mieux ainsi et involontairement sont ambassadeurs de notre équilibre, apposant les briques indispensables à notre salut. Mais pour les premiers, la technologie n’est pas en cause, seuls nos abus ont fait de nous des prisonniers. A ceux-là de défendre les aspects positifs de leurs anciens métiers, de leurs premières passions. Que ce soit l’électronique, la mécanique, la médecine ou bien des disciplines, la technique a toujours servi, il suffit de savoir en user. Les avis se sont donc franchement divisés...
Indiscutablement, la pensée de s’en sortir ne s’illustre pas de la même façon pour tous,. D’où cette complémentarité qui nous porte d’ailleurs à bout de bras. Allons pourquoi s’emporter ? Rien est fait... C’est Tron qui a pris la parole. Il a les bons mots quand il le faut et nous l’écoutons, accrédités de sa modération. C’est compréhensible que cette journée brouille nos esprits, mais tout de même... Depuis, nous avons acquis bien de valeurs et ce à l’unisson... Ce ne sont pas quelques instruments qui détruiront tout. Notre aventure nous a mûris et nous saurons préserver ce que nous aimons... Alors que sécurité et confort n’ont plus de sémantique, il se réjouit de voir que certains ne s’en plaignent pas. Respectons toutefois nos divergences, ce n’est pas si simple pour tous. Reprenons nous. D’autant que cet arsenal est peut-être irrévocablement éteint. Pourquoi s’énerver ? Notre sagesse et notre sagacité se sont assez aiguisées pour nous détourner de toute entreprise malvenue et quand bien même, nous serons assez forts pour ramener nos brebis égarées au troupeau, s’il y a lieu. Tron a conclu dans ce charisme qui lui est typique. Exhortant les uns à protéger ce qui nous est précieux et détournant les suivants de cette trépidation qui peut s’achever dans l’échec. Des équipements sans jus ne nous serviront guère et la déception sera d’autant plus fatale si l’utopie remplace l’espoir. D’interminables discussions se sont engendrées et émus ou contents de nous être accordés, nous avons fini par nous coucher. Nous devons être vaillants les jours à venir et de bonnes nuits sont impératives.

