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Essai philosophique et scientifique "C'est la vie" - par Emmanuelle Mairet - RECEVOIR LE LIEN VERS LE PDF et IMPRIMER LE MANUSCRIT

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Etant donné les défis relevés, la philosophie atteinte et cette technologie charriée à son paroxysme, nous incarnerions ce que décrivaient les chimères d’antan. Mais pour moi, avec cette nature incontrôlable, ces maladies intransigeantes, ces enfants bulles et cette morale pas si irréprochable, comment ne pas s’interroger ? J’ai vécu chaque découverte, chaque essor, mais c’étaient données, fichiers et compagnie. Aujourd’hui j’ai vu... J'ai surtout su que nos départements dépassaient parfois les bornes... Je suis perplexe et perds presque pieds. C’est vrai, regardez, moi-même je me suis embarquée corps et âme. Où cela m’a-t-il menée ? Nulle part. Puces ou pas, mes exercices ne sont qu’un aspect de plus et que j’y sacrifie ma vie importe peu. Peut-être que je détiens l’issue et que leurs vérifications le leur garantiront. Ainsi, ne verrai-je pas mes dossiers moisir au fond d’un vieux tiroir. Et alors ? Peut-être me suis-je trop investie ? Un goût de regret, un doute énorme, un trouble oppressant... Je ne sais pas... Mais je suis lasse... J’ai besoin de recul, faire le point, me retrouver seule et loin. L’âge me désabuse-t-il ? En quelques semaines j’en ai terriblement essuyé aussi…
Comme pour corroborer ma remise en question, un incident fortuit m’a encore souligné tout ça d’un œil plutôt pessimiste:
- “Torturer des bêtes afin de rehausser ses vertus, quel narcissisme !”
C’est ce que m’a rétorqué une ancienne amie croisée par hasard. Cela m’a perturbée, même si ce jugement est sectaire et snobe mes objectifs comme leur portée... N’étais-je justement pas en train d’effleurer ce genre d’optiques ? Nous sommes allées boire un verre, elle est mariée, a trois gosses. Ce qui est exceptionnel et c’est peut-être aussi ce pourquoi son jugement m’a importée. Son mari, un paysagiste, agence les jardins si rares et magnifiques de nos parcs et cela leur confère une vie comme une retraite déjà belles. Je n’ai pas capté tous les tracas domestiques dont elle m’a parlé, mais quand lui répondant, je lui ai expliqué ce que je faisais, le ravin est passé au précipice. Elle s’est outrée, a fini sa boisson, m’a cataloguée de cette courte phrase et s’est volatilisée dans la foule. J’avais cru l’extraire de son train-train, nous avons tiré leçon des abus et franchi les extrêmes, le nier s’avère aussi irresponsable. Non, elle n’a pas admis, prévaloir la technologie a détruit assez. Il faut profiter de la vie et mieux la considérer. Déconcertée, j'ai bu mon verre seule. Non, c’est vrai, ça m’a foutu une claque. A quoi ça rime... Nous ne faisons même plus partie de notre milieu... En somme, cette délibération vaine et cette introspection m’ont bien chamboulée et j’ai finalement pris l’initiative de m’éloigner... C’est la goutte qui fait déborder le vase.
L’idée m’avait traversé l’esprit sans que je pense me laisser tenter si vite.... Et bien, les récents déclenchements m’y conduisent tout bonnement. Oui ! M’en aller. Mes investigations suivent leur cours et je peux partir une quinzaine sans problèmes. J’irai sur l’une de ces résidences stellaires. Bizarrement et d’un coup, l’envie de tout quitter s’est faite pressante. Un raz le bol, tout simplement. N’est-ce pas le préambule d’un cap ? Je ne sais pas et je m’en fous.
J’ai pris congés sur le champs et après avoir déambulé des heures en ville, je me suis réfugiée dans une petite chambre... Allongée sur le lit, je savoure paisiblement cette ébauche de rémission et c’est déjà grisant. La preuve qu'il me tardait de faire un break. Feuilletant les catalogues de voyages ramassés en chemin, j’ai inséré la carte puce et ai pris plaisir.
La revue a débuté par Imagis, un bloc détaché du Pôle Nord. Il s’agit d’un iceberg antérieurement foudroyé et extirpé de la croûte terrestre par des essais nucléaires. Fixé dans l’espace, agrandi par le froid, il s’est taillé tel un quartz. Nous ne savons pas comment, mais chacune de ses faces réfléchit en partie nos époques qui s’y projettent depuis l’ère mésozoïque. Une immense structure y est implantée et propose des croisières visionnaires, en navette pour sensations vraies ou en salle pour chronologies tridimensionnelles. J’ai entendu parler de ce type de regroupements photocellulaires en certains points de la galaxie. D’autres étoiles et petits satellites nous relatent des bribes de notre histoire depuis longtemps. Ce bloc a pris la vedette à cause de sa taille disproportionnée. Il séduit par ses projections dénuées de trucages qui matérialisent nos vestiges perdus. Il ne s’agit guère d’une chronique sublimée mais de la nôtre, de surcroît bien longue et donc assez diversifiée pour plaire tous azimuts. D’ailleurs, les écoles et les historiens ne se privent pas des registres à disposition... En boucle, ceux-ci dépassent les œuvres cinématographiques les plus phénoménales et ont de quoi instruire ou occuper un bon moment. Pensez, depuis le temps ! Et puis cela allèche les futures générations, tout bénéfice quoi !

