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Essai philosophique et scientifique "C'est la vie" - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF et IMPRIMER LE MANUSCRIT

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D’ailleurs et au mépris de nos angoisses, une certaine exultation nous soulage déjà. Cela s’est vérifié au lac, rien ne se perd et nous retrouvons des comportements spontanés, sans être gênés par notre culture. Nos pulsions s’éveillent et nous prenons plaisir à être titiller par nombre d’émotions vives, pimentées d’anecdotes amusantes desquelles nous nous délectons. Notre confort est passable, mais en de telles circonstances, l’allégresse qui nous émeut en vaut la chandelle. Notre bon sens nous dicte de porter le deuil de notre passé et nous le faisons bizarrement plus facilement qu’auguré, nous détournant aussi de toute dépression. Nous devons être un modèle pour nos gamins, leur suggérer comment s’adapter et comme affranchis de nos obligations antérieures, garants de notre destin, nous le faisons avec bonheur.

Pour la première fois, nous entrevoyons comment le système a sclérosé les libertés. Atterrés, nous estimons combien la vie s’était voulue prosaïque et nous nous demandons comment l’individu a pu en perdre le fil. Le pire est encore de savoir qu’incontestablement nos bureaux avaient planifié de telles catastrophes. Notre vie en est le reflet, nos cours préparatoires, nos stages, nos tenues, comme les options de nos ceintures jusqu’alors inutilisées. Non seulement les analyses superficielles et soins octroyés, mais aussi ces graines que nous avons ensemencées et qui donnent le feu vert à notre potager. Décidément, IRIS était bien l’œil hégémonique prétendu, devançant au mieux et n’oubliant pas sa charte. Nos entraînements nous insinuaient des situations moins viables qu’ici et c’est pourquoi nous nous en arrangeons bien mieux que prédiqué.
Nous faisons preuve d’homogénéité, notre modération est passée avec l’absence d’infections graves, bonifiant les dénouements. Nous nous sentons bien et sommes ravis de nous en remettre sur tous les plans. Nous fermons un volet sans amertume. Certainement, la priorité des gosses nous souffle-t-elle de faire face. Malgré tout nombreux, ils exigent une vive sollicitude. Le lac est notre meilleure garantie, il concède précisément l’éclosion de tout un petit monde et déjà la pluralité des pousses témoignent de la vigueur des sols. Au final, cette végétation aurait davantage d’atouts et nous escomptons qu’elle soit aussi fertile que dans le passé. Sinon, nos courtes escapades ne nous ont pas fait dégoter de plaine plus attirante, aussi notre périmètre se restreint-il forcément à ce bassin. Nous partons deux, quelquefois trois jours par petites troupes et trouvons de tout... Plus loin, le massacre apparent se dessèche paresseusement... Les cendres qui traînent çà et là ne sont pas agréables à fouiller, mais nous avons besoin de matériel... L’espérance de quoi ? Nous ne le savons pas mais y croyons !

Quoique sommaires, nos graphes géologiques démontrent que la terre se ravitaille bien de l’immense champs d’engrais que constitue ce gâchis. En outre, cette résurgence se fait à une telle allure que nous n’aurons bientôt qu’à l’observer pour en être sûrs. Autour de nous, la croissance s’avère fulgurante et au prorata du cataclysme. Si bien que nous pensons continuer cette période de restructuration préludée par ces syndromes qui déstabilisaient nos normes. Sauf que la catastrophe aura catalysé ou supprimé certaines équations. Comment savoir ? En tous les cas, cela nous débarrasse heureusement de l’infection des premières semaines. La terre maculée régresse peu à peu pendant que le végétal nourrit ses racines puissantes, prêtes à étaler leur verdure. Avec enchantement nous assistons à une impensable amorce et les bourgeons multipliés corroborent de toute part que les cycles sont accélérés. Croissant plus qu’inespéré, ce sont strictement des plantes grasses, des buissons, leurs baies et des forêts d’herbes hautes d’où les insectes, les reptiles ou petits rongeurs, furtifs mais présents, sortent pour s’étirer de cette trop longue torpeur. La chaîne alimentaire est réduite, les plus gros prédateurs ou carnivores n’ont pas trouvé de refuge pour eux, ni même pour leurs petits. Exterminés par les éruptions, les tourbillons de cendres et leurs fumées, souvent isolés si rescapés, peu ont survécu. Ainsi, pratiquement disparus, voient-ils leurs lignées s’éteindre alors que pour d’autres c’est naissance journalière.
En ce qui nous concerne, nous avons aussi subi quelques altérations. Nos analyses succinctes mettent en évidence une forte densité de fer ou minerai dans nos globules et notre température interne a dégringolé d’une moyenne de cinq degrés. Nous n’en souffrons pas vraiment et nous inquiétons plutôt de notre aménagement, alors qu’un élan d’objectivité décante la situation. Vivys a été le nom adopté pour notre contrée. Rendant hommage à cette nature, ostensiblement prête à nous escorter. Nous allons dans le sens de tout ce qui lui est favorable. Fondamental, notre environnement légitime quasi ironiquement notre sursis dans ce contexte que nous aurions mal supporté auparavant.