De longues journées d’inspection et d’infinies veillées se sont succédées, avivées d’un zèle dont j’avais oublié les bienfaits. Même si tout reste éteint à l’intérieur de ce trou, certains ne se lassent pas.
Ce soir, assise non loin du feu, portée par le flot de mes pensées, je me détend et prête oreille aux conversations. Les impondérables s’accumulent et c’est vrai que si nous parvenons à relancer la base, nous répondrons à pas mal d’interrogations. Au moins aurons-nous quelques convictions à propos de notre statu quo. Songeuse, je m’étonne également... Nos alentours ne font préméditer que difficilement d’être tributaires du même cortex. En se référant aux exemples connus, l’éventualité d’être sur un bloc détaché de la Terre reste fort plausible, elle n’en est pourtant pas moins inouïe. L’incrédulité fait certes convenir d’être sur notre planète mère, une fois de plus réduite. N’empêche que mon ego pense l’inverse et que les constellations comme cette région ne contredisent rien. Il est indéniable que nous soyons candidats à quelques incidents biochimiques, selon lesquels les matières et leurs réactions interviennent résolument dans l’acclimatation des espèces. En outre, il est aussi certain que nous ne sommes plus subordonnés aux mêmes cycles. Ce qui présage que nous habitions effectivement un sol arraché de notre globe, le seul hic étant de savoir comment nous avons encaissé le choc et les atmosphères modifiées. C’est un amoncellement de contradictions que nous ne résoudrons pas... Traficotant machinalement un microscope électronique, j’ai subitement cru voir le cadran clignoter et des chiffres s’y inscrire. Vivement saisie et interrompue dans mes rêvasseries, je me suis levée pour vérifier plus près du feu que ce n’était pas une hallucination, lorsque quelqu’un s’est écrié :
- “Ca marche, ça marche !”
Une agitation nous a tous remués. Oui, deux appareils se sont allumés ! Un petit groupe s’énerve déjà autour de ces deux objets, cherchant un dispositif interne. Aucun n’a de pile ou de puce... C’est impossible ! Justement, une calculette et un répertoire ont pris vie aussi. Quelqu’un a insinué que nous puissions produire de l’énergie, c’est un peu folklo et ne sachant pas, nous nous sommes hasardés à n’importe quoi : toucher les objets, les caresser, leur parler ou se concentrer. La présence ferreuse décelée dans notre sang justifie peut-être un tel charme et bien que peu éloquent, cet argument est le seul retenu. Bon, il ne faut nullement s’y fier, nous avons décrété que ce sont des molécules de fer, sans que nos ceintures ne soient assez précises pour de vrais cytodiagnostics. D’après nous le magnétisme prédomine, c’est sûr, mais cela ne certifie pas non plus que nous en soyons anormalement chargés. D’autant que nous ne nous révulsons mutuellement, tels de vulgaires aimants. Si nous portions ces doses d’ions, nous ne nous toucherions pas sans quelques décharges. Mais l’évidence est là et prouve depuis que les éléments vivent un abrégé plus complexe que des postulats. Naguère, nos exercices ont corroboré que les cellules en fission, électriques, végétales ou animales donnent naissance à des molécules mutantes et viables. En sommes-nous porteurs ? Nous ne l’affirmerons pas. Bien qu’au bout de la nuit, quatre d’entre nous aient irréprochablement maîtrisé ce don particulier…Nous n’expliquons rien, mais trouvons cela intriguant et très attrayant.
Progressivement, nous nous accommoderons de cet aplomb qui nous envahit, peu commun mais évolutif en permanence. Patientons et profitons d’être protagonistes de telles bizarreries. Le premier cap dépassé, toutes générations confondues percevront certains enrichissements... Une ambiance s’imposera, où le défi et la recherche seront constants, nous rappelant les contes d’apprentis sorciers prêts à tout mouvoir sur leur chemin et nous encanaillant à d’originaux tests.

Pour ma part, ces déductions m’apparaissent crédibles et Tron m’acquiesce. Je peux n’avoir aucun mérite, en revanche, mes confrères produisent bel et bien une source, ce qui a forcément une cause. Aussi, avons-nous décidé de tout prendre en considération. Nous faire passer quelques tests nous révélera la justesse de nos supputations. Cela m’évoque quelques désagréments, heureusement nous ne disposons d’aucun matériel qui puisse nous mener aux extrêmes, comme du temps de l’Arche. OK ! Sur IRIS, ils auraient illico été branchés, scannérisés et tout, et tout. Mais ici, que faire ? Sinon des essais succincts, donc arbitraires. Autant nous armer de prudence avant d’affirmer que nous répondons au dogme du sensualisme, selon lequel nos connaissances proviendraient de nos sensations. Il nous faudra alors souligner aux nôtres que dorénavant ils sont pleine translation. Non pas seulement par leurs rituels révisés, mais selon de strictes transformations internes. Dès notre arrivée, nous nous étions d’ailleurs fait la remarque. En nous voyant sortis d’un endoctrinement élitiste, nous dépêtrer tout de même et ce sans maladresse. Nous avons su nous soigner, fabriquer des baraquements, planter, cultiver, cuisiner ou nous aimer sans consigne spéciale. S’inspirant sans ambages de notre présent, s’abandonnant à ce que nous soufflait notre instinct et faisant ainsi retentir nos sens les plus secrets... Tron et moi sommes sûrs d’interférences externes qui commencent d’ailleurs à se voir sur notre physique comme sur nos attitudes. Comment s’assurer de l’absence de tout danger ? Comment ne pas nous torturer gratuitement ?
Qu’il est loin le temps de Maë, praticienne avertie, portée au rythme de ses équations et parée d’un labo sans précédent. Ici, tout reste à faire et le vécu n’est que souvenir. Certes, l’expérience aide mais n’est plus fiable. C’est vrai qu’avec l’âge on devient mature et que plus on l’est, plus on peut épauler nos proches autant que possible.

 

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