Paradys et Solia suivent... Nées d’un télescopage céleste, elles s’opposent telles deux cuves dos à dos, couvrant près de 35 250 km2. L’une recevant la chaleur continue du Soleil, l’autre la luminosité saisonnière de la Lune. Satellites solaires, sur un anneau proche de lui, bouclier contre bouclier, la vie s’y épanouit. Précisément sur la tangente de l’axe Soleil-Terre, dépendantes d’une rotation simple et sur une parallèle du sillon orbital, elles ne profitent pas du double rayonnement. Seules leurs surfaces incurvées et externes s’animent, tandis que le reste semble mort.
Paradys, enfant de la Lune, via l’unique énergie perçue et décuplée par sa cuve, se définit comme quasi aquatique. Son atmosphère feutrée rappelle les ambiances moites et équatoriales d’antan. Sa nature filiforme s’étale, s’accouplant aux cristaux, s’élevant en masse soyeuse et bleutée, frisant le translucide, elle reflète fidèlement les sols de paillettes dont elle est née... Ce sont les quartz omniprésents qui ont avalisé cette flore épaisse et une faune dynamique. Imperceptibles, ils ont néanmoins généré les sous-sols en interceptant la moindre luminosité, en épongeant la moindre rosée et en mutant enfin les strates. Premiers maillons, ces minéraux purs ont canalisé l’énergie lunaire pour que le mucus marin germe, se vivifie et donne naissance à cet astre. Les voyagistes y suggèrent des cures thermales réparatrices et rajeunissantes... Relaxation et évasion assurées. Nos commerçants ont également décliné maintes boutiques dans lesquelles vous trouvez toutes sortes de souvenirs. Non seulement ces casques qui compensent de ne pas s’y rendre, mais aussi un pêle-mêle de gadgets y faisant référence... Paillettes, volutes et matières extraterrestres évoquent des objets tous plus insolites les uns que les autres.
Solia, étoile sœur, a connu une tout autre résurrection. En permanence sous l’irradiation solaire, elle est une réplique de nos déserts et compte un maximum de trois oasis paradisiaques. Comme sur Paradys, le sable très fin y tonifie aussi les composantes siliceuses. Ces capteurs d’énergie ou d’humidité ont largement contribué à sa renaissance qui se polarise autour de ces rares points d’eau et se débrouille au mieux... Les plantes y atteignent toutes une belle maturité. Du genre des ligneuses grimpantes, elles habillent les arbres d’un généreux manteau pour ne faire qu’un... Des palmiers géants y étalent aussi leurs palmes, les entremêlent et forment un toit pour ce petit monde sympathique. Ces jardins spontanés sont les seuls coins tempérés du bloc. Ailleurs pas d’ombre ni vie, sinon hybrides d’arachnides et de scorpions, seuls animaux de cette planète, sous 60-80°C. Trois dômes protègent ces trois oasis, refuges rêvés où les activités sont très estivales : oisiveté, bungalows exotiques, soleil, dunes, lac et cocotiers résument ces villégiatures censé avoir assez de sex-appeal... Songeuse, je continue ma prospection, Animalia, Mars ou Vénus me déroulent leurs formules.

Retrospectivement et si j’oublie les générations de clones que j’ai vu, je ne peux que féliciter IRIS et ses équipes. Et puis ils ont bon dos, je vais quand même être des premières à partir. Je cautionne donc leurs méthodes puisque j’en suis bon public, pire encore, utilisatrice !. C’est ce que je disais, un maillon parmi d’autres.
Je me suis finalement décidée pour Animalia qui m’a charmée. Ce site où la vie sauvage combine les nouvelles variétés aux plus anciennes, parfois péries depuis des millénaires, m’intrigue. Il résulte d’expériences paléontologiques exportées sur Deimos, le deuxième satellite de Mars. Certaines de ses données climatiques et géologiques ont induit que nous pourrions y reconstituer des conditions similaires au paléolithique. Deux biosphères y ont été testées, présageant la vie dans l’espace... Initialement, ces stations étaient réservées aux sciences et c’est la normalisation des périples interstellaires qui les a peu à peu incluses dans les itinéraires publics. A cette heure, l’un des deux complexes est spécialement conçu pour recevoir quelques centaines d’individus, choyés d’une organisation hôtelière parfaite. Le deuxième vivarium est laissé aux écosystèmes artificiels qui réinventent les époques originelles. Une genèse primitive s’y est effectuée, donnant naissance à plusieurs animaux directement issus de cellules préhistoriques clonées, alors que d’autres genres y ont seulement été importés et se sont reproduits. Ainsi, diplodocus, tyrannosaures, stégosaures ou tricératops laissent leurs descendants repeupler certaines aires ; alors qu’éléphants, girafes, zèbres, antilopes ou félins occupent les zones voisines. Les chaînes animales s’ajustent, dynamisant une biodiversité unique. Pour nous, à qui les espaces ferment leurs accès, c’est une aubaine incomparable de revisiter les mondes sauvages, sans présager de mauvais lendemains. Loin d’exhiber des animaux en cage, à l’hérédité modifiée par la captivité, ou ces hybrides qui survivent dans nos parcs, Deimos supplante toutes les attractions zoologiques. Des navettes emmènent les vacanciers au travers tantôt de jungles, tantôt de savanes et autres décors... De capturer ces instants intacts, farouches mais nullement dangereux, rappelle l’époque où nous foulions impunément nos contrées. Parfois, les passagers peuvent même quitter leurs wagons pour quelques balades favorites. Quel bonheur de flâner dans cette végétation dense, parmi de magnifiques envolées de papillons et scrutés par quelques écureuils ou lapins futés.

 

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