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Nouvelle "L'autre France "
Le visage déformé par la douleur, André accrocha du regard, la pendule du mur d’en face. Au rythme des mouvements du balancier, résonnait inlassablement dans sa tête, la même phrase : « Souviens-toi de l’heure de ta mort ».
Je deviens fou, cette phrase ne veut rien dire et d’ailleurs d’où vient-elle, l’heure, quelle heure est-il ? ….Onze heures trente-cinq ! Encore onze heures trente-cinq? Si seulement cette fichue minute, cette éternité…oui l’éternité si elle passait, j’aurais peut être une chance d’échapper à… « L’heure de ta mort, souviens toi… ».Cette voix, lui revenait comme une balle, ricochait sur les murs de sa conscience, effritant à chaque impact l’espoir d’un pardon divin.
Il voulut quémander de l’aide. Il suffisait qu’on l’entende. « On », c’était Edwige celle qui depuis trente quatre ans partageait bien plus que son nom. Celle qui à défaut d’une autre partageait sa vie. Elle, n’était rien qu’un lot de consolation, un pâle reflet de l’autre. Elle avait ses yeux, son sourire, mais autour. Des années d’une alimentation trop riche, ou trop abondante, avaient creusées le fossé entre elle et l’autre. Ce ventre qu’arborait Edwige bien qu’imposant était durant toutes ces années, ou il l’avait besogné en pensant à l’autre, resté stérile. Edwige dont le rire lui parvenait du patio comme une offense, gras comme l’insouciance. Elle était là, juste à côté, trop occupée à papoter avec une commère du quartier tandis que lui …
D’une bouche béante qu’il ne pu refermer il tenta un appel à l’aide sans qu’aucun son n’en sorte.
Oh… mon dieu non !
Il ne voulait pas d’une mort aussi hideuse. Une douleur lui irradia le torse s’insinuant au fur et à mesure dans chaque molécule de son être. Une douleur liquide, comme une coulée de lave, de celle qui donne vie à la pierre avant de la pétrifier. Jamais il ne s’était senti plus vivant qu’à cette heure …l’heure de sa mort. « Souviens toi… »
Sa sueur se mêlait à ses yeux, ses larmes à ses lèvres. Son cœur dans ses tympans, jouait la fanfare. Se sentant dos au mur, il voulut se tourner vers Dieu, ou plus précisément vers la table de chevet. Sur la plaque de marbre rose était posé un crucifix.
Au prix d’un effort surhumain il réussi à basculer sur le coté droit, tentant désespérément de l’attraper.
Il le lui fallait pour adoucir son voyage vers l’au-delà, qu’il le rattache à sa misérable condition, qu’il ne fasse plus qu’un avec, pour être moins seul, moins pathétique.
Malgré les sollicitations de son cerveau, son bras gauche restait désespérément inerte, figé comme le second, dans une position ridicule et ironique. Comme une mante religieuse. Tandis que dans sa tête, reprenait de plus belle : « souviens-toi de l’heure de ta mort, souviens-toi de l’heure de ta mort. »
Tout…oui, tout était de la faute du destin, qui avait mis cette femme sur son chemin.
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