 

CHAPITRE 9

Les mois se sont écoulés, cicatrisant peu à peu nos blessures tant physiques que morales. Notre environnement s’est de même rétabli et la végétation se fait carrément généreuse. Elle nous a donné un toit et une terre féconde où planter nos graines. Même si abrités sous de frêles huttes de palmes, accoutrés de ce que nous avons trouvé par-ci par-là et nourris de nos récoltes, nous nous sentons bien. Notre désarroi primitif nous a jetés dans une lutte si abrupte, que nos préjugés n’ont plus eu leur place... Et c’est tant mieux !
En outre, si verte et si accueillante, cette région nous a réservé bien des prises de conscience. Non seulement nous assumons mieux nos prédispositions, mais tirons étonnement partie de notre écosystème. Exemple de cette facilité que nous avons eu à nous métamorphoser et à nous en sortir. En outre, comment aurions-nous fait ? Notre milieu est livré à lui-même et notre seule issue était d’en disposer. Nous marchons à l’air libre et ne sommes ni sclérosés ni infectés. C’est encore ce qui nous surprend le plus, car tout de même, avant nous n’aurions tenu que quelques jours, au plus quelques semaines. Avec cette restructuration globale, puis notre métabolisme lui-même rectifié, nous soupçonnons avoir été en proie à des phénomènes plus faramineux que la seule tragédie essuyée. Ces éléments bousculés, cette synergie et cette genèse inopinée encouragent de nouvelles distributions, tout en supposant nouveaux critères. Heureusement, nos premières craintes se sont taries. Bon, ces variations dans nos relevés sanguins et cette température corporelle moindre ont de quoi nous interpeller, mais ne nous dérangent guère. En réalité, n’ayant aucun moyen d’approfondir, nous avons lâché le morceau. Adviendra ce qu’il adviendra.

Une fois mieux installés, nous avons projeté d’authentiques balades. Partant à l’unisson découvrir ce site qui en augure de belles. Comme des nouveau-nés, nous nous éveillons doucement à ce contexte en pleine éclosion, savourant nos sens les plus enfouis. Cherchant à partager les moindres sensations, tant elles nous grisent, une certaine symbiose nous embrasse d’une plénitude grandissante. Plongés dans un quotidien inédit, un structurel hospitalier, nous oublions nos malheurs et nous préparons à un avenir bien plus conciliant.
Connaître nos parages devient donc capital. Non seulement au regard de notre condition, mais surtout pour continuer d’apprendre en vrac. Multipliant nos randonnées, nous nous imprégnons de ce cortex si riche et qui en déploie autant pour tous les règnes. Quelle évasion ! Quel dépaysement ! A chaque fois un vrai bol d’air.

Lors d’une de ces fameuses expéditions, repérant une louve, rare grand mammifère croisé, portés par notre curiosité, nous l’avons suivie. La plupart d’entre nous n’ont jamais vu d’animaux de cette taille, sinon dans des encyclopédies, des films ou des cages. Alors je peux vous dire que notre excitation a été entière. Ici nous avons d’abord vu tous ces insectes proliférer... Si petits soient-ils, leur observation a unanimement plu. Fourmis, scarabées, mais aussi sauterelles, mantes religieuses et papillons ont intrigué de leurs mœurs, paraissant mieux organisés que nous. Et que dire de leur beauté ? Comme ces volatiles, sortis d’on ne sait où. Fidèles à leurs cycles, tantôt migrateurs, tantôt sédentaires, se débrouillant parfaitement et animant non seulement le ciel de leurs vols mais nous séduisant surtout par leurs chants. Et les poissons, qui n’ont du reste rien à envier aux autres... Combien ne connaissaient que ceux de leurs aquariums. Enfin, nous avons approché des rongeurs, herbivores ou mangoustes. Cette fois, les enfants s’en sont fait de vrais compagnons de jeu. La coquinerie de ces petits animaux est indiscutable et nous amuse inlassablement. Bref, les insectes, les oiseaux ou les poissons ne manquent pas, comme tous ces petits mammifères embusqués un peu partout. Nous ne saurions expliquer comment une telle faune a presque ressuscité mais a vrai dire cela ne nous importe pas tant… Pas besoin d’aller au zoo ou dans ces complexes animaliers, où ils n’étaient parfois que des clones. Confessons que de vivre en direct vaut cent fois ce qui nous était anciennement cautionné par procuration.
Bref, comment ne pas être tentés par cette louve ? Evidemment, aucun n’imagine ce qu’est la férocité. Jusqu’alors, la nature nous bannissait de ses sentiers, c’est pourquoi nous nous consolions de nos parcs et sommes si attirés par ces bêtes qui pourraient pourtant être dangereuses. Il paraît qu’au fond de nos forêts vivaient des singes, de magnifiques félins et toutes sortes d’animaux…

 

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