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Nouvelle "L'autre France " - par Leo MarigotTextes déposés © |
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page précédente < p3 > Page suivante Tout était claire maintenant, cet objet, maléfique par définition, n’avait été à l’origine d’aucun bonheur. La destruction avait été sa seule vocation. La poussière aux genoux, le regard sombre comme un ciel d’orage, Mathilde versait aux tourments d’un passé tumultueux une réponse diluvienne, ses mains, tendues vers le vide, portaient à un dieu aveugle et sourd, le fardeau de sa misère et l’espoir de meilleurs lendemains. Tant de ferveurs, tant d’assiduité, pour que ne lui parvienne toujours, que l’écho de ses propres sanglots. Des trente-trois ans de galère qu’elle traînait, elle n’avait connu aucun répit. Sa mémoire était vive comme une plaie béante, brûlante comme une terre aride où ne se risquait, le moindre mirage d’un souvenir heureux. Elle y portait autant que dans sa chair des cicatrices indélébiles. Mais bien plus que son vécu, c’était l’hypothétique avenir qui se profilait qu’elle ne pouvait se résoudre à offrir à ses enfants. Alors Mathilde pleurait et ses yeux gonflés d’amertumes, torturaient l’âme de LUCIEN. Ils étaient le reflet de son impuissance. « L’homme de la maison », comme le lui disait souvent Mathilde. Le seul et si peu digne héritier des attributs virils de son père. Le Monsieur majuscule et pourtant si minuscule Lucien Tarneau. Du haut de ses huit ans, la conscience aiguisée par la souffrance de sa mère. Lui dont le handicap majeur était celui d’être né le dernier n’avait qu’une hâte, grandir. Grandir pour ne plus être le témoin passif de cette détresse. Grandir pour agir. Ces moments là, les spasmes dont elle était sujette parfois, le terrifiaient. Ces sœurs et lui avaient bien souvent du faire appel aux voisins, tant parfois les crises étaient violentes. Autant que la colère et le désespoir qu’éprouvait Mathilde. Comme ce jour, où elle avait mordue puis mastiqué, les éclats du verre qu’il avait porté à ses lèvres pour la désaltérer. Elle avait cent fois fait le récit de ce drame qui s’était déroulé cinq ans auparavant le revivant tout aussi intensément maudissant son père et sa négritude. page précédente < p3 > Page suivante |